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mardi 29 mars 2016

Étape 37 : d'Ostabat à Saint-Jean-Pied-de-Port : 22 km : lundi 22 juin 2 015.

Photo : Je suis à nouveau à la porte Saint-Jacques, à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Un contexte particulier pour cette dernière étape :
Ce qui caractérise cette dernière étape, et qui marque la différence par rapport à toutes les autres depuis le départ à Vézelay, c'est une présence importante de pèlerins sur le chemin. Il y en avait de partout, parce qu'ils arrivaient des 3 voies, et particulièrement de celle du Puy.
Il y a toujours des choses à visiter à Saint-Jean-Pied-de-Port, mais surtout, bien que la capacité d'accueil de cette ville soit importante, vu la fréquentation, il faut toujours garantir sa place, son lit. Je ne sais pas pourquoi mais nous n'avons pas discuté de gîte dans le groupe ; comme nos routes divergeant à partir de ce point, chacun reprenait naturellement sa liberté de gérer le passage en cette ville. Alain reste un jour sur place avant de poursuivre son long périple par les Pyrénées pour rejoindre le Camino del Norte, faire le nord de l'Espagne par le Camino Francés, dans l'autre sens en quelque sorte, et terminer par la remontée jusqu'à sa maison dans la Sarthe (voir photo, et photo) ; Cor continue par le col de Roncevaux jusqu'à Santiago, par le Camino Francès ; et moi, je rentre à Paris. Pour chacun, quel que soit son but, le chemin continue, d'une manière ou d'une autre.

Le déroulement de l'étape :
Après la D 933, ce fut une petite route empierrée, puis j'ai retrouvé sans tarder la route goudronnée.
Un peu plus loin, nous sommes passés par un petit hameau, le balisage étant toujours irréprochable.
Le chemin colle bien au terrain du Pays basque ; il descend, il monte, franchit des ruisseaux quand il ne les longe pas, mais toujours sans qu'il y ait de vraies difficultés.
Un peu plus loin, il continue pendant un bon moment sur les collines surplombant la route départementale, ce qui fait que le marcheur a un bon coup d'œil sur les paysages.
Nous sommes passés ensuite sur la D 522 pour reprendre la 933, à suivre jusqu'au carrefour de la D 120. C'est dans cette partie, alors que Cor et Alain restaient accrochés à leurs téléphones, que je me suis retrouvé devant (voir photo, et photo) ; et c'est ainsi que je suis arrivé le premier à Saint-Jean-le-Vieux.
Nous avons mangé sur la place en face de la chapelle (voir photo), il y a des bancs à l'ombre (voir photo). Beaucoup de pèlerins à vélo ou à pied y faisaient un arrêt assez prolongé avant de terminer la dernière petite partie de cette étape.
Une pèlerine à vélo :
J'avais fini de manger, Alain et Cor étaient au bar d'en face à prendre un café, quand j'ai vu arriver une pèlerine à vélo ; c'était un superbe engin avec deux grosses sacoches à l'arrière au point que cela me paraissait un peu lourd à manœuvrer sur les petites routes ; et qu'il fallait des muscles pour faire avancer une machine si chargée – je n'ai pas voulu être indélicat en cherchant à vérifier s'il y avait un dispositif électrique pour soulager la cycliste dans les montées (voir photo). Elle n'était pas très à l'aise à la descente de son vélo, et ce n'est qu'après que j'ai compris qu'elle avait un léger handicap à une jambe. Et elle me le confirma dans la discussion générale que nous avons eue : elle a un handicap à une jambe, et elle utilise presque uniquement la jambe valide pour entraîner les pédales. C'est une Hollandaise, et Cor a ensuite longuement discuté avec elle  ; elle parle bien le français, qu'elle a appris à l'école. Je lui ai dit qu'elle était très courageuse d'entreprendre une telle expédition, mais elle avait un moral terrible. Je l'ai revue en fin d'après-midi à Saint-Jean-Pied-de-Port, à pied, toute souriante, à l'aise.
Le gîte, et mes billets de train à la gare :
Pour la suite du chemin, je suis parti devant, car contrairement aux deux autres, j'avais une priorité à assurer : certes, une place dans un gîte, mais, surtout, j'avais à retirer mes billets de train pour partir dans le bus SNCF de Saint-Jean-Pied-de-Port à Bayonne, départ à 5H45 le lendemain matin. Et il ne devait pas y avoir de couac si je ne voulais pas prendre le risque de rater mon avion le jour suivant pour rentrer à la Réunion.

Sélim, le jeune musulman :
Le gîte municipal « Association de la vieille Navarre » (voir photo du tampon) est juste derrière la porte Saint-Jacques, dans la rue de la Citadelle. Mais j'ai dû attendre un peu avant son ouverture. Trois autres pèlerins m'avaient précédé : deux Coréens, figés comme des statues, et un Français, Sélim, qui parlait beaucoup, et ne tenait pas en place. Il est venu spontanément vers moi, ravi de trouver un autre Français. Ce jeune, même pas trentenaire, à mon avis, qui vient de la région parisienne, est vraisemblablement un musulman ; il se disait ouvertement en butte avec son environnement habituel, et totalement incompris – il a vendu des affaires, et il s'est lancé sur le chemin de Compostelle, afin de faire le point sur sa vie, sur lui-même. Je n'ai pas cherché à en savoir davantage, je lui ai tout simplement dit que c'était une bonne décision, et qu'il lui revenait maintenant de bien vivre son chemin.
Il n'y avait pas de queue à l'ouverture du gîte ; et c'est une dame, qui parle un peu le français, qui enregistrait les arrivées. Quand est arrivé le tour de Sélim, juste devant moi, il a commencé par dire à la dame qu'il n'avait que 8 € et qu'il ne donnera les 2 € manquants qu'après avoir fait un tour en ville, sans doute pour chercher un gabier. La dame est restée impassible, inflexible, malgré les supplications de Sélim : sans s'expliquer, c'était non, de la tête ! Quand elle avait le regard sur moi, j'ai essayé par des signes de la main de lui faire comprendre que je prendrai à ma charge les 2 € en réglant ma propre place, mais elle n'a pas moindrement cillé. Et il y a eu un moment d'attente... Plongeant la main par hasard dans ma poche, j'ai trouvé une pièce de 2 €, que j'ai passé à Sélim sans rien lui dire. Il a payé sa place, et, en partant, il m'a gratifié d'un sonore : « Que Dieu te protège ! ». Le soir, j'étais déjà dans mon lit, quand il est venu me rendre les 2 €.
Le lendemain matin, j'étais le premier à me réveiller, puisqu'il fallait être très tôt à la gare SNCF. Je finissais de boucler mon sac dans l'espace cuisine, dans le dortoir les ronflements se faisaient encore entendre, quand Sélim débarqua. Je ne savais pas où ranger les deux tablettes de chocolat qui m'ont été offertes par Cor, quand l'idée me vint de donner une tout de suite à Sélim – rien qu'à regarder ses yeux, je crois que mon chocolat allait être dégusté avec plaisir. Je lui ai dit dans quelles circonstances je l'avais obtenue, et au moment où je quittais le gîte, aux environs de 5H15, il m'a accompagné jusqu'à la porte en me gratifiant à nouveau d'un « Que Dieu te protège ! ». J'aurais bien aimé savoir la suite du chemin de Sélim...

Ma carte bancaire ?
S'il est un objet qui réclame beaucoup d'attention, c'est la carte bancaire. Quand les billets de train sont réservés avant la marche, pour les retirer dans n'importe quelle gare de France, et valider l'opération, il faut présenter la même carte bancaire dont les références ont été transmises par téléphone ou par Internet.
Une fois bien installé au gîte, j'avais demandé et obtenu un lit en bas, je suis descendu à la gare SNCF qui est en dessous de la ville historique. À mon arrivée, il y avait une petite affluence à l'unique guichet, et l'employé de service semblait prendre du plaisir à faire durer les choses, il est vrai que la plupart des partants ne semblaient pas avoir fait leurs choix à partir de Bordeaux, en ce qui concerne les horaires des trains. Ce fut bien plus rapide pour moi : j'ai donné mon numéro de réservation et ma carte bancaire, et j'ai reçu mes billets. Et j'ai aussitôt entamé la remontée vers la ville, il y a toujours des choses à voir ou à revoir à Saint-Jean-Pied-de-Port. J'avais fait un peu plus de la moitié du chemin de retour quand il me vint l'idée de vérifier si j'avais bien ma carte bancaire. Et j'ai eu beau fouiller dans toutes mes poches, je ne l'avais plus ! J'ai été obligé de faire arrière illico presto, en priant pour que je puisse la récupérer au plus vite. Et c'est le cœur battant que je me suis précipité au guichet où des voyageurs n'étaient pas encore servis. Et à une certaine distance, j'ai vu que la pochette bleue de ma carte était toujours près du guichet. Je l'ai reprise sans que personne ne s'intéressât en quoi que ce soit à mon geste. Je n'ai pas eu la moindre remarque ni le moindre regard, chacun était au fond de ses préoccupations du moment. Avant de remonter, j'ai vérifié à nouveau que j'avais bien mes billets dans ma poche.

La visite de Saint-Jean-Pied-de-Port :
Il y avait foule dans la vieille ville, surtout en fin d'après-midi, et c'est la 3e fois que j'arpente ces rues pavées. Un passage à l'église (voir photo), et aussi dans des petites boutiques que je ne connaissais pas. Mais j'avais surtout une réservation à faire pour notre groupe le soir : en effet, depuis quelques jours, j'avais décidé d'inviter au restaurant Alain et Cor, et je le leur avais dit, car cette ville était le terminus pour moi, alors que les deux autres étaient encore loin du bout de leur peine, et ce d'autant que leurs propres chemins justement divergeaient à partir de ce lieu. (voir photo, photo, photo, photo et photo)

Un bon dîner, chez Dédé :
À mon retour de la visite de la ville, j'ai retrouvé Alain et Cor au gîte municipal, mais ils étaient dans un autre dortoir. Je leur ai dit de se tenir prêt à 19 H, une table est réservée « Chez Dédé » ; à l'heure dite, nous avons descendu la rue de la Citadelle, et tourné à droite à la première intersection, le restaurant se trouve près de la porte dans les murs de la vieille ville. Je leur ai quand même expliqué que je voulais manger le plus tôt possible parce que le lendemain matin, je devais me réveiller de très bonne heure de façon à prendre le bus, à la gare, à 5H45. J'escomptais du temps pour dormir, un long voyage m'attendait : un bus de Saint-Jean-Pied-de-Port à Bayonne, et un TGV de Bayonne à Paris en passant par Bordeaux. En réalité, je me suis très peu reposé, il y avait un jeune ronfleur de fond qui a tenu le dortoir éveillé toute la nuit.
À l'apéritif, en mettant des formes, j'ai tenu à dire quelques mots avant de passer aux choses sérieuses, l'important était de les remercier – et j'ai demandé à Alain de traduire en anglais pour Cor, chaque petit bout de phrase : Merci de m'avoir supporté pendant ces 14 jours passés ensemble ; j'ai une autre façon de gérer mon temps de marche et de repos, mais j'ai appris avec vous, par exemple à élargir et à varier davantage l'alimentation, plus de fruits et de laitages. Je vous souhaite une bonne continuation puisque vous êtes au cœur de la réalisation de vos projets. De toute façon, le chemin continue. Toujours ! Et beaucoup de bonheur dans vos vies ! Nous avons toujours quelque chose à changer dans nos vies, pour nous-mêmes et pour les autres. Faites de bonnes rencontres dans la suite de vos périples. Je salue les grands marcheurs que vous êtes !
Cor a tout de suite plongé sa main dans le petit sac qui ne le quitte pas, et il en a sorti des cadeaux : à Alain, une bouteille de vin ; et à moi, deux tablettes de chocolat. Il a été vivement remercié pour ce geste inattendu !
Très bon repas chez Dédé : salade, poulet, jambon, frite, vin rosé et rouge, glace et gâteau, et Patxaran – c'est une liqueur du Pays basque, issue de la macération de prunelles sauvages dans de l'alcool anisé ; un digestif que j'ai découvert en Espagne en 2 011.
Je suis rentré dès le repas terminé, pour gagner un peu plus de temps à dormir, avant de partir très tôt du gîte le lendemain ; je ne savais pas alors que je n'allais pas trouver le sommeil. En rentrant, les rues étaient totalement désertes, ce qui crée un cadre propice à la réflexion : il y a toujours un petit peu de nostalgie à quitter le chemin, surtout quand les amis se retrouveront encore sous leurs sacs à dos le lendemain.

À bientôt, pour autre chose :
Ça y est, mes « reportages » sont terminés. Vous ne recevrez pas de mail de présentation de mes futures étapes sur la voie de Tours, car, de ce nouveau chemin, en mai-juin de cette année, j'attends plus une confirmation de ce que j'ai vécu et ressenti au cours de ces dernières années ; et par les thèmes dégagés et retenus, je compte passer un fil de façon à construire un livre dont le titre pourrait être : « Compostelle : tout a un sens, tout se tient ». Mais, bien entendu, un titre ne peut prendre une place définitive qu'à la fin de l'écriture du livre.


vendredi 25 mars 2016

Étape 36 : de Sauveterre-de-Béarn à Ostabat : 24 km : dimanche 21 juin 2 015.

Photo : J'arrive devant la « Maison Ospitalia », notre gîte à Ostabat.


Résumé de l'étape :
Cette avant-dernière étape de mon Vézelay (la partie française) avait mobilisé toute mon attention parce que je devais me retrouver dans l'après-midi en terre connue : la stèle de Gibraltar (aucun lien avec l'enclave britannique à la pointe de l'Espagne, tout au plus une histoire de prononciation d'un lieu en basque) marque la zone de rencontre entre les voies de Tours, de Vézelay et du Puy-en-Velay ( voir photophoto et photo). Ce point d'étape, je l'ai découvert mardi 3 mai 2 011, sur la voie du Puy-en-Velay, mon premier chemin de Compostelle. Aussi pendant cette journée, j'ai essayé d'activer dans ma mémoire les images de paysages et de lieux que je devais redécouvrir.
Cette étape a été aussi marquée par un arrêt à Saint-Palais où nous avons fait quelques provisions, et la belle ascension en forêt qui a suivi. Nous avons fait une pause repas pratiquement au sommet, à l'ombre de deux chênes (voir photo), avant de descendre sur cette fameuse zone de convergence des trois chemins, qui ne laisse pas indifférent le pèlerin – la symbolique du lieu est forte.
La dernière partie de cette étape passe par une 2e montée abrupte pour atteindre la chapelle Soyarza, dédiée à la vierge Marie, avant de plonger sur le village Ostabat.

Le déroulement de l'étape :
De Sauveterre-de-Béarn à Saint-Palais :
En quittant le gîte de Sauveterre, au centre-ville, nous avons pris la route à gauche qui descend vers le gave d'Oloron, et nous l'avons franchi.
Ce fut ensuite la D 933, puis la D 134, et nous avons ainsi passé en revue plusieurs petits villages. Nous étions dans le Pays basque, en quelques kilomètres, du moins dans les provinces de la partie française (voir photo). Nous nous sommes arrêtés à une petite église où nous avons trouvé un long banc à l'ombre, un point d'eau et des toilettes (voir photo, et photo).
Un peu plus loin nous avons pris la D 29, direction Saint-Palais.
La dure montée en forêt après Saint-Palais :
À Saint-Palais, nous avons acheté du pain et des gâteaux pour le repas de midi, puis nous avons suivi le balisage qui nous a menés à une rude et longue montée en pleine forêt, d'abord sur une route goudronnée, et ensuite sur un chemin en terre. Presque au sommet, alors que la pente est plus forte encore, nous nous sommes arrêtés auprès de deux grands chênes où un banc a servi de table à manger. C'était bien le moment de se restaurer, et le lieu pour prendre des photos (voir photo, et photo).
La pause repas au sommet de la forêt :
Il faisait bon à cet endroit, sur le bord d'une vallée, l'air y est plus respirable et la vue sur les environs est extraordinaire. Chacun a déballé ses « munitions », et, comme d'habitude Alain a partagé ses très appréciées pâtes au jambon. Nous avons pris notre temps pour manger.
La descente vers la stèle de Gibraltar :
Après le repas, il a fallu terminer cette ascension ; et au sommet, où se trouve une sculpture (voir photo), il est possible de voir la dernière difficulté sur la colline d'en face (voir la photo), mais il nous fallait descendre pour passer d'abord par la zone de convergence des trois chemins de Compostelle – la voie d'Arles ne débouche pas à Saint-Jean-Pied-de-Port puisqu'elle franchit les Pyrénées au col du Somport et non à celui de Roncevaux.
J'étais devant dans cette descente, Alain et Cor n'en finissaient pas de photographier les environs au sommet, j'avais hâte de me retrouver en bas de cette descente – j'ai rencontré un groupe de pèlerins qui se reposaient à l'ombre tout à fait en bas, et qui semblaient avoir tout leur temps devant eux. Le balisage est clair, et je me suis retrouvé à la stèle qui marque ce lieu symbolique (voir photo, photo, photo, photo et photo). Mais mon repérage ne correspondait pas tout à fait à celui de mai 2 011, il est vrai que le temps était à la pluie en ce lieu, alors qu'en ce 21 juin 2 015 le soleil était vraiment au beau. Naturellement, nous y avons passé un certain temps, il fallait bien se donner la peine d'enregistrer des souvenirs sous tous les angles pour bien enrichir nos mémoires – j'espère qu'en juin 2 016, puisque j'ambitionne cette année de faire le chemin de Tours à Saint-Jean-Pied-de-Port, si Dieu le veut, je pourrai à cet endroit mieux caler mes repères dans la réalité du terrain.
La dure côte de la chapelle Soyarza :
Celle-là, je l'avais bien en mémoire, et je l'ai trouvée toujours difficile, un peu aussi en raison d'un soleil qui tapait dur. J'étais content d'arriver à la chapelle Soyarza, et de me trouver une petite place à l'ombre (voir photo et photo) – les places au pied des quelques arbres à cet endroit étaient « chères, car il y avait beaucoup de pèlerins, principalement ceux de la voie du Puy-en-Velay (voir photo, et photo). Mais, la plupart ne tardaient pas à repartir, sans avoir oublié de refaire leurs provisions d'eau, car il y a encore du chemin à faire avant de rallier Ostabat.
Quel beau point d'observation du paysage du Pays basque ! (Voir photo d'Alain qui, à la table d'orientation, semble être devant un pupitre dans la position de quelqu'un qui va s'adresser à la population du pays).
La descente vers Ostabat :
Au coup d'œil, la reprise du tracé du chemin n'est pas évidente, mais sans avoir consulté mon livre guide, j'ai vu que tout le monde bifurquait en partant de la chapelle et en la laissant sur leur droite.
La descente est assez abrupte, puis elle s'adoucit dans les bois, et par des petites routes le pèlerin avance, passe devant la chapelle d'Harambeltz. Dans cette descente le balisage est toujours bon. Bien plus loin nous avons quitté la route goudronnée, et par un petit chemin caillouteux et humide, nous avons franchi un ruisseau. Et je me suis tout d'un coup retrouvé devant le gîte où je m'étais arrêté en 2 011 : la « Maison Ospitalia » ! (Voir photo).

Un gîte et un village figés :
Que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur, la Maison Ospitalia n'a pas changé par rapport à 2 011 ; il n'y a pas d'équipement nouveau dans les dortoirs, ni à la cuisine et encore moins dans les toilettes et les douches. Le seul petit inconvénient enregistré, c'est une assez forte présence de mouches par rapport à mon premier passage en mai 2 011, il est vrai qu'en juin l'été commence à bien s'installer, d'autant qu'il y a des élevages dans les environs.
Au moment où je partais faire un tour dans le village, qui est au-dessus du gîte, j'ai revu par hasard le responsable ; il est venu vers moi et m'a dit solennellement : ceux qui sont de passage ici pour la deuxième fois, c'est un euro de moins, et donc 12 au lieu de 13. Et il m'a rendu un euro. Si en juin de cette année, je repasse une troisième dans son gîte, je ne devrai payer que 11. Je peux donc compter déjà sur une petite économie avant de commencer mon prochain chemin.

Les retrouvailles avec le village :
En fin d'après-midi, je suis monté faire un tour au centre du village, et j'ai apporté un bâton, car je me suis souvenu que sur ce trajet, à l'aller comme au retour, un chien me signifiait que je violais son territoire, et il le faisait savoir en aboyant sérieusement dans ma direction. Cette année encore, il était à son poste, au bord de la route, mais, cette fois-ci, quelque peu dubitatif, il n'a fait que me regarder passer. Il a sans doute vieilli, je ne peux pas dire qu'il m'ait reconnu. Je suis passé au bar-restaurant du village pour réserver le dîner ; en cette fin de journée du dimanche la partie épicerie était ouverte, il y a toujours des achats à faire pour le lendemain. Ce sont toujours les mêmes personnes qui officient en ces lieux hautement stratégiques pour les pèlerins. Je ne me suis pas senti comme un étranger qui passe.
Je suis allé faire un tour à l'église (voir photo). Et j'ai jeté un œil sur les alentours : un nouveau gîte dans la petite rue qui monte juste à côté de cette église est en fonction – il affichait complet. Et j'ai terminé ma visite par une petite reconnaissance du balisage de façon à bien partir le lendemain, car je ne m'en souvenais plus... Pour me rendre compte que la suite du chemin est tout à fait naturelle.
À mon retour au gîte, il y avait encore du soleil, je me suis appliqué à déplacer mes vêtements sur la corde à linge dans un petit espace au pied du bâtiment, il faut bien utiliser au mieux les derniers rayons de soleil. Arrivé au dortoir, j'ai constaté qu'une Québécoise s'y était installée, et qu'il faisait très chaud, nous étions au 2e étage de cette baraque. L'urgence était d'ouvrir, pour évacuer au mieux cette chaleur avant la nuit, quitte à avoir quelques mouches dans la pièce. Mais, en principe, ces insectes rentrent chez eux la nuit.
Il ne me restait plus qu'à faire et à refaire un petit exercice de repérage pour éviter un inconvénient caractérisé à ce lieu, surtout lors des déplacements la nuit : ce dortoir étant sous le toit, il y a deux poutres apparentes qui plongent vers chaque lit, à bien repérer et à intégrer dans la mémoire pour ne pas s'y cogner en se levant la nuit. Mais l'exercice n'était pas suffisant, et comme en 2 011, je m'y suis cogné une fois dans la nuit, et une autre fois le lendemain de bon matin en faisant mon sac avant de partir. Mais je n'étais pas le seul à avoir éprouvé la solidité de la charpente : le bruit des coups de tête contre les poutres se faisait nettement entendre, ici ou là y compris du côté de la Québécoise. Sans faire vraiment de bosses ! Les pèlerins ont aussi la tête dure.

Une bonne ambiance au restaurant (voir photo) :
Quand nous sommes arrivés au restaurant, la salle était pleine, nos places étaient réservées au bout d'une longue table, près du bar. Principalement des Français ! Il y avait un Hollandais qui a discuté un peu avec notre ami Cor. Une belle ambiance ! Et avant que l'apéritif ne fût servi ; à moins que, sur l'autre longue table, des impatients n'aient réussi à se faire servir un coup à boire dès leur arrivée. Apéritif, vin (on en redemande), entrée, viande et légumes, dessert, pour un prix raisonnable, et un service irréprochable ! Ça discutait de partout, et à haute voix ; quand les Français sont majoritaires dans un espace, ils le font aussi savoir. Je crois que le gros des « troupes » venait de la voie du Puy-en-Velay. Il y avait aussi un Italien qui s'est naturellement associé à de notre groupe, il parlait convenablement le français. Il s'est quelque peu singularisé : il était plus de 20H, en plein repas, quand la responsable est venue lui dire qu'elle n'avait pas encore trouvé de chambre pour lui, les principaux gîtes étaient pleins. Et l'homme n'avait pas l'air de s'en faire ; quelque peu prétentieux, il a tout fait pour montrer que ne pas avoir un toit pour la nuit ne le touchait en rien. Et il a continué à nous parler de ses performances sportives – l'homme, encore jeune, a déjà des exploits de renommée mondiale à son palmarès. Mais je lui ai posé directement la question : et si vraiment, tu ne trouves pas un lit à l'abri pour dormir, qu'est-ce que tu fais ? Très décontracté, il m'a répondu : je marche toute la nuit ! Il avait l'air sérieux. Tout à la fin du repas, la responsable a réussi à lui dénicher une chambre chez un habitant. Je n'irai pas jusqu'à dire dommage ! Ç'aurait été intéressant de voir comment un pèlerin qui a marché toute la nuit se comporte le lendemain dans son étape déjà programmée.
Le lendemain, alors que nous étions sur un terrain boisé et mouvementé, dans la vraie réalité béarnaise, je l'ai vu passer à côté de moi à vive allure : il avait un sac au dos et un autre plus petit en position ventrale. Il avait un train très sport. Je ne l'ai plus revu jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port. Et je me suis souvenu d'une petite phrase d'un livre guide : sur le chemin de Compostelle, il arrive souvent que « les gros turbos s'arrêtent à Burgos ». La voie du Puy est longue, plus de 1 500 km, et si quelles que soient les capacités physiques la « monture » n'est pas ménagée, l'accident musculaire peut être alors fatal pour la suite, c'est-à-dire la 2e moitié de la partie espagnole. Sans compter la résistance morale qu'exige le chemin !
Dès la fin du repas, je suis retourné au gîte, je devais ramasser mes vêtements et commencer à préparer mon sac ; Alain et Cor sont restés un peu plus longtemps. Seul sur le chemin, j'ai revu mon chien, il était toujours en poste, sans doute à pointer les pèlerins qui rentrent dormir. Il m'a regardé sans bouger un poil. Je le reverrai en juin de cette année, Ostabat est aussi sur la voie de Tours.




jeudi 17 mars 2016

Étape 35 : d'Orthez à Sauveterre-de-Béarn : 23 km : samedi 20 juin 2 015.

Photo : Sous le promontoire rocheux sur lequel ont été construites des fortifications de la ville, et devant l'escalier qui permet d'y accéder... sac au dos !


Résumé de l'étape :
Sauveterre-de-Béarn est un point de passage historique de pèlerins de Saint-Jacques après Orthez. Sauveterre signifie terre sauvée, en ce sens qu'au Moyen Âge la population se mettait sous la protection du clergé pour ne pas subir la domination du système féodal. Le Béarn, dans l'histoire, est une terre particulière, politiquement et économiquement.
Sauveterre-de-Béarn est une commune des Pyrénées Atlantiques, dans l'arrondissement d'Oloron Sainte-Marie (un point de passage important de la voie d'Arles).
À tout résumer : sur une table rocheuse surplombant le gave d'Oloron, c'est une église auprès de laquelle ont été construites des murailles et une imposante tour de défense. Et aussi un pont pour franchir le gave : Le Pont des légendes (une vicomtesse condamnée pour sorcellerie fut jetée dans le cours d'eau, et a été retrouvée vivante sur un banc de sable ; la population y a vu un signe de Dieu, et elle a été réhabilitée par l'église).
Une étape dans des paysages variés : Un premier lieu magnifique : le passage sur le Pont-Vieux d'Orthez, classé monument historique, qui, pour quitter le centre de cette grande ville, permet le franchissement du gave de Pau.
Deux difficultés sur le parcours, une dure montée en forêt, avant Hôpital-d'Orion et une autre moins prononcée à la sortie de ce village. Et l'approche de l'arrivée se fait par un parcours magnifique dans une vallée verdoyante, en longeant le gave d'Oloron qui est un affluent du gave de Pau. Et pour finir par un escalier abrupt le pèlerin monte sur la place de l'église de Sauveterre près des anciennes fortifications de la ville.
Une belle étape en compagnie d'Alain (voir photo) et de Cor (voir photo).

Le déroulement de l'étape :
Le Vieux-Pont d'Orthez :
Nous avons suivi le balisage, et, en conséquence, nous avons dû faire peut-être 3 km en plus. Pour quitter Orthez, ce furent les classiques habituels : grandes rues, carrefours, passage près d'une voie ferrée, etc. Mais pour quitter vraiment cette agglomération, nous sommes passés par le Pont-Vieux, qui enjambe le gave de Pau, dont la construction remonte au XIIe siècle. Il permet de relier le centre de la ville à sa périphérie (voir photo, photo, photo et photo). Par certains côtés, notamment le rôle défensif de la ville, il fait penser au pont Valentré sur le Lot, à Cahors, un passage inoubliable sur la voie du Puy-en-Velay.
Une longue montée dans une forêt dense et humide, avant Hôpital-d'Orion  :
Nous avons fait ensuite connaissance avec une belle forêt, dense et humide, d'un type rencontré 3 ou 4 fois depuis le début de cette voie de Vézelay – chemin à forte pente, boueux et l'eau suintant de toutes parts. La nature se met même à tester davantage le pèlerin : après une légère atténuation de la pente à la sortie de la partie très humide, nous avons vu cette pente redevenir très forte dans une partie plus sèche, et cette modulation du terrain s'est faite en deux fois. Mais nous étions préparés, et chacun montait à son rythme. Nous sommes dans les dernières étapes de ce chemin, le corps est formé, préparé à la dure, et personne n'a plus rien à démontrer, si tant est qu'il y ait eu des intentions nettes de ce côté.
Et nous avons débouché sur une petite route goudronnée qui en plongeant nous a amenés à Hôpital-d'Orion où nous avons fait une première halte.
Tout est calme et propre autour de l'église, du cimetière et de la petite place où une statue du pèlerin de Saint-Jacques attire naturellement les regards (voir photo, photo, photo, et photo).
Et une deuxième montée, certes moins rude que la première, attend le marcheur à la sortie de ce village. Tous ces dénivelés confirment bien l'approche des Pyrénées. L'étape continue dans une campagne calme, reposante, à travers de petites exploitations agricoles, et sans que nous ayons rencontré de gros troupeaux de vaches béarnaises.
Le gave d'Oloron, et l'escalier de la forteresse de Sauveterre :
Bien plus loin, le chemin plonge vers le gave d'Oloron – la chaîne des Pyrénées se détache de mieux en mieux à l'horizon –, et il serpente dans la vallée en longeant ce cours d'eau typique de la région. En avançant, un joli coup d'œil sur l'église de Sauveterre est possible, elle se détache en haut du paysage, car située sur une hauteur qui, à cette distance, ne se devine pas, mais la réalité du terrain se fait plus nette devant cette difficulté (voir photo, photo et photo).
Nous avons fini par arriver au pied de cette forteresse d'où un escalier permet de monter à la ville.
Les marches ne sont pas hautes, mais la difficulté est importante pour se hisser jusqu'en haut. Ma tactique est toujours la même: petit rythme régulier, en respirant bien, et surtout sans s'arrêter. J'ai compté 124 marches, mais, à deux reprises, je me suis surpris à arrêter le comptage pour admirer les murs imposants percés d'archères (voir photo). Il n'est pas impossible que la poursuite du dénombrement ne se soit pas faite correctement. Finalement, je dirai environ 125-126 marches. Et, en arrivant en haut, un vrai moment de bonheur d'avoir réussi ce test ! Un petit souvenir du même genre m'est revenu : l'escalier pour monter à Portomarin, sur le Camino Francés, moins important, mais les marches, me semble-t-il, est un peu plus haut. Et, bien entendu, à l'arrivée, un empressement à descendre le sac pour soulager les muscles du dos !
Ma première attention a été pour l'église (voir photo), qui est juste à côté de la tour, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'aller admirer au plus vite pendant un bon moment le paysage autour du gave d'Oloron (voir photo, et  photo)

Le gîte :
Le gîte de Sauveterre est un donativo à 6 places avec repas du soir et petit-déjeuner. Du classique en somme ! Ce n'était pas tout à fait le cas.
L'impression après le franchissement de la lourde porte d'entrée qui donne sur un couloir était que je me trouvais dans un bâtiment abritant d'anciens petits commerces. La première salle, au coup d'œil en passant, semblait servir de rangement à divers matériels d'expositions artistiques plus ou moins abandonnés.
Plus au fond se trouve le gîte proprement dit, et toujours au rez-de-chaussée tout un espace ouvert pour la salle à manger, la cuisine et autres, et qui donne sur une petite cour encadrée par les hauts murs des maisons voisines. Tout cela me semblait être un provisoire qui dure.
C'est tout simplement une vieille baraque, dans laquelle il peut y avoir un gîte qui marche bien.
Nous avons été accueillis par deux hospitaliers encore à table à notre entrée, et qui écoutaient de la musique classique sur une chaîne à partir d'un ordinateur portable. Nous étions un peu hors de l'habituel, mais sans qu'il y ait quelque jugement de valeur que ce soit sur ces deux personnes qui s'investissent dans l'accueil des pèlerins de Saint-Jacques : un Italien qui parle à peu près le français, et un Allemand qui a quelques difficultés avec la langue de Molière mais qui arrive à faire passer l'essentiel.
Je n'étais pour rien dans le choix de cet hébergement; j'en connais qui auraient poussé à un changement immédiat s'ils faisaient partie du groupe.
Une grande chambre faisant office de dortoir et une salle de bains sans doute hier une chambre à coucher se trouvent à l'étage, et un large escalier permet d'y accéder. Pas de doute : c'est une partie d'une belle et grande demeure bourgeoise à une certaine époque. Mais tout un ensemble pas très bien entretenu, ce qui ne me gênait pas vraiment. S'il n'y a pas d'autres arrivées, et s'il n'y a pas de punaise dans les lits, alors tout devrait se dérouler normalement, telle était ma conclusion après une bonne reconnaissance des lieux. Il me restait quand même à découvrir ce qui nous attendait à table le soir.

Un petit tour en ville :
Après mon installation, je suis allé faire la classique petite visite en ville. J'ai commencé par un bar dans la rue même de l'hébergement – petit sandwich arrosé d'une bonne bière. Je fais ensuite un tour à l'office du tourisme, ce qui n'est pas dans mes habitudes, je me contente de téléphoner si besoin est. Et pourtant, il y a toujours des choses intéressantes à voir dans ces structures, des présentations de produits locaux, entre autres, et il y a toujours la possibilité de se faire expliquer telle ou telle caractéristique historique de la région, etc.
Et dans cette balade, j'ai retrouvé un Hollandais qui était avec nous à Sainte-Foy-La-Grande ; il parle à peu près le français, mais nous n'avons pas eu le temps d'échanger vraiment puisque lui-même recherchait les autres de son propre groupe. Je suis revenu sur mes pas pour aller de l'autre côté du gîte à la recherche d'un magasin d'alimentation. Il fallait faire quelques petites provisions personnelles pour le lendemain, au cas où il n'y aurait rien d'ouvert le dimanche sur le chemin.

Un dîner un peu particulier :
Les deux hospitaliers étaient à table avec nous, mais sans vraiment participer au repas, ils assuraient en quelque sorte une présence ; mais ils se levaient de temps à autre, tour à tour, car ils avaient des petits travaux à terminer.
Personne n'a tenté la moindre question sur la conception d'accueil de ce gîte, sa philosophie. Notre position était de donner 10 € chacun, la moyenne habituelle, et quand nous les avons informés de notre intention, ils nous ont gentiment répondu que la boîte est à la porte et que chacun est libre de donner ce qu'il veut. Ils n'avaient aucune intention de nous influencer dans un sens ou dans l'autre. Nous étions bien dans l'esprit « donativo ». Et chacun a glissé ses 10 € dans la boîte.
Ce ne sont pas les plats qui manquaient sur la table ; les préparations de légumes dominaient largement, en plat froid ou plat chaud ; comme viande, il y avait des ailes de poulet frites. Mais aussi plusieurs compositions de desserts. Un grand choix. Nous avions convenablement mangé. De toute façon, quelles que soient les circonstances, il n'y a pas de problème d'appétit chez les pèlerins. Les hospitaliers nous ont aussi servi du vin.

Une vraie mission d'hospitalier ?
Nos deux hébergeurs font peut-être partie de ceux qui refusent une vie trop cadrée par le matérialisme. Sans doute peu préoccupés du confort, ils trouvent dans l'accueil des pèlerins moult occasions de vivre leurs idées. Et c'est le chemin de Compostelle qui leur offre cette recherche personnelle.


vendredi 11 mars 2016

Étape 34 : de Beyries à Orthez : 18 km : vendredi 19 juin 2 015.

Photo : À une petite table d'un restaurant à Orthez.


Résumé de l'étape :
Nous sommes maintenant dans les Pyrénées Atlantiques (voir la carte), et ce jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port, à trois étapes de l'arrivée en ce qui me concerne – Alain et Cor continuent leurs périples en Espagne, mais sur des chemins différents.
Orthez est sur les rives du gave de Pau – gave est le nom donné aux torrents de montagne dans la région des Pyrénées ; ils se jettent tous dans le gave de Pau qui afflue dans l'Adour.

Le déroulement de l'étape :
Ce matin-là, nous n'étions pas pressés, nous avions suffisamment de temps devant nous pour rallier Orthez ; le réveil fut donc tardif, et nous avons quitté la salle des fêtes de Beyries vers 7H30.
Il pleuvait légèrement à notre départ ; dans l'ensemble la journée a été maussade : pendant toute la matinée, nous avons dû sortir en plusieurs fois le poncho (voir photo).
Le pèlerin sait qu'il n'y a pas de petites étapes. Lorsque tout semble facile, à considérer la faible distance et des dénivelés peu importants, l'étape étant quand même rythmée par une série de petits vallons et le franchissement de petits cours d'eau, toutes sortes de petits événements voire des variations brusques des conditions atmosphériques peuvent perturber le physique et/ou le moral.
En suivant le balisage, nous avons rallié assez vite Sault-de-Navailles, pourtant à presque la moitié du parcours ; un peu avant ce point, nous avons suivi un petit chemin balisé pour éviter l'autoroute.
Dans le Béarn, nous avons retrouvé une utilisation de la balise européenne en cohérence avec les balises du GR (voir photo), quoiqu'il reste encore d'anciennes affiches bricolées où son utilisation avec la flèche indiquant la direction à suivre est mauvaise (voir photo). Il faut aussi du temps et de la persévérance pour remettre les choses dans l'ordre.
Les Pyrénées font maintenant partie du décor pour peu que le regard puisse se porter au loin dans le paysage. Avant Orthez, nous avons traversé sous la pluie une belle partie boisée d'où partent de petits chemins de randonnée que les gens de la région doivent souvent emprunter les Week-Ends pour se détendre.
À l'entrée de la ville, le pèlerin ne peut pas manquer la tour Moncade, qui témoigne de ce que fut le château de Moncade, brûlé et pillé pendant les guerres de religion. La ville d'Orthez a sauvé ce qui en reste (voir photo, et photo). Et son attention est aussi attirée par quelques maisons de type médiéval dans la ville.

Un bon repas...sur un trottoir :
Il était 12H30 quand nous sommes arrivés à Orthez, et nous avions du temps devant nous : l'office de tourisme, où il faut prendre les clés du gîte, ne s'ouvre qu'à 14H. Nous avons trouvé tout près du chemin balisé qui traverse la ville un petit restaurant qui présente un menu à 9 €, auquel nous avons ajouté un dessert, un très bon gâteau-maison, et des boissons. Le pèlerin peut se faire plaisir de temps à autre (voir photo, et photo)
L'intérieur du restaurant était presque plein à cette heure, mais nous avons pu nous caser sur une petite table pratiquement sur le trottoir. Des jeunes étudiantes qui mangeaient à côté se sont arrangées pour nous laisser un petit espace. Les places libres dans les restaurants-bars du quartier sont rares à cette heure de la journée. Nous étions dans une petite ambiance qui nous a un peu rajeunis sur le moment !

Le gîte de l'association jacquaire d'Orthez :
Après le restaurant, nous sommes passés à l'office du tourisme pour nous enregistrer et prendre les clés du gîte.
C'est un gîte historique, dans une maison fortifiée datant du XIIIè siècle et située au fond d'une cour, au nom de « L'Hôtel de la Lune », une plaque le rappelle au pied du bâtiment (voir photo). Et la partie destinée à accueillir les pèlerins de Saint-Jacques se trouve au second étage (voir photo).
De l'extérieur, l'édifice est bien entendu vieillot, et l'escalier en hélice (voir photo) pour accéder à notre hébergement fait bien penser à ces monuments fortifiés du passé (voir photo). Mais l'intérieur est bien aménagé, bien équipé : deux petits dortoirs de 3 lits, un espace salle d'accueil avec une partie cuisine (voir photo, photo photo, et photo) ; la partie sanitaire est un peu petite.
Nous avons choisi les lits du premier dortoir ; dans le 2e, une pèlerine était déjà installée – notre arrivée a peut-être écourté sa sieste. Mais en la voyant, j'ai tout de suite fait le rapprochement avec « La Noire » qui s'est arrêtée avant nous à Beyries, bien qu'elle soit plutôt du genre métis assez clair. Elle avait tout à fait l'air d'une Réunionnaise. Je pense, mais je ne lui ai pas posé directement la question, qu'elle doit être d'une génération antillaise née et habitant la région parisienne. Elle nous a rapidement expliqué sa situation : elle se reposait avant de prendre un nouveau départ suite à des tendinites – aucun de nous n'a fait allusion à l'information reçue la veille.
Elle est très jeune ; et pour elle, c'est vraiment l'aventure, dans le bon sens. Elle n'avait pas l'air affectée par cet ennui de santé, mais elle ne s'est pas étendue sur le sujet. Ce n'est pas elle qui aurait gêné de quelque manière que ce soit notre installation : elle était soit dans son dortoir, porte fermée, soit le plus souvent en bas dans la cour, suspendue à son téléphone. Elle se faisait très discrète ; le soir, nous ne l'avons pas vue pendant que nous dînions, ni entendu se mettre au lit. Il en fut de même au réveil le matin. Une question de génération entre nous aussi !
À ce propos, avant de passer à table, nous avons eu la visite du président de l'association locale des amis de Saint-Jacques. Un homme gentil, qui tenait à vérifier que nous ne nous manquions de rien, et qui est très soucieux du bon fonctionnement des équipements du gîte dont il a la responsabilité – nous avons fait une machine pour le linge – et qui s'est montré préoccupé de la tenue de la jeune pèlerine sur un point précis au point qu'il n'a pas hésité à me poser en deux fois la même question : est-ce qu'elle fume ici ? Il est vrai que le plus souvent cette jeune femme avait la cigarette au bec quand elle ne téléphonait pas. Mais toujours en bas, dans la cour ! Pas même dans les escaliers, m'a-t-il demandé ? Je l'ai aussi rassuré là-dessus : toujours en bas, dans la cour, lui ai-je répété. Il est vrai que fumer, c'est la liberté de chacun, qui doit aussi tenir compte de celle des autres ; et aujourd'hui ce respect réciproque est bien entré dans les mœurs.
Le soir, à la vaisselle, puisque c'est ma contribution habituelle à la vie du groupe, Cor m'a dit à l'oreille dans un mélange de français et d'anglais alors que j'en terminais : toujours, shot water – il avait compris que je n'utilisais que de l'eau froide. De plus, il n'a pas pu s'empêcher de repasser derrière moi un petit coup d'éponge sur l'évier – ce n'est pas avec lui qu'un gîte sera laissé dans un mauvais état. Rien ne traîne, tout doit être remis à la place, et j'ai toujours admiré sa vigilance sur ce point avant de partir, Alain me l'a fait remarquer en plusieurs fois. C'est qu'il est dans son pays un professionnel de la restauration.