samedi 16 mai 2020



Étape 37 : d'Ostabat à Saint-Jean-Pied-de-Port : 22 km : lundi 22 juin 2 015.

Photo :  Je suis à nouveau à la porte Saint-Jacques, à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Un contexte particulier pour cette dernière étape :

Ce qui caractérise cette dernière étape, et qui marque la différence par rapport à toutes les autres depuis le départ à Vézelay, c'est une présence importante de pèlerins sur le chemin. Il y en avait de partout, parce qu'ils arrivaient des 3 voies, et particulièrement de celle du Puy.

Il y a toujours des petits coins à visiter à Saint-Jean-Pied-de-Port, mais surtout, bien que la capacité d'accueil de cette ville soit importante, vu la fréquentation, il faut toujours garantir sa place, son lit. Je ne sais pas pourquoi mais nous n'avons pas discuté de gîte dans le groupe ; comme nos routes divergeaient à partir de ce point, chacun reprenait naturellement sa liberté de gérer le passage en cette ville. Alain reste un jour sur place avant de poursuivre son long périple par les Pyrénées pour rejoindre le Camino del Norte, faire le nord de l'Espagne par le Camino Francés, dans l'autre sens en quelque sorte, et terminer par la remontée jusqu'à sa maison dans la Sarthe ; Cor continue par le col de Roncevaux jusqu'à Santiago, par le Camino Francés ; et moi, je rentre à Paris. Pour chacun, quel que soit son but, le chemin continue, d'une manière ou d'une autre.

Le déroulement de l'étape :

Après la D 933, ce fut une petite route empierrée, puis j'ai retrouvé sans tarder la route goudronnée.

Un peu plus loin, nous sommes passés par un petit hameau, le balisage étant toujours irréprochable.

Le chemin colle bien au terrain du Pays Basque ; il descend, il monte, franchit des ruisseaux quand il ne les longe pas, mais toujours sans qu'il y ait de vraies difficultés.

Un peu plus loin, il continue pendant un bon moment sur les collines surplombant la route départementale, ce qui fait que le marcheur a un bon coup d'œil sur les paysages.

Nous sommes passés ensuite sur la D 522 pour reprendre la 933, à suivre jusqu'au carrefour de la D 120. C'est dans cette partie, alors que Cor et Alain restaient accrochés à leurs téléphones, que je me suis retrouvé devant ; et c'est ainsi que je suis arrivé le premier à Saint-Jean-le-Vieux.

Nous avons mangé sur la place en face de la chapelle, il y a des bancs à l'ombre. Beaucoup de pèlerins à vélo ou à pied y faisaient un arrêt assez prolongé avant de terminer la dernière petite partie de cette étape.



Une pèlerine à vélo :

J'avais fini de manger, Alain et Cor étaient au bar d'en face à prendre un café, quand j'ai vu arriver une pèlerine à vélo ; c'était un superbe engin avec deux grosses sacoches à l'arrière au point que cela me paraissait un peu lourd à manœuvrer sur les petites routes ; et qu'il fallait des muscles pour faire avancer une machine si chargée – je n'ai pas voulu être indélicat en cherchant à vérifier s'il y avait un dispositif électrique pour soulager la cycliste dans les montées. Elle n'était pas très à l'aise à la descente de son vélo, et ce n'est qu'après que j'ai compris qu'elle avait un léger handicap. Et elle me le confirma dans la discussion générale que nous avons eue : elle a un handicap à une jambe, et elle utilise presque uniquement la jambe valide pour entraîner les pédales. C'est une Hollandaise, et Cor a ensuite longuement discuté avec elle ; elle parle bien le français, qu'elle a appris à l'école. Je lui ai dit qu'elle était très courageuse d'entreprendre une telle expédition, mais elle avait un moral terrible. Je l'ai revue en fin d'après-midi à Saint-Jean-Pied-de-Port, à pied, toute souriante, à l'aise. À voir les autres heureux, cela m'apaise toujours.

Le gîte, et mes billets de train à la gare :

Pour la suite du chemin, je suis parti devant, car contrairement aux deux autres, j'avais une priorité à assurer : certes, une place dans un gîte, mais, surtout, j'avais à retirer mes billets de train pour partir dans le bus SNCF de Saint-Jean-Pied-de-Port à Bayonne, départ à 5 h 45 le lendemain matin. Et il ne devait pas y avoir de couac si je ne voulais pas prendre le risque de rater mon avion le jour suivant pour rentrer à la Réunion. 

Sélim, le jeune musulman :

Le gîte municipal « Association de la vieille Navarre » est juste derrière la porte Saint-Jacques, dans la rue de la Citadelle. Mais j'ai dû attendre un peu avant son ouverture. Trois autres pèlerins m'avaient précédé : deux Coréens, figés comme des statues, et un Français, Sélim, qui parlait beaucoup, et ne tenait pas en place. Il est venu spontanément vers moi, ravi de trouver un autre Français. Ce jeune, même pas trentenaire à mon avis, qui vient de la région parisienne, est vraisemblablement un musulman ; il se disait ouvertement en butte avec son environnement habituel et totalement incompris – il a vendu des affaires, et il s'est lancé sur le chemin de Compostelle, afin de faire le point sur sa vie, sur lui-même. Je n'ai pas cherché à en savoir davantage, je lui ai tout simplement dit que c'était une bonne décision, et qu'il lui revenait maintenant de bien vivre son chemin.

Il n'y avait pas de queue à l'ouverture du gîte ; et c'est une dame, qui parle un peu le français, qui enregistrait les arrivées. Quand est arrivé le tour de Sélim, juste devant moi, il a commencé par dire à la dame qu'il n'avait que 8 € et qu'il ne donnera les 2 € manquants qu'après avoir fait un tour en ville, sans doute pour chercher un gabier. La dame est restée impassible, inflexible, malgré les supplications de Sélim : sans s'expliquer, c'était non, de la tête ! Quand elle avait le regard sur moi, j'ai essayé par des signes de la main de lui faire comprendre que je prendrai à ma charge les 2 € en réglant ma propre place, mais elle n'a pas moindrement cillé. Et il y a eu un moment d'attente... Plongeant la main par hasard dans ma poche, j'ai trouvé une pièce de 2 €, que j'ai passée à Sélim sans rien lui dire. Il a payé sa place, et, en partant, il m'a gratifié d'un sonore : « Que Dieu te protège ! ». Le soir, j'étais déjà au lit quand il est venu me rendre les 2 €.

Le lendemain matin, j'étais le premier à me réveiller, puisqu'il fallait être très tôt à la gare SNCF. Je finissais de boucler mon sac dans l'espace cuisine, dans le dortoir les ronflements se faisaient encore entendre, quand Sélim débarqua. Je ne savais pas où ranger les deux tablettes de chocolat qui m'ont été offertes par Cor, quand l'idée me vint d’en donner une tout de suite à Sélim – rien qu'à regarder ses yeux, je crois que cette tablette allait être dégustée avec plaisir. Je lui ai dit dans quelles circonstances je l'avais obtenue, et au moment où je quittais le gîte, aux environs de 5 h 15, il m'a accompagné jusqu'à la porte en me gratifiant à nouveau d’un « Que Dieu te protège ! ». J'aurais bien aimé savoir la suite du chemin de Sélim...

Ma carte bancaire ?

S'il est un objet qui réclame beaucoup de précaution, c'est la carte bancaire. Quand les billets de train sont réservés avant la marche, pour les retirer dans n'importe quelle gare de France, et valider l'opération, il faut présenter la même carte bancaire dont les références ont été transmises par téléphone ou par Internet.

Le jour de mon arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port, une fois bien installé au gîte, je suis descendu à la gare SNCF qui est en dessous de la ville historique. À mon arrivée, il y avait une petite affluence à l'unique guichet, et l'employé de service semblait prendre du plaisir à faire durer les choses, il est vrai que la plupart des partants n’avaient pas fait leurs choix à partir de Bordeaux, en ce qui concerne les horaires des trains. Ce fut bien plus rapide pour moi : j'ai donné mon numéro de réservation et ma carte bancaire, et j'ai reçu mes billets. Et j'ai aussitôt entamé la remontée vers la ville, il y a toujours des choses à voir ou à revoir à Saint-Jean-Pied-de-Port. J'avais fait un peu plus de la moitié du chemin de retour quand il me vint l'idée de vérifier si j'avais bien ma carte bancaire. Et j'ai eu beau fouiller dans toutes mes poches, je ne l'avais plus ! J'ai été obligé de faire arrière illico presto, en priant pour que je puisse la récupérer au plus vite. Et c'est le cœur battant que je me suis précipité au guichet où des voyageurs n'étaient pas encore servis. Et à une certaine distance, j'ai vu que la pochette bleue de ma carte était toujours près du guichet. Je l'ai reprise sans que personne ne s'intéressât en quoi que ce soit à mon geste. Je n'ai pas eu la moindre remarque ni le moindre regard, chacun était au fond de ses préoccupations du moment. Avant de remonter, j'ai vérifié à nouveau que j'avais bien mes billets dans ma poche. Je me suis dit avec tout le sérieux dont je suis capable : Merci Mon Dieu de m’avoir protégé !

La visite de Saint-Jean-Pied-de-Port :

Il y avait foule dans la vieille ville, surtout en fin d'après-midi, et c'est la 3e fois que j'arpente les rues pavées. Un passage à l'église, et aussi dans des petites boutiques que je ne connaissais pas. Mais j'avais surtout une réservation à faire pour notre groupe le soir : en effet, depuis quelques jours, j'avais décidé d'inviter au restaurant Alain et Cor, et je le leur avais dit, car cette ville était le terminus pour moi, alors que les deux autres étaient encore loin du bout de leur peine, et ce d'autant que leurs propres chemins justement divergeaient à partir de ce lieu. Sur le chemin, des groupes de pèlerins se forment…jusqu’à ce que les priorités des uns des autres divergent… C’est aussi la loi du Chemin !

Un bon dîner, chez Dédé :

À mon retour de la visite de la ville, j'ai retrouvé Alain et Cor au gîte municipal, mais ils étaient dans un autre dortoir. Je leur ai dit de se tenir prêt à 19 H, une table est réservée « Chez Dédé » ; à l'heure dite, nous avons descendu la rue de la Citadelle, et tourné à droite à la première intersection, le restaurant se trouve près de la porte dans les murs de la vieille ville. Je leur ai quand même expliqué que je voulais manger le plus tôt possible parce que le lendemain matin, je devais me réveiller de très bonne heure de façon à prendre le bus, à la gare, à 5 h 45. J'escomptais du temps pour dormir, un long voyage m'attendait : un bus de Saint-Jean-Pied-de-Port à Bayonne, et un TGV de Bayonne à Paris en passant par Bordeaux. En réalité, je me suis très peu reposé, il y avait un jeune ronfleur de fond qui a tenu le dortoir éveillé toute la nuit.

À l'apéritif, en mettant des formes, j'ai tenu à dire quelques mots avant de passer aux choses sérieuses, l'important était de les remercier – et j'ai demandé à Alain de traduire en anglais pour Cor, chaque petit bout de phrase : Merci de m'avoir supporté pendant ces 14 jours passés ensemble ; j'ai une autre façon de gérer mon temps de marche et de repos, mais j'ai appris avec vous, par exemple à élargir et à varier davantage l'alimentation, plus de fruits et de laitages. Je vous souhaite une bonne continuation puisque vous êtes au cœur de la réalisation de vos projets. De toute façon, le chemin continue. Toujours ! Et beaucoup de bonheur dans vos vies ! Nous avons toujours quelque chose à changer dans nos vies, pour nous-mêmes et pour les autres. Faites de bonnes rencontres dans la suite de vos périples. Je salue les grands marcheurs que vous êtes !

Cor a tout de suite plongé sa main dans le petit sac qui ne le quitte pas, et il en a sorti des cadeaux : à Alain, une bouteille de vin ; et à moi, deux tablettes de chocolat. Il a été vivement remercié pour ce geste inattendu !

Très bon repas chez Dédé : salade, poulet, jambon, frite, vin rosé et rouge, glace et gâteau et patxaran – c'est une liqueur du Pays Basque, issue de la macération de prunelles sauvages dans de l'alcool anisé ; un digestif que j'ai découvert en Espagne en 2 011.

Je suis rentré dès le repas terminé, pour gagner un peu plus de temps à dormir, avant de partir très tôt du gîte le lendemain ; je ne savais pas alors que je n'allais pas trouver le sommeil. En rentrant, les rues étaient totalement désertes, ce qui crée un cadre propice à la réflexion : il y a toujours un petit peu de nostalgie à quitter le chemin, surtout quand les amis se retrouveront encore sous leurs sacs à dos le lendemain.


samedi 9 mai 2020



Étape 36 : de Sauveterre-de-Béarn à Ostabat : 24 km : dimanche 21 juin 2 015.

Photo :  J'arrive devant la « Maison Ospitalia », notre gîte à Ostabat.


Résumé de l'étape :

Cette avant-dernière étape de mon Vézelay (la partie française) avait mobilisé toute mon attention parce que je devais me retrouver dans l'après-midi en terre connue : la stèle de Gibraltar (aucun lien avec l'enclave britannique à la pointe de l'Espagne, tout au plus une histoire de prononciation d'un lieu en basque) marque la zone de rencontre entre les voies de Tours, de Vézelay et du Puy-en-Velay. Ce point d'étape, je l'ai découvert mardi 3 mai 2 011, sur la voie du Puy-en-Velay, mon premier chemin de Compostelle. Aussi pendant cette journée, j'ai essayé d'activer dans ma mémoire les images de paysages et de lieux que je devais redécouvrir.

Cette étape a été aussi marquée par un arrêt à Saint-Palais où nous avons fait quelques provisions, et la belle ascension en forêt qui a suivi. Nous avons fait une pause repas pratiquement au sommet, à l'ombre de deux chênes, avant de descendre sur cette fameuse zone de convergence des trois chemins, qui ne laisse pas indifférent le pèlerin – la symbolique du lieu est forte.

La dernière partie de cette étape passe par une 2e montée abrupte pour atteindre la chapelle Soyarza, dédiée à la vierge Marie, avant de plonger sur le village Ostabat.

Le déroulement de l'étape :

De Sauveterre-de-Béarn à Saint-Palais :

En quittant le gîte de Sauveterre, au centre-ville, nous avons pris la route à gauche qui descend vers le gave d'Oloron, et nous avons franchi ce cours d’eau.

Ce fut ensuite la D 933, puis la D 134, et nous avons ainsi passé en revue plusieurs petits villages. Nous étions dans le Pays Basque, en quelques kilomètres, du moins dans les provinces de la partie française. Nous nous sommes arrêtés à une petite église où nous avons trouvé un long banc à l'ombre, un point d'eau et des toilettes.

Un peu plus loin nous avons pris la D 29, direction Saint-Palais.

La dure montée en forêt après Saint-Palais :

À Saint-Palais, nous avons acheté du pain et des gâteaux pour le repas de midi, puis nous avons suivi le balisage qui nous a menés à une rude et longue montée en pleine forêt, d'abord sur une route goudronnée, et ensuite sur un chemin en terre. Presque au sommet, alors que la pente est plus forte encore, nous nous sommes arrêtés auprès de deux grands chênes où un banc a servi de table à manger. C'était bien le moment de se restaurer, et le lieu pour prendre des photos.

La pause repas au sommet de la forêt :

Il faisait bon à cet endroit, sur le bord d'une vallée, l'air y est plus respirable et la vue sur les environs est extraordinaire. Chacun a déballé ses « munitions », et, comme d'habitude Alain a partagé ses très appréciées pâtes au jambon. Nous avons pris notre temps pour manger.

La descente vers la stèle de Gibraltar :

Après le repas, il a fallu terminer cette ascension ; et au sommet, où se trouve une sculpture, il est possible de voir la dernière difficulté sur la colline d'en face (voir la photo, photo et photo), mais il nous fallait descendre pour passer d'abord par la zone de convergence des trois chemins de Compostelle – la voie d'Arles ne débouche pas à Saint-Jean-Pied-de-Port puisqu'elle franchit les Pyrénées au col du Somport et non à celui de Roncevaux.

J'étais devant dans cette descente, Alain et Cor n'en finissaient pas de photographier les environs au sommet, j'avais hâte de finir cette descente – j'ai rencontré un groupe de pèlerins qui se reposaient à l'ombre tout à fait en bas, et qui semblaient avoir tout leur temps devant eux. Le balisage est clair, et je me suis retrouvé à la stèle qui marque ce lieu symbolique. Mais mon repérage ne correspondait pas tout à fait à celui de mai 2 011, il est vrai que le temps était à la pluie en ce lieu, alors qu'en ce 21 juin 2 015 le temps était vraiment au beau. Naturellement, nous y avons passé un certain temps, il fallait bien se donner la peine d'enregistrer des souvenirs sous tous les angles pour bien enrichir nos mémoires.

La dure côte de la chapelle Soyarza :

Celle-là, je l'avais bien en mémoire, et je l'ai trouvée toujours difficile, un peu aussi en raison d'un soleil qui tapait dur. J'étais content d'arriver à la chapelle Soyarza, et de me trouver une petite place à l'ombre – les places au pied des quelques arbres à cet endroit étaient « chères, car il y avait beaucoup de pèlerins, principalement ceux de la voie du Puy-en-Velay. Mais, la plupart ne tardaient pas à repartir, sans avoir oublié de refaire leurs provisions d'eau, car il y a encore du chemin à faire avant de rallier Ostabat.

Quel beau point d'observation des paysages du Pays Basque ! 

La descente vers Ostabat :

Au coup d'œil, la reprise du tracé du chemin n'est pas évidente, mais sans avoir consulté mon livre guide, j'ai vu que tout le monde bifurquait en partant de la chapelle et en la laissant sur leur droite.

La descente est assez abrupte, puis elle s'adoucit dans les bois, et par des petites routes le pèlerin avance, passe devant la chapelle d'Harambeltz. Dans cette descente le balisage est toujours bon. Bien plus loin nous avons quitté la route goudronnée, et par un petit chemin caillouteux et humide, nous avons franchi un ruisseau. Et je me suis tout d'un coup retrouvé devant le gîte où je m'étais arrêté en 2 011 : la « Maison Ospitalia » !



Un gîte et un village figés :

Que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur, la Maison Ospitalia n'a pas changé par rapport à 2 011 ; il n'y a pas d'équipement nouveau dans les dortoirs, ni à la cuisine et encore moins dans les toilettes et les douches. Le seul petit inconvénient enregistré, c'est une assez forte présence de mouches par rapport à mon premier passage en mai 2 011, il est vrai qu'en juin l'été commence à bien s'installer, d'autant qu'il y a des élevages dans les environs.

Au moment où je partais faire un tour dans le village, qui est au-dessus du gîte, j'ai revu par hasard le responsable ; il est venu vers moi et m'a dit solennellement : ceux qui sont de passage ici pour la deuxième fois, c'est un euro de moins, et donc 12 au lieu de 13. Et il m'a rendu un euro.



Les retrouvailles avec le village :

En fin d'après-midi, je suis monté faire un tour au centre du village, et j'ai apporté un bâton, car je me suis souvenu que sur ce trajet, à l'aller comme au retour, un chien me signifiait toujours que je violais son territoire, et il le faisait savoir en aboyant sérieusement dans ma direction. Cette année encore, il était à son poste, au bord de la route, mais, cette fois-ci, quelque peu dubitatif, il n'a fait que me regarder passer. Il a sans doute vieilli, je ne peux pas dire qu'il m'ait reconnu. Je suis passé au bar-restaurant du village pour réserver le dîner ; en cette fin de journée du dimanche la partie épicerie était ouverte, il y a toujours des achats à faire pour le lendemain. Ce sont toujours les mêmes personnes qui officient en ces lieux hautement stratégiques pour les pèlerins. Je ne me suis pas senti comme un étranger qui passe.

Je suis allé faire un tour à l'église (voir photo). Et j'ai jeté un œil sur les alentours : un nouveau gîte dans la petite rue qui monte juste à côté de cette église est en fonction – il affichait complet. Et j'ai terminé ma visite par une petite reconnaissance du balisage de façon à bien partir le lendemain, car je ne m'en souvenais plus... Pour me rendre compte que la suite du chemin est tout à fait naturelle.

À mon retour au gîte, il y avait encore du soleil, je me suis appliqué à déplacer mes vêtements sur la corde à linge dans un petit espace au pied du bâtiment, il faut bien utiliser au mieux les derniers rayons de soleil. Arrivé au dortoir, j'ai constaté qu'une Québécoise s'y était installée, et qu'il faisait très chaud, nous étions au 2e étage de cette baraque. L'urgence était d'ouvrir, pour évacuer au mieux cette chaleur avant la nuit, quitte à avoir quelques mouches dans la pièce. Mais, en principe, ces insectes rentrent chez eux la nuit.

Il ne me restait plus qu'à faire et à refaire un petit exercice de repérage pour éviter un inconvénient caractérisé à ce lieu, surtout lors des déplacements la nuit : ce dortoir étant sous le toit, il y a deux poutres apparentes qui plongent vers chaque lit, à bien repérer et à intégrer dans la mémoire pour ne pas s'y cogner en se levant la nuit. Mais l'exercice n'était pas suffisant, et comme en 2 011, je m'y suis cogné une fois dans la nuit, et une autre fois le lendemain de bon matin en faisant mon sac avant de partir. Mais je n'étais pas le seul à avoir éprouvé la solidité de la charpente : le bruit des coups de tête contre les poutres se faisait nettement entendre, ici ou là y compris du côté de la Québécoise. Sans faire vraiment de bosses ! Les pèlerins ont aussi la tête dure.



Une bonne ambiance au restaurant :

Quand nous sommes arrivés au restaurant, la salle était pleine, nos places étaient réservées au bout d'une longue table, près du bar. Principalement des Français ! Il y avait un Hollandais qui a discuté un peu avec notre ami Cor. Une belle ambiance ! Et avant que l'apéritif ne fût servi ; à moins que, sur l'autre longue table, des impatients n'aient réussi à se faire servir un coup à boire dès leur arrivée. Apéritif, vin (on en redemande), entrée, viande et légumes, dessert, pour un prix raisonnable, et un service irréprochable ! Ça discutait de partout, et à haute voix ; quand les Français sont majoritaires dans un espace, ils le font aussi savoir. Je crois que le gros des « troupes » venait de la voie du Puy-en-Velay. Il y avait aussi un Italien qui s'est naturellement associé à de notre groupe, il parlait convenablement le français. Il s'est quelque peu singularisé : il était plus de 20 h , en plein repas, quand la responsable est venue lui dire qu'elle n'avait pas encore trouvé de chambre pour lui, les principaux gîtes étaient pleins. Et l'homme n'avait pas l'air de s'en faire ; quelque peu prétentieux, il a tout fait pour montrer que ne pas avoir un toit pour la nuit ne le touchait en rien. Et il a continué à nous parler de ses performances sportives – l'homme, encore jeune, a déjà des exploits de renommée mondiale à son palmarès. Mais je lui ai posé directement la question : et si vraiment, tu ne trouves pas un lit à l'abri pour dormir, qu'est-ce que tu fais ? Très décontracté, il m'a répondu : je marche toute la nuit ! Il avait l'air sérieux. Tout à la fin du repas, la responsable a réussi à lui dénicher une chambre chez un habitant. Je n'irai pas jusqu'à dire dommage ! Ç'aurait été intéressant de voir comment un pèlerin qui a marché toute la nuit se comporte le lendemain à l’arrivée.

Le lendemain, alors que nous étions sur un terrain boisé et mouvementé, dans la vraie réalité béarnaise, je l'ai vu passer à côté de moi à vive allure : il avait un sac au dos et un autre plus petit en position ventrale. Il avait un train très sport. Je ne l'ai plus revu jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port. Et je me suis souvenu d'une petite phrase d'un livre guide : sur le chemin de Compostelle, il arrive souvent que « les gros turbos s'arrêtent à Burgos ». La voie du Puy est longue, plus de 1 500 km, et si quelles que soient les capacités physiques la « monture » n'est pas ménagée, l'accident musculaire peut être alors fatal pour la suite, c'est-à-dire la 2e moitié du chemin, en Espagne. Sans compter la résistance morale qu'exige le chemin !

Dès la fin du repas, je suis retourné au gîte, je devais ramasser mes vêtements et commencer à préparer mon sac ; Alain et Cor sont restés un peu plus longtemps. Seul sur le chemin, j'ai revu mon chien, il était toujours en poste, sans doute à pointer les pèlerins qui rentrent dormir. Il m'a regardé sans bouger un poil.

vendredi 17 avril 2020


Étape 35 : d'Orthez à Sauveterre-de-Béarn : 23 km.

Photo :  sous le promontoire rocheux sur lequel ont été construites des fortifications de la ville, et devant l'escalier qui permet d'y accéder... sac au dos !


Résumé de l'étape :

            Sauveterre-de-Béarn est un point de passage historique de pèlerins de Saint-Jacques après Orthez. Sauveterre signifie terre sauvée, en ce sens qu'au Moyen Âge la population se mettait sous la protection du clergé pour ne pas subir la domination du système féodal. Le Béarn, dans l'histoire, est une terre particulière, politiquement et économiquement.

            Sauveterre-de-Béarn est une commune des Pyrénées-Atlantiques, dans l'arrondissement d'Oloron Sainte-Marie (un point de passage important de la voie d'Arles).

            À tout résumer : sur une table rocheuse surplombant le gave d'Oloron, c'est une église auprès de laquelle ont été construites des murailles et une imposante tour de défense. Et aussi un pont pour franchir le gave : Le Pont des légendes (une vicomtesse condamnée pour sorcellerie fut jetée dans le cours d'eau, et a été retrouvée vivante sur un banc de sable ; la population y a vu un signe de Dieu, et elle a été réhabilitée par l'église).

            Une étape dans des paysages variés : Un premier lieu magnifique : le passage sur le Pont-Vieux d'Orthez, classé monument historique, qui, pour quitter le centre de cette grande ville, permet le franchissement du gave de Pau.

            Deux difficultés sur le parcours, une dure montée en forêt, avant Hôpital-d'Orion et une autre moins prononcée à la sortie de ce village. Et l'approche de l'arrivée se fait par un parcours magnifique dans une vallée verdoyante, en longeant le gave d'Oloron qui est un affluent du gave de Pau. Et pour finir par un escalier abrupt le pèlerin monte sur la place de l'église de Sauveterre près des anciennes fortifications de la ville.

Le déroulement de l'étape :

Le Vieux-Pont d'Orthez :

            Nous avons suivi le balisage, et, en conséquence, nous avons dû faire peut-être 3 km en plus. Pour quitter Orthez, ce furent les classiques habituels : grandes rues, carrefours, passage près d'une voie ferrée, etc., mais pour quitter vraiment cette agglomération, nous sommes passés par le e siècle. Il permet de relier le centre de la ville à sa périphérie. Par certains côtés, notamment le rôle défensif de la ville, il fait penser au pont Valentré sur le Lot, à Cahors, un passage inoubliable sur la voie du Puy-en-Velay.
Pont-Vieux, qui enjambe le gave de Pau, dont la construction remonte au XII.

Une longue montée dans une forêt dense et humide, avant Hôpital-d’Orion :

            Nous avons fait ensuite connaissance avec une belle forêt, dense et humide, d'un type rencontré 3 ou 4 fois depuis le début de cette voie de Vézelay – chemin à forte pente, boueux et l'eau suintant de toutes parts. La nature se met même à tester davantage le pèlerin : après une légère atténuation de la pente à la sortie de la partie très humide, nous avons vu cette pente redevenir très forte dans une partie plus sèche, et cette modulation du terrain s'est faite en deux fois. Mais nous étions préparés, et chacun montait à son rythme. Nous sommes dans les dernières étapes de ce chemin, le corps est formé, préparé à la dure, et personne n'a plus rien à démontrer, si tant est qu'il y ait eu des intentions nettes de ce côté.

            Et nous avons débouché sur une petite route goudronnée qui en plongeant nous a amenés à Hôpital-d'Orion où nous avons fait une première halte.

Tout est calme et propre autour de l'église, du cimetière et de la petite place où une statue du pèlerin de Saint-Jacques attire naturellement les regards.

            Et une deuxième montée, certes moins rude que la première, attend le marcheur à la sortie de ce village. Tous ces dénivelés confirment bien l'approche des Pyrénées. L'étape continue dans une campagne calme, reposante, à travers de petites exploitations agricoles, et sans que nous ayons rencontré de gros troupeaux de vaches béarnaises.

Le gave d'Oloron, et l'escalier de la forteresse de Sauveterre :

            Bien plus loin, le chemin plonge vers le gave d'Oloron – la chaîne des Pyrénées se détache de mieux en mieux à l'horizon –, et il serpente dans la vallée en longeant ce cours d'eau typique de la région. En avançant, un joli coup d'œil sur l'église de Sauveterre est possible, elle se détache en haut du paysage, car située sur une hauteur qui, à cette distance, ne se devine pas, mais la réalité du terrain se fait plus nette devant cette difficulté.

            Nous avons fini par arriver au pied de cette forteresse d'où un escalier permet de monter à la ville. Les marches ne sont pas hautes, mais la difficulté est importante pour se hisser jusqu'en haut. Ma tactique est toujours la même : petit rythme régulier, en respirant bien, et surtout sans s'arrêter. J'ai compté 124 marches, mais, à deux reprises, je me suis surpris à arrêter le comptage pour admirer les murs imposants percés d'archères. Il n'est pas impossible que la poursuite du dénombrement ne se soit pas faite correctement. Finalement, je dirai environ 125-126 marches. Et, en arrivant en haut, un vrai moment de bonheur d'avoir réussi ce test ! Un petit souvenir du même genre m'est revenu : l'escalier pour monter à Portomarin, sur le Camino Francés, moins important, mais les marches, me semble-t-il, sont un peu plus hautes. Et, bien entendu, à l'arrivée, un empressement à descendre le sac pour soulager les muscles du dos !

            Ma première attention a été pour l'église, qui est juste à côté de la tour, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'aller admirer au plus vite pendant un bon moment le paysage autour du gave d'Oloron.



Le gîte :

            Le gîte de Sauveterre retenu est un donativo à 6 places avec repas du soir et petit déjeuner. Du classique en somme ! Ce n'était pas tout à fait le cas.

            L'impression après le franchissement de la lourde porte d'entrée qui donne sur un couloir était que je me trouvais dans un bâtiment abritant d'anciens petits commerces. La première salle, au coup d'œil en passant, semblait servir de rangement à divers matériels d'expositions artistiques plus ou moins abandonnés.

            Plus au fond se trouve le gîte proprement dit, et toujours au rez-de-chaussée tout un espace ouvert pour la salle à manger, la cuisine et autres, et qui donne sur une petite cour encadrée par les hauts murs des maisons voisines. Tout cela me semblait être un provisoire qui dure.

            C'est tout simplement une vieille baraque, dans laquelle il peut y avoir un gîte qui marche bien.

Nous avons été accueillis par deux hospitaliers encore à table à notre entrée, et qui écoutaient de la musique classique sur une chaîne à partir d'un ordinateur portable. Nous étions un peu hors de l'habituel, mais sans qu'il y ait quelque jugement de valeur que ce soit sur ces deux personnes qui s'investissent dans l'accueil des pèlerins de Saint-Jacques : un Italien qui parle à peu près le français et un Allemand qui a quelques difficultés avec la langue de Molière, mais qui arrive à faire passer l'essentiel.

            Je n'étais pour rien dans le choix de cet hébergement ; j'en connais qui auraient poussé à un changement immédiat s'ils faisaient partie du groupe.

            Une grande chambre faisant office de dortoir et une salle de bains se trouvent à l'étage, et un large escalier permet d'y accéder. Pas de doute : c'est une partie d'une belle et grande demeure bourgeoise à une certaine époque. Mais tout un ensemble pas très bien entretenu, ce qui ne me gênait pas vraiment. S'il n'y a pas d'autres arrivées, et s'il n'y a pas de punaise dans les lits, alors tout devrait se dérouler normalement, telle était ma conclusion après une bonne reconnaissance des lieux. Il me restait quand même à découvrir ce qui nous attendait à table le soir.



Un petit tour en ville :

            Après mon installation, je suis allé faire la classique petite visite de la ville. J'ai commencé par un bar dans la rue même de l'hébergement – petit sandwich arrosé d'une bonne bière. Je fais ensuite un tour à l'office du tourisme, ce qui n'est pas dans mes habitudes, je me contente de téléphoner si besoin est. Et pourtant, il y a toujours des choses intéressantes à voir dans ces structures, des présentations de produits locaux, entre autres, et il y a toujours la possibilité de se faire expliquer telle ou telle caractéristique historique de la région, etc.

            Et dans cette balade, j'ai retrouvé un Hollandais qui était avec nous à Sainte-Foy-la-Grande ; il parle à peu près le français, mais nous n'avons pas eu le temps d'échanger vraiment puisque lui-même recherchait les autres de son propre groupe. Je suis revenu sur mes pas pour aller de l'autre côté du gîte à la recherche d'un magasin d'alimentation. Il fallait faire quelques petites provisions personnelles pour le lendemain, au cas où il n'y aurait rien d'ouvert le dimanche sur le chemin.



Un dîner un peu particulier :

            Les deux hospitaliers étaient à table avec nous, mais sans vraiment participer au repas, ils assuraient en quelque sorte une présence ; mais ils se levaient de temps à autre, tour à tour, car ils avaient des petits travaux à terminer.

            Personne n'a tenté la moindre question sur la conception d'accueil de ce gîte, sa philosophie. Notre position était de donner 10 € chacun, la moyenne habituelle, et quand nous les avons informés de notre intention, ils nous ont gentiment répondu que la boîte est à la porte et que chacun est libre de donner ce qu'il veut. Ils n'avaient aucune intention de nous influencer dans un sens ou dans l'autre. Nous étions bien dans l'esprit « donativo ». Et chacun a glissé ses 10 € dans la boîte.

            Ce ne sont pas les plats qui manquaient sur la table ; les préparations de légumes dominaient largement, en plat froid ou chaud ; comme viande, il y avait des ailes de poulet frites. Mais aussi plusieurs compositions de desserts. Un grand choix. Nous avions convenablement mangé. De toute façon, quels que soient les circonstances et le cadre, il n'y a pas de problème d'appétit chez les pèlerins. Les hospitaliers nous ont aussi servi du vin.



Une vraie mission d'hospitalier ?

            Nos deux hébergeurs font peut-être partie de ceux qui refusent une vie trop cadrée par le matérialisme. Sans doute peu préoccupés du confort, ils trouvent dans l'accueil des pèlerins moult occasions de vivre leurs idées. Et c'est le chemin de Compostelle qui leur offre un terrain pour cette recherche personnelle.

lundi 30 mars 2020



Étape 34 : de Beyries à Orthez : 18 km.





Résumé de l'étape :

            Nous sommes maintenant dans les Pyrénées-Atlantiques, et ce jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port, à trois étapes de l'arrivée en ce qui me concerne – Alain et Cor continuent leurs périples en Espagne, mais sur des chemins différents.

            Orthez est sur les rives du gave de Pau – gave est le nom donné aux torrents de montagne dans la région des Pyrénées ; ils se jettent tous dans le gave de Pau qui afflue dans l'Adour.

Le déroulement de l'étape :

            Ce matin-là, nous n'étions pas pressés, nous avions suffisamment de temps devant nous pour rallier Orthez ; le réveil fut donc tardif, et nous avons quitté la salle des fêtes de Beyries vers 7H30.

Il pleuvait légèrement à notre départ ; dans l'ensemble la journée a été maussade : pendant toute la matinée, nous avons dû sortir en plusieurs fois le poncho.

            Le pèlerin sait qu'il n'y a pas de petites étapes. Lorsque tout semble facile, à considérer la faible distance et des dénivelés peu importants, l'étape étant quand même rythmée par une série de petits vallons et le franchissement de petits cours d'eau, toutes sortes de petits événements voire des variations brusques des conditions atmosphériques peuvent perturber le physique et/ou le moral.

            En suivant le balisage, nous avons rallié assez vite Sault-de-Navailles, pourtant à presque la moitié du parcours ; un peu avant ce point, nous avons suivi un petit chemin balisé pour éviter l'autoroute.

            Dans le Béarn, nous avons retrouvé une utilisation de la balise européenne en cohérence avec les balises du GR, quoiqu'il reste encore d'anciennes affiches bricolées où son utilisation avec la flèche indiquant la direction à suivre est mauvaise. Il faut aussi du temps et de la persévérance pour remettre les choses dans l'ordre.

            Les Pyrénées font maintenant partie du décor pour peu que le regard puisse se porter au loin dans le paysage. Avant Orthez, nous avons traversé sous la pluie une belle partie boisée d'où partent de petits chemins de randonnée que les gens de la région doivent souvent emprunter les week-ends pour se détendre. 

            À l'entrée de la ville, le pèlerin ne peut pas manquer la tour Moncade, qui témoigne de ce que fut le château de Moncade, brûlé et pillé pendant les guerres de religion. La ville d'Orthez a sauvé ce qui en reste. Et l’attention est aussi attirée par quelques maisons de type médiéval dans la ville.

Un bon repas...sur un trottoir :

            Il était 12H30 quand nous sommes arrivés à Orthez, et nous avions du temps devant nous : l'office de tourisme, où il faut prendre les clés du gîte, ne s'ouvre qu'à 14H. Nous avons trouvé tout près du chemin balisé qui traverse la ville un petit restaurant qui présente un menu à 9 €, auquel nous avons ajouté un dessert, un très bon gâteau maison, et des boissons. Le pèlerin peut se faire plaisir de temps à autre.

            L'intérieur du restaurant était presque plein à cette heure, mais nous avons pu nous caser sur une petite table pratiquement sur le trottoir. Des jeunes étudiantes qui mangeaient à côté se sont arrangées pour nous laisser un petit espace. Les places libres dans les restaurants-bars du quartier sont rares à cette heure de la journée. Nous étions dans une petite ambiance qui nous a un peu rajeunis sur le moment !

Le gîte de l'association jacquaire d'Orthez :

            Après le restaurant, nous sommes passés à l'office du tourisme pour nous enregistrer et prendre les clés du gîte.

            C'est un gîte historique, dans une maison fortifiée datant du XIIIè siècle et située au fond d'une cour, au nom de « L'Hôtel de la Lune », une plaque le rappelle au pied du bâtiment. Et la partie destinée à accueillir les pèlerins de Saint-Jacques se trouve au second étage.

            De l'extérieur, l'édifice est bien entendu vieillot, et l'escalier en hélice pour accéder à notre hébergement fait bien penser à ces monuments fortifiés du passé. Mais l'intérieur est bien aménagé, bien équipé : deux petits dortoirs de 3 lits, un espace salle d'accueil avec une partie cuisine; la partie sanitaire est un peu petite.

            Nous avons choisi les lits du premier dortoir; dans le 2e, une pèlerine était déjà installée – notre arrivée a peut-être écourté sa sieste. Mais en la voyant, j'ai tout de suite fait le rapprochement avec « La Noire » qui s'est arrêtée avant nous à Beyries, bien qu'elle soit plutôt du genre métis assez clair. Et elle avait tout à fait l'air d'une Réunionnaise. Je pense, mais je ne lui ai pas posé directement la question, qu'elle doit être d'une génération antillaise née et habitant la région parisienne. Elle nous a rapidement expliqué sa situation : elle se reposait avant de prendre un nouveau départ en raison de tendinites – aucun de nous n'a fait allusion à l'information reçue la veille.

            Elle est très jeune ; et pour elle, c'est vraiment l'aventure, dans le bon sens. Elle n'était pas du tout affectée par cet ennui de santé, mais elle ne s'est pas étendue sur le sujet. Ce n'est pas elle qui aurait gêné de quelque manière que ce soit notre installation : elle était soit dans son dortoir, porte fermée, soit le plus souvent en bas dans la cour, suspendue à son téléphone. Elle se faisait très discrète ; le soir, nous ne l'avons pas vue pendant que nous dînions, ni entendu se mettre au lit. Il en fut de même au réveil le matin. Une question de génération entre nous aussi !

            À ce propos, avant de passer à table, nous avons eu la visite du président de l'association locale des amis de Saint-Jacques. Un homme gentil, qui tenait à vérifier que nous ne nous manquions de rien, et qui est très soucieux du bon fonctionnement des équipements du gîte dont il a la responsabilité – nous avons fait une machine pour le linge – et qui s'est montré préoccupé de la tenue de la jeune pèlerine sur un point précis au point qu'il n'a pas hésité à me poser deux fois la même question : est-ce qu'elle fume ici ? Il est vrai que le plus souvent cette jeune femme avait la cigarette au bec quand elle ne téléphonait pas. Mais toujours en bas, dans la cour ! Pas même dans les escaliers, m'a-t-il demandé ? Je l'ai aussi rassuré là-dessus : toujours en bas, dans la cour, lui ai-je répété. Il est vrai que fumer, c'est la liberté de chacun, qui doit aussi tenir compte de celle des autres ; et aujourd'hui ce respect réciproque est bien entré dans les mœurs.

            Le soir, à la vaisselle, puisque c'est ma contribution habituelle à la vie du groupe, Cor m'a dit à l'oreille dans un mélange de français et d'anglais alors que j'en terminais : toujours, shot water – il avait compris que je n'utilisais que de l'eau froide. De plus, il n'a pas pu s'empêcher de repasser derrière moi un petit coup d'éponge sur l'évier – ce n'est pas avec lui qu'un gîte sera laissé dans un mauvais état. Rien ne traîne, tout objet doit être remis à sa place, et j'ai toujours admiré sa vigilance sur ce point avant de partir, Alain me l'a fait remarquer en plusieurs fois. C'est qu'il est dans son pays un professionnel de la restauration.

mercredi 18 mars 2020



Étape 33 : de Saint-Sever à Beyries : 26,8 km.

Photo : j'arrive à Beyries.


Résumé de l'étape :

         Beyries est ma dernière étape dans le département des Landes. Demain, avec Alain et Cor, nous passerons dans celui des Pyrénées-Atlantiques. C'est dire que je me rapproche de la fin de mon Vézelay.

       Dans cette étape marquée par la fin de la dominante des forêts de pins, le relief est un peu plus tourmenté, les Pyrénées se rapprochent.

            C'était la première fois que j'ai dormi dans une salle des fêtes qui dans cette petite commune en pleine campagne ne doit pas être souvent occupée par les manifestations des associations locales – il faut saluer le geste de la commune dans la mise à la disposition des pèlerins de cet équipement de qualité.

Le déroulement de l'étape :

Une partie classique :

            Nous avons emprunté des petites routes, des chemins caillouteux, longé et franchi une voie ferrée pour arriver à la première petite halte de ce jour, l'église Notre-Dame d'Audignon classée monument historique.

           Nous avons pris ensuite la D 2 puis la D 78, direction d'Hagetmau, un point important de cette étape, tout en nous payant une bonne petite côte, toujours dans les environs de la voie ferrée.

           La traversée d'Hagetmau n'est pas balisée, mais le chemin descend naturellement par le centre-ville et nous avons fait une halte à un bar et où j'ai pris un thé et un croissant, bien que j'eusse préféré une bonne bière, mais je me méfie toujours des boissons glacées pendant la marche. J'ai quelque peu regretté d'avoir mangé, parce que l'heure du déjeuner était toute proche.

           Nous avons retrouvé le balisage à la sortie de la ville, et, peu de temps après, en plein dans une petite montée, un petit square bien aménagé avec des bancs à l'ombre nous a attirés. C'était le moment et le lieu pour la pause du déjeuner. J'ai quand même bien goûté aux pâtes d'Alain, et aux petits desserts de Cor.

Un pèlerin avec son âne :

            Nous avions presque terminé notre repas quand un autre pèlerin est arrivé, il voulait, lui aussi, prendre un peu de repos dans ce petit square. Mais d'un genre particulier que je n'avais pas rencontré jusqu'ici sur cette voie de Vézelay : un pèlerin d'un certain âge, il revenait d'Espagne avec son âne Simon. Il n'était pas très loquace, l'air un peu fatigué, mais il ne pouvait pas ne pas apaiser ma curiosité. C'est un pèlerin qui a fait un peu tous les chemins, toujours avec Simon, un beau gabarit d'âne, qui est resté debout pendant tout le temps que nous étions sur cette place, avec sa charge, en regardant fixement devant lui et sans faire le moindre bruit – je n'ai pas résisté à lui donner un petit quelque chose. J'ai déjà marché avec des pèlerins accompagnés de leurs ânes, et j'ai toujours pensé qu'il fallait un sacré permis de conduire pour manœuvrer efficacement ces bêtes, qui marchent bien et vite, mais qui ne peuvent pas résister à brouter une belle touffe d'herbe de temps à autre, et donc une sacrée dose d'énergie à déployer pour les remettre en route. Simon, stoïque, était de la catégorie supérieure, et parfaitement obéissant à son maître. J'étais tellement admiratif de cette association entre l'homme et l'animal que j'ai oublié de faire l'essentiel : prendre une photo. Je m'en veux toujours de ne pas y avoir pensé.

            Puis, l'étape est rythmée par une succession de vallons.

        Nous avons emprunté ensuite la D 357 jusqu'à Labastide-Chalosse, où le petit abri près de l'église ne pouvait pas mieux tomber : il pleuvait, et c'était le moment de faire une halte que j’ai personnellement trouvée un peu trop longue. À peine étions-nous repartis qu'un petit soleil refit son apparition. Nous avons pris à gauche une petite route sinueuse qui se glisse dans une descente très prononcée et qui nous a menés dans une charmante petite vallée ; et après avoir pris à droite une belle montée, nous nous sommes retrouvés à peu près à la même hauteur que l'église, et sur la même D 357. C'est cela que j'appelle faire balader le pèlerin dans la campagne, d'autant qu'il n'y a rien de particulier à voir puisque le paysage dans l'ensemble ne change pas et qu'il n'y a pas de monument historique. Et d'ailleurs nous avons continué sur cette départementale peu fréquentée avec quelques dénivelés, des forêts à gauche et des champs à droite, et ce jusqu’au pont sur le Luy de France, un cours d'eau qui conflue dans l'Adour.

            Un peu plus loin nous sommes arrivés à Argelos, et nous nous sommes tous souvenus de ce que l'hospitalier d'hier soir nous avait dit : ne pas prendre la petite route qui part à droite près de la mairie, c'est un chemin difficile, épuisant en fin d'étape, mais suivre simplement la départementale qui mène directement à Beyries. Et c'est ce que nous avons fait, même si pour mon livre guide ce détour est d'un classique ordinaire.

Un problème de repérage de ce petit village de Beyries :

            Quand nous sommes arrivés devant le panneau routier indiquant que nous étions à Beyries, j'avais le sentiment qu'il n'y avait pas de village, si ce n'est une maison au-dessus de la route, et deux autres de l'autre côté à 300 m. Un petit village diffus, une commune avec peu d'habitants – je me suis souvenu alors avoir lu, qu'il existe une commune en France de zéro habitant, mais avec des contribuables. Nous avons voulu continuer à suivre le balisage, mais le chemin nous dirigeait plutôt hors de cette petite agglomération. C'est Alain qui a trouvé l'explication : en fait, nous avions dépassé la petite route qui mène à ce petit village ; si nous avions pris la dernière direction proposée à Argelos, nous serions arrivés par un autre chemin et nous aurions vu plus facilement les maisons du village. Nous sommes retournés sur nos pas et nous avons pris la petite route. Nous sommes passés auprès de quelques habitations silencieuses sans avoir rencontré qui que ce soit, pour arriver rapidement à la mairie auprès de laquelle se trouve la salle des fêtes, notre hébergement du jour (voir photo).

Un coin tranquille, un gardien accueillant et très causeur :

            Le responsable, qui habite juste à côté, n'a pas tardé à venir nous ouvrir cette salle des fêtes. Avant d'y entrer, j'étais un peu sceptique quant à la qualité de cet hébergement, mais j'ai vite changé d'avis : c'était même l'idéal ! Une grande salle avec seulement 5 lits rangés dans un coin (voir photo), ce qui veut dire que chacun pouvait déplacer son lit en cas de ronflements d'un voisin, et à la tête de chaque lit une chaise, utile dans le rangement des affaires pour la nuit ; une table avec des chaises pour rédiger de petites notes, faire de la correspondance et achever la préparation de l'étape suivante ; à l'autre bout de la salle, un bar avec un espace cuisine… et une petite réserve de nourriture (conserves, pâtes, gâteaux secs, etc.). Les prix sont étiquetés, et il revient aux utilisateurs de laisser l'argent correspondant aux prélèvements dans une boîte. Un système qui repose sur la confiance ! Un espace suffisant sur le coin droit est réservé aux sanitaires. Globalement, c'était même royal pour nous trois !

            Une précaution fortement conseillée par le responsable : faire attention à la porte d'entrée, elle ne peut être ouverte que de l'intérieur. Il voulait dire, à utiliser une expression créole : attention de « vous enfermer dehors ». En effet, pendant la journée, où tout le monde entre et sort de cette salle, rien que pour s'occuper du linge après le lavage, par exemple, une pierre tient la porte ouverte. Mais une situation particulière peut se présenter : quelqu'un sort la nuit en catastrophe, car il a oublié ses chaussures dans la cour, la porte claque, et il est prisonnier « à l'extérieur » du bâtiment. Et pour peu qu'il soit seul dans la gîte, il risque alors de passer la nuit dehors, à moins qu'il ne prenne le risque de casser une vitre.

            Pendant qu'il nous faisait visiter la salle, il discutait avec nous. Il nous a ainsi raconté que des jeunes y ont séjourné, ont bu plus que de raison, et ont laissé la place dans un piteux état ; d'autres de la même bande ouvraient les robinets avec le genou pour une question d'hygiène, prétendaient-ils. Je ne pense pas que c'était une mise en garde indirecte qui nous était adressée ; c'était plutôt pour lui l'occasion de faire vivre son lieu de travail, de meubler en quelque sorte l'accompagnement des visiteurs du jour. Il enchaîna d'ailleurs sur un autre plan : j'ai vu des pèlerins arriver ici dans un état de fatigue extrême, ils avaient fait une longue étape et s'étaient payé la « déviation » d'Argelos qui plonge dans une vallée et remonte durement dans la forêt. Et il a fini par une plus récente : j'ai reçu ici une « Noire » qui avait une tendinite rebelle, et qui malgré tout entendait continuer son chemin, quitte à s'arrêter deux jours pour se soigner ; mais son compagnon qui souffrait d'ampoules aux pieds a carrément abandonné. Et il est rentré chez lui ! Cette dernière histoire a eu pour nous une petite suite puisque nous avons rencontré « La Noire » le lendemain au gîte d'Orthez où elle se reposait – elle m'a raconté la même petite histoire.

Un bon repas et une bonne nuit :

            Alain et Cor se sont installés au bar-cuisine pour préparer le repas, en utilisant nos achats de la veille à Saint-Sever, et en les complétant de quelques prélèvements dans le petit stock du gîte, lesquels ont été payés en déposant l'argent dans la boîte sur place. Nous avons disposé des tables et des chaises devant le bar et nous avons pris notre dîner à l'aise dans cette grande salle, pendant que dehors une petite pluie avait refait son apparition. Bien entendu, j'ai été de service à la vaisselle.

            Nous étions au calme, à l'aise dans cette grande salle. Je craignais un peu le froid la nuit, mais avec mon sac de couchage et la couverture du gîte, je n'ai pas eu de problème. Dans la nuit, j'ai même repoussé un peu cette couverture.

           C'était un passage dans un petit village parfaitement silencieux, reposant. Un point d'étape qu'il faut conseiller, même si nous n'avons vu qu'une seule personne dans ce village : le gardien de la salle des fêtes !

dimanche 8 mars 2020


Étape 32 : de Mont-de-Marsan à Saint-Sever : 20 km.

Photo : Je suis sur la place de l'église de Saint-Sever.


Résumé de l'étape :

            Saint-Sever était une étape importante pour les pèlerins du Moyen Âge. Dans leurs projets de découpage de cette voie de Vézelay, les pèlerins d'aujourd'hui devraient prévoir de s'arrêter dans cette petite ville entre Mont-de-Marsan et Hagetmau. Outre l'aspect historique, c'est aussi un bon coin pour le gîte et le couvert.

            Il faut toujours du temps pour quitter une grande ville comme Mont-de-Marsan. Le paysage commence à changer ; le terrain est toujours bien boisé, mais c'est fini les grandes forêts de pins ; la part consacrée aux cultures et à l'élevage prend le dessus – le foie gras est un produit-phare de la région. Le terrain devient vallonné, le Béarn n'est pas loin.

            Une étape annoncée 19-20 km, mais en fait nous avons dû en faire au moins 21, en raison d'une erreur de parcours. Saint-Sever, sur une hauteur, est une petite ville charmante. Le tourisme y apporte de l'animation, et les pèlerins de Saint-Jacques continuent la tradition.

Le déroulement de l'étape :

Le paysage change petit à petit :

            Il était plus de 8 heures lorsque nous avons quitté le gîte de Mont-de-Marsan pour Saint-Sever, et c'était tout à fait normal vu que l'étape ne fait que vingt kilomètres. Après à peine 500 mètres, nous avons fait un passage dans une boulangerie – et c'est là que j'ai revu l'une de ces femmes qui hier se lançaient avec entrain sur la piste verte à la périphérie de la ville. Nous avons un peu causé, le temps qu'Alain et Cor finissent leurs achats et passent à la caisse ; elle s'en allait tout simplement à son travail.

            Le temps était toujours maussade ; dans la nuit, un petit grain de pluie contre la vitre m'avait tenu éveillé un court moment.

            La sortie de cette grande ville est longue ; il faut avancer sur des grandes avenues, traverser des carrefours et passer sous une voie ferrée pour sortir de cette grande agglomération urbaine.

Mais la forêt de pins était encore un peu au rendez-vous ; dans une de ces parties boisées, j'ai entraperçu Bertrand, qui était devant nous. Alain et Cor, à ce moment, trainaient à l'arrière, accrochés à leurs téléphones. J'ai fait un effort pour essayer de le rattraper, mais je n'ai pas réussi ; il avait disparu entre deux parties boisées. Il n'est pas impossible qu'il ait quitté le balisage, pour toutes sortes de raisons. Sans avoir l'air, il marche vite !

            Mais dans l'ensemble, la grande forêt n'est plus dominante dans le paysage, il y a plus de zones de culture et d'élevage. Le pays change au fil des jours.

            Nous avons fait une première petite pause au village de Benquet, devant l'église Saint-Jean-Baptiste, le temps de manger un fruit ou un pain aux raisins acheté le matin.

Un repas champêtre :

            Nous avons emprunté des petites routes goudronnées à travers un terrain de plus en plus vallonné.  Nous étions bien à l'entrée du Béarn.

Dans une longue descente, mais en pente douce, Saint-Sever sur une hauteur se devine malgré la distance. Arrivés sur le plat dans la vallée, nous avions décidé de faire la pause déjeuner. Non loin d'une grande ferme, en plein milieu d'une étendue gazonnée, un grand chêne nous attendait, l'endroit idéal pour s'asseoir et reprendre des forces. Toutes les « munitions » ont été sorties des sacs, et nous avions bien mangé... 
Je crois même qu'Alain a commencé à faire un petit somme – je résiste à m'y élancer, par précaution, surtout quand je suis tout seul sur le chemin en raison d'une certaine crainte de m'enfoncer dans un vrai sommeil et de laisser filer le temps. En général, je m'assois, mais je ne m'allonge pas. Mais j'ai vu des spécialistes de ce domaine en 2 011 sur la voie du Puy : Jean-Paul et Babou, mes deux compagnons d'alors faisaient régulièrement une petite sieste avec un plaisir non dissimulé.

Un bien joli coin au bord de l'Adour :

            Nous avons quitté notre chêne à regret, car il y avait encore des kilomètres à faire. Il était temps en effet d'attaquer la dernière partie de cette étape. Le soleil était avec nous, et tout se passait bien.

            Nous avons donc continué sur une petite route, sans que quelqu'un ait cru bon de vérifier les préconisations d’un livre guide. Cette petite voie aboutissait à une impasse à quelques encablures d'un gros rond-point de circulation tout neuf. Nous avons fait le tour du giratoire. À mon avis, il n'y avait pas de doute, il suffisait de prendre la départementale qui mène à notre arrivée, d'autant que la circulation n'était pas importante. Alain, après avoir consulté son guide, estimait qu'il valait mieux faire arrière, car bien avant, en suivant le balisage, il aurait fallu non pas aller tout droit mais tourner à gauche et rejoindre Sainte-Eulalie dont l'église est bien visible du carrefour où nous étions. Honnêtement, j'aurais continué, mais j'ai suivi les autres qui voulaient revenir sur nos pas ; et j'ai finalement bien fait, parce que ce détour vaut vraiment le coup d'œil, ce qui n'est pas le cas bien souvent quand le chemin nous balade dans la campagne.

            Nous avons mis un peu de temps à reprendre la petite route sur la gauche que nous n'avions pas vue, pas retenue. Cette dernière nous a menés à une départementale, que nous avons traversée pour continuer en face en direction de Sainte-Eulalie. En peu de temps, nous étions devant la petite église et nous avons tourné à droite en suivant le balisage. Nous nous sommes retrouvés dans une zone boisée aménagée autour des cultures avant de rejoindre la rive droite de l'Adour, ce grand fleuve du bassin aquitain qui se jette dans l'Océan Atlantique après Bayonne et qui m'a rappelé, avec ses affluents, d'autres périples. Nous avons ensuite suivi une petite route parallèle au fleuve – c'est toujours reposant de longer des cours d'eau – qui nous a fait passer sous deux ponts ; puis nous avons remonté sur le grand pont qui enjambe le fleuve. Nous y sommes restés un bon moment, car c'est tout un spectacle que l'Adour offre dans ce cadre.

            Et nous avons filé vers cette petite montagne sur laquelle se trouve notre arrivée. Dans un virage à 300 m, alors que la pente est déjà intéressante, nous sommes arrivés au pied de la difficulté : nous avons pris un sentier qui monte pratiquement à flanc de falaise, dans une belle végétation, la « côte de Brille », où devaient se cacher les défenseurs de la position au temps des guerres de religion – une interprétation personnelle. Je me suis appliqué à monter à petits pas, à bien actionner mes bâtons et à souffler fort. Presque immédiatement après le sommet, nous nous sommes retrouvés en plein dans une petite ville. Sur le plan purement sportif, quel finish ! Et quelle récompense !



L'hébergement des Jacobins, un bon gîte

            Rapidement nous nous sommes retrouvés sur la place de l'église, et cela ne pouvait pas mieux tomber, l'office de tourisme de la ville s'y trouve. Nous devions en effet obligatoirement y passer, car nous avions choisi l'hébergement du cloître des Jacobins, et l'enregistrement et le paiement pour la nuit se règlent dans ces bureaux.

            Nous nous sommes rendus au cloître des Jacobins – j'ai vu un bâtiment qui m'a semblé quelque peu désert, et des salles en travaux, de réaffectation sans doute, le destin de ces vieilles constructions religieuses. Nous sommes tombés sur un hospitalier (un religieux ?) qui nous a conduits dans l’espace du gîte.

            Au rez-de-chaussée, se trouvent la salle d'accueil et la partie cuisine, les sanitaires sont aussi à ce niveau ; un bel et grand escalier en bois permet d'accéder aux deux dortoirs à l'étage, que tout le monde a dû vraisemblablement emprunter la nuit avec précaution pour atténuer les craquements des marches.

            Arrivé dans un dortoir, j'étais sur le point de m'installer sur un lit près d'une fenêtre donnant sur la rue quand j'ai vu arriver Bertrand, qui lui s'est mis dans la rangée d'en face. Je n'avais pas encore ouvert mon sac, et, comme si la position de ce lit me gênait, je suis allé dans l'autre dortoir, à deux lits. En vérité, en pensant au gîte de Roquefort, je ne voulais pas me retrouver aux premières loges du concert que Bertrand donne la nuit. J'avais à peine commencé de m'installer de l'autre côté quand j'ai vu arriver les deux Hollandaises de Mont-de-Marsan, qui n'avaient pas assisté à ma manœuvre. Elles m'ont demandé gentiment de prendre un lit dans le dortoir d'où je sortais, car elles voulaient rester ensemble. Je ne pouvais pas refuser. Je suis donc revenu auprès de la fenêtre, résigné à écouter les nocturnes de Bertrand. Tout cela s'est fait délicatement, ce dernier ne s'est rendu compte de rien. Mais j'ai eu une belle récompense : il n'a pas ronflé un seul instant pendant la nuit.

            L'étape étant petite, j'avais suffisamment du temps l'après-midi avant la classique petite tournée en ville, et j'ai même fait une bonne lessive, qui devenait urgente. Et ce d'autant que des séchoirs à linge étaient à la disposition des pèlerins, et qu'un responsable dans l'après-midi nous avait dit que nous pouvions les mettre dehors pour bénéficier au maximum du soleil (voir photo).

Une petite visite de la ville :

            Un retour sur la place de la cathédrale s'imposait, pour des photos, et divers repérages dont des restaurants et des boutiques. Bien entendu, nous avons été conseillés dans le choix de la bonne table. Il n'y a rien de suspect à imaginer, c'est un service important à rendre aux pèlerins.

            En fin d'après-midi, avec Alain et Cor, nous avons fait des courses dans un petit libre-service bien achalandé. Des achats en commun, pour l'étape de demain, où c'est sûr qu'à l'arrivée en pleine campagne, il n'y a aucun commerce.

            Avant d'aller manger, puisque j'avais déjà réservé mon train, il fallait anticiper sur la suite étant donné qu'il ne me restait plus que 5 étapes avant l'arrivée : sur Internet, j'ai vainement essayé de trouver un hôtel pas cher à Paris. Il me restait plus alors qu'à échafauder un plan B. 

Un bon restaurant :
            Le lieu nous a été vivement conseillé au gîte. Tous les quatre, nous nous sommes retrouvés attablés en terrasse, et nous avons négocié avec le patron un petit menu amélioré. J'ai estimé que c'était à mon tour de faire un geste pour le vin : en plus du pichet très basique, compté dans le menu, j'ai offert un « Bordeaux » de qualité acceptable – j'aurais préféré un « Côtes du Rhône », mais il n'y en avait pas. Les deux Hollandaises vues à Mont-de-Marsan qui ont débarqué, et qui
se sont installées à côté de nous, en ont également profité.

            À mon retour vers le gîte, après m'être éloigné de la zone touristique encore animée, la petite ville s'est à nouveau plongée dans le silence : toutes ces grandes demeures sans doute autrefois habitées par des gens importants de la région paraissaient bien figées ; la petite ville de Saint-Sever m'a semblé toujours tournée vers un passé sans doute brillant mais qu'elle ne retrouvera pas dans toutes ses dimensions.