jeudi 14 novembre 2019


Étape 19 : La Coquille, 29 km.

Photo : À l'entrée de La Coquille, avec Simone et Xavier.



Résumé de l'étape :

            Sur une grande partie de cette étape, j'aurais pu rallier bien plus rapidement La Coquille en prenant trois départementales, et ainsi obtenir plus de temps pour la visite de ce bourg. Mais j'ai préféré suivre le balisage classique et les préconisations du Lepère.

            Quand le chemin balisé emprunte un bout de macadam, c'est pour retrouver sans tarder une partie herbeuse et même un peu humide, et s'enfoncer dans un paysage verdoyant avec des bocages, des petits cours d'eau, des étangs et de belles petites forêts fraîches, reposantes, car il a fait chaud au cours de cette 19e étape. Et ce type de cheminement s'est répété tout le long de la journée.

            Aujourd'hui, je suis passé en région Aquitaine, plus précisément en Dordogne où 5 à 6 étapes m'attendent encore dans ce département. Mais les Pyrénées sont encore assez loin, et il va falloir traverser le Pays Basque pour les atteindre.

            Le but de cette étape, La Coquille, au nom on ne peut plus symbolique pour des pèlerins, est un bourg charmant où tout rappelle vraiment le chemin de Compostelle : la grande place porte le nom de Saint-Jacques ; et je suis allé au « Refuge La Coquille de l'Association des Amis de Saint-Jacques ».



Le déroulement de l'étape :

            Je suis parti du camping de Flavignac le premier, tout seul, avec pas grand-chose dans l'estomac – je m’en tiens à mon propre rythme, à ma conception de l’organisation de mes étapes adaptée bien entendu à mes propres capacités dans tous les domaines. Le groupe d'Alain fait un peu de cuisine de bon matin pour le repas de midi ; les autres étaient presque prêts quand j'ai quitté le camping pour retrouver la D 46 direction Châlus, puis la D20 jusqu'à l'entrée aux Cars.

            Jusqu'à Lautrette, j'ai emprunté une départementale ; puis le balisage classique part dans la campagne. Et après une descente, je me suis retrouvé dans une belle montée. J'ai à nouveau rencontré le couple d'Allemands – les deux marchent bien, et font aussi de bonnes petites pauses. J'ai un peu discuté avec eux, la dame parle à peu près le français, l'homme a quelques difficultés dans cette langue, mais il m'a montré son GPS high-tech avec lequel il anticipe et contrôle son parcours. Mais je n'ai pas tardé à repartir, et à rentrer de nouveau dans une autre forêt.

            Plus loin, à Châlus, j'ai retrouvé Guy, et nous sommes entrés dans un bar ; il n'y avait plus rien à manger, mais le serveur nous a dit que nous pouvions trouver de tout à la boulangerie juste au-dessus, et revenir manger sur place tout en prenant une boisson – c'est du classique sur le chemin. C'est ce que j'ai fait : pendant que Guy cherchait un distributeur de billets, j'ai acheté un croissant pour lui et un pain aux raisins pour moi. Et nous sommes revenus les manger au bar, avec du thé ou du café.

            Ensuite, je suis parti sans tarder, mais Guy ne m'a pas suivi ; il a préféré, avec raison, se donner du temps pour la visite du château historique du lieu, ce que j'ai bien regretté plus tard. J'aurais bien aimé en effet rapporter un meilleur souvenir de ce lieu tellement chargé d'histoire, ne fût-ce qu'une photo du château où le roi d'Angleterre Richard Coeur de Lion fut mortellement blessé lors d'une bataille au XIIe siècle.

            Après Châlus, ce fut la côte de la minoterie ; puis il y eut une succession de petites forêts, et un passage à la N 21 ; à l'entrée d'un bourg, j'ai encore quitté la route pour reprendre les bois.

            Un peu plus loin, je descendais dans une petite forêt bien fraîche qui plonge vers un cours d'eau quand j'ai remarqué sur ma droite, dans un petit espace aménagé, deux pèlerins, une femme et un homme, qui se reposaient à l'ombre – je ne suis pas sûr qu'ils m'aient vu à ce moment précis. Un peu plus bas, toujours dans cette descente, j'ai fait un arrêt dans une autre partie de cet espace, je devais sortir mon livre de mon sac et vérifier sur la carte ce qu'il me restait à parcourir pour cette journée. Et au moment où je reprenais le sentier, les deux pèlerins sont arrivés à mon niveau. Des Français, que je n'avais pas encore vus les jours d’avant ! Sans entrer dans de grandes présentations, nous avons marché ensemble, comme si nous nous connaissions depuis un certain temps : Des Parisiens, des habitués des chemins de Compostelle, Xavier et Simone sa femme. Et nous avons continué ensemble jusqu'à l'arrivée.

            En remontant l'autre versant de cette petite vallée, nous avons débouché sur une route, et là j'ai vu un homme figé, non loin d'une voiture bien garée ; et après notre passage, il a gardé la même posture, le regard toujours rivé sur la sortie du bois. Je me faisais déjà une petite idée de cette situation, mais ce n'est plus tard, au gîte, qu'elle s'est confirmée : c'était un petit groupe qui fonctionnait avec une voiture d'assistance et le chauffeur de la voiture accompagnatrice attendait les marcheurs à ce point précis.

            Avec les deux Parisiens, nous avons monté à peu près 700 m sur cette route, puis nous avons pris sur la gauche un sentier étroit dans un bois, franchi un ruisseau et regagné une autre petite route. Nous nous sommes retrouvés ensuite sur la N 21, à l'entrée de La Coquille.

            Il a fallu traverser la place Saint-Jacques et aller presque au bout du bourg pour arriver au « Refuge La Coquille de l'Association des Amis de Saint-Jacques ». Il n'était pas encore ouvert, mais il y a près du petit bâtiment un banc pour se détendre et se reposer.

            Quand le responsable du gîte est arrivé, je me suis senti quelque peu gêné : j'avais ma place, puisque j'avais téléphoné la veille, mais Simone et Xavier ont été obligés de repartir à « L'accueil pèlerin Maison Morain », à côté de l'église. J'avais trouvé le refus du responsable un peu abrupt sur le moment, même s'il était compréhensible – il s'en est expliqué un peu plus tard, au dîner.

            J'étais le premier sur place et, dans un petit dortoir, j'ai choisi comme d’habitude un lit en bas et près de la porte qui donne sur le couloir face à l'entrée du petit bâtiment ; au fond, se trouvent la salle à manger et les sanitaires.

            Au cours de la marche, je n'ai pas aperçu un seul instant mes amis de la veille ; ils ont peut-être pris un autre itinéraire ; je ne les ai pas revus non plus à La Coquille ; il en fut de même pour Guy qui s'est attardé à Châlus.

Une petite balade au centre du bourg :

            Après mon installation, j'étais toujours le seul sur place ; je suis allé faire un tour au centre-ville puisque le gîte est plus ou moins à la périphérie. Je me devais aussi de passer voir Simone et Xavier, question de me rendre bien compte s'ils étaient vraiment casés.

            Quand je suis arrivé à « L'accueil pèlerin Maison Morain », j'ai vu la dame responsable, qui parle assez bien le français, mais avec un accent anglais. Très sympathique, en attendant Xavier qui s'habillait, elle m'a expliqué comment sa petite famille s'est installée dans cette région : son mari travaille, et elle tient le refuge. À voir la maison et une partie des intérieurs, l'affaire semble marcher correctement.

            Xavier en arrivant m'a demandé d'excuser Simone, elle se reposait, car la journée a été assez éprouvante, en raison de la chaleur surtout. Nous sommes allés au bar un peu plus haut que l'église. Nous avons fait plus ample connaissance : ces deux Parisiens sont des enseignants à la retraite comme moi, ce qui explique un peu pourquoi le courant passe vite et bien entre nous. Nous avons parlé de choses et d'autres, en étant très à l'aise dans ce bar bien fréquenté – les pèlerins sont chez eux à La Coquille. Dans ce bourg, tous les habitants connaissent l'histoire du coin : depuis des siècles, des pèlerins s'y arrêtent. Puis j'ai dit au revoir à Xavier et je suis rentré « chez moi ».

            En cette fin de journée, je n'ai pas revu non plus le groupe d'Alain, ni Jean-François ni la Canadienne et le Belge ; certainement, ils vont réapparaître un peu plus loin sur le chemin.

Une belle ambiance dans ce petit refuge :

            À mon retour, j'ai trouvé une équipe qui s'installait dans le dortoir, et j'ai reconnu l'homme qui, un peu avant le dernier passage sur la N 21, fixait le sentier au sortir d'une forêt, dans l'attente de voir apparaître ses amis. Il y avait 2 couples dont un homme qui faisait le chauffeur pour l'assistance en voiture – j'ai demandé à ce dernier s'il y avait un roulement dans l'équipe pour la conduite du véhicule, un système que j'ai vu aussi fonctionner sur le Camino Francés, il m'a répondu que c'était toujours lui qui s'y collait.

            Dans ce petit dortoir, ce soir-là, l'ambiance était quelque peu différente de ce que j'avais connu dans d'autres hébergements sur ce chemin : ces dames s'appliquaient à bien faire les lits et à ranger soigneusement leurs affaires ; tout ce petit monde était bien habillé après le passage aux douches, il est vrai que leurs bagages ne voyageaient pas sur leurs dos. Mais chacun fait son chemin à son idée, il n'y a pas de norme pour les pèlerins ; de quelque façon que ce soit l'épreuve est toujours là, et il appartient à chacun de tirer les enseignements de son engagement. L'essentiel est de le faire, et ce quelle que soit la distance arrêtée dans le projet, car rien n'est jamais fini sur ce plan.

            C'est au dîner que j'ai fait vraiment la connaissance de mes compagnons d'un soir. Des Français de la région de Lille, tous des enseignants à la retraite. Il y avait une belle ambiance à table ; quand des enseignants se rencontrent, y compris le prêtre hospitalier qui vient de Belgique, après un tour des régions d'origine des uns et des autres et un échange sur les motivations de chacun à venir sur un chemin de Compostelle, ils parlent de l'école, de la jeunesse, de la société, etc. Des discussions qu'animait avec intelligence l'hospitalier, qui les relançait parfois à partir de son expérience propre. Je me suis senti bien parmi eux, à l'aise dans cette atmosphère.

            Le repas était simple et bon. L'hospitalier s'est aussi expliqué sur sa fermeté quant à l'obligation de respecter certaines règles comme refuser l'accès d'un pèlerin supplémentaire par rapport aux places disponibles ; je dépends aussi de la municipalité, a-t-il dit. Il a déjà refusé d'accueillir un jeune pèlerin qui s'est présenté, tous les lits étant réservés, et même si ce dernier ne voyait pas d'inconvénient à dormir par terre dans un coin pourvu qu'il ait un toit pour la nuit. Ici, pas question de lit d'appoint ! Il est vrai que la fréquentation sur le Vézelay n'est pas du même niveau que sur d'autres voies de Compostelle, et que la capacité d'accueil à La Coquille est relativement bonne – J'aurai l'occasion de revenir là-dessus.

            La nuit a été parfaite, un peu chaude au début – alors que j'avais demandé à une dame au fond la pièce de laisser la fenêtre légèrement entrouverte, elle m'a répondu, gentiment, qu'elle tenait à ce qu'elle soit au contraire bien fermée, car elle craignait qu'une chauve-souris ne s'introduise la nuit dans le dortoir. Bien entendu, je n'ai pas insisté ! Ç'aurait été quand même un bon petit spectacle de voir et/ou de sentir ces mammifères volants tournoyer dans cet espace réduit durant la nuit, et assurer ainsi une ventilation naturelle...

mardi 5 novembre 2019


Étape 18 : Flavignac, 28 km.


Photo : J'arrive à Flavignac.


Résumé de l'étape :

C'était ma dernière journée dans la Haute-Vienne, les six étapes suivantes se sont déroulées en Dordogne, région Aquitaine. Au cours de cette journée, je suis entré dans le parc régional Périgord-Limousain, où le paysage est fait de plateaux et de collines découpés par les cours d'eau, et j'ai eu à gravir quelques petites bosses.

Deux nouveautés en ce jour : j'ai fait mon premier vrai camping sur le Vézelay, et j'ai commencé à ressentir une fréquentation intéressante sur cette voie, même si j'ai encore marché seul dans la dernière partie pour rejoindre Flavignac.

Le déroulement de l'étape :

            Nous avons préparé un bon petit déjeuner à l'hébergement des Soeurs de Saint-François à Limoges, il y avait dans la salle à manger de quoi caler l’estomac d’un bon pèlerin.

            À partir de la place en bas de notre refuge, nous avons pris la rue de la cathédrale et ensuite d'autres petites rues dans son prolongement pour arriver à l'avenue G. Dumas. Le balisage est bien présent. Plus loin nous sommes passés devant le CHU, et un peu plus haut, car la petite pente matinale ne tarde jamais à venir pour faciliter la digestion du petit déjeuner, nous avons pris la D 74, direction Aix-sur-Vienne, et au rond-point suivant la C 9 direction Mérignac. Les trottoirs sont larges et la marche est sécurisée. Et jusqu'au sortir de l'Isle, nous étions toujours en zone urbanisée.

            C'est après Mérignac que nous avons emprunté un large chemin de terre, en descente, qui passe devant un élevage d'oies, et qui rejoint au bas de la pente la C 9. Et c'est là que nous avons eu une petite hésitation pour aller à Aix-sur-Vienne – une mauvaise interprétation que j'ai faite des indications de mon livre.

            Mais le passage le plus agréable a été la remontée de la vallée de l'Aixette, un affluent de la Vienne d'un bon débit, que l'homme a parfaitement maîtrisé, en faisant de petites retenues sur le cours, pour toutes sortes d'utilisations. Et nous avons passé en revue des charmantes maisons sur la rive gauche de ce cours d'eau, de la simple construction aux belles villas avec piscine et jardin. Nous étions dans le calme d'une campagne où la présence de l'homme dans sa liaison directe avec la nature au fil du temps se révèle parfaitement.

            Dans la descente qui a suivi un petit sommet, nous sommes passés à côté du château de Lajudie, à flanc de coteau – Lajudie était au XVe siècle un village – ce fut ensuite le pont sur l'Aixette et, après avoir tourné à droite, la D 17.  Et nous avons entamé une assez belle montée pour arriver à l'église de Saint-Martin-le-Vieux. C'est là que Jojo nous attendait, le point de rendez-vous qui marquait en quelque sorte la fin de l'accompagnement que Françoise avait bien voulu m'accorder sur cette voie de Vézelay. Je n'ai pas vu de petit bar à proximité, peut-être un peu plus haut, autrement nous aurions pu prendre un pot. Je suis donc parti tout de suite, après avoir, bien entendu, remercié Françoise, d'autant que j'avais encore un peu plus de 6 km à faire, et que, surtout, je me devais d'arriver avant la fermeture de la mairie de Flavignac pour régler l'accès au camping municipal de cette commune rurale... et mettre en place un plan B pour le cas où il y aurait un problème.

            Je n'ai donc pas perdu de temps, je suis parti tout de suite sur la gauche ; un peu plus loin, ayant remarqué les pèlerins allemands qui se reposaient sous des arbres, je suis allé les saluer, leurs silhouettes ne m'étaient pas inconnues. Le chemin fait ensuite des sinuosités en contournant des champs.

           L'arrivée au stop de Lavignac m'a quelque peu surpris, j'avais fait la confusion entre deux dénominations ; en fait, il faut poursuivre dans la direction de Flavignac, et faire un tout droit sur la D 46. Je suis arrivé ensuite à une intersection où j'ai vite repéré le panneau d'entrée du village étape. Tout était alors joué pour cette journée.

            Je suis passé auprès d'une école, et je me suis rapidement retrouvé à l'église. J'ai continué à suivre le balisage, mais j'ai remarqué que je commençais à quitter ce lieu rapidement. J'étais alors dans l'obligation de retourner sur mes pas, mon but étant la mairie.

Dans ces petits villages de campagne, en plein après-midi, il n'est pas facile de tomber sur un citoyen du coin. J'ai fini par mettre la main sur quelqu'un qui m'a donné des indications concernant mon objectif.

            La mairie n'est pas un bâtiment qui s'impose, les symboles de la République ne sont pas visibles de loin. La porte était ouverte, et je me suis avancé dans une pièce – elle était déserte cette mairie. Il y avait une femme derrière une vitre ; en me voyant, elle m'a fait signe de contourner un espace pour passer la porte de son bureau. Il y avait quelqu'un qui était assis en face d'elle. La surprise du jour : c'était Jean-François que je n'avais pas revu toute la journée d'hier.

            J'ai attendu mon tour, et j'ai accompli les formalités d'enregistrement au camping. J'étais au bungalow N°3. En sortant, j'ai constaté que Jean-François n'était plus là, sans doute déjà lancé dans une visite quelconque. J'ai suivi les indications de l'employée de mairie pour aller au camping, qui est bien en dehors du village. J'étais tranquille : vaille que vaille, j'avais un toit pour la nuit.

Le camping, une première expérience sur le chemin :

            J'ai pris le balisage comme pour sortir du village et après les dernières maisons, j'ai bien trouvé une pancarte m'invitant à tourner à gauche. J'ai suivi une petite route pour la quitter un peu plus loin et descendre vers un vaste parking en contrebas, à côté duquel se trouve un petit bâtiment, l'accueil du site.

            J'en ai fait le tour, mais tout était verrouillé ; l'espace camping proprement dit, au gazon bien coupé, sur un plateau surélevé, à côté d'un bois, était désert. J'ai attendu un bon moment avant que ne débarquât un employé qui a ouvert les bungalows 3 et 4.

            J'ai choisi mon lit, et je suis descendu un peu plus bas où se trouvent les sanitaires, après avoir franchi deux niveaux et emprunté deux escaliers – l'employé venait justement de les ouvrir. Je suis allé à la douche, et j'ai eu peur un moment qu'il n'y ait pas d'eau chaude, mais elle a fini par arriver. Ce sont de grandes installations, très fonctionnelles, tout est prévu pour un bon niveau de fonctionnement en plein été, et je les avais pour moi tout seul sur le moment.

            Les autres sont arrivés un peu plus tard, d'abord Jean-François (voir photo) puis Alain, Cor (voir photo) et Ole (voir photo). Le groupe de Saint-Léonard-de-Noblat s'était reconstitué deux jours plus tard, le temps d'un passage à un hébergement. Cela s'est fait naturellement, sans aucune sorte d'entente préalable. Encore la magie du chemin !

            Mais une fois bien installé, je suis retourné au village, il était en effet indispensable de faire les achats du dîner, mais aussi de prévoir de quoi tenir la route le lendemain. La visite a été rapide, il y eut ensuite le classique passage au bar du coin en attendant que le petit commerce de la place s'ouvre – j'y ai d'ailleurs revu Jean-François, l'idée de faire quelque chose en commun a commencé à prendre corps : entre autres, il a acheté un rosé et moi un rouge. Et j'ai vu à mon retour au camping que le groupe s'était bien étoffé : Guy y était (voir photo). Je l'avais entrevu lors d'une étape précédente : alors que je l'avais derrière moi quand j'entrais dans une forêt, je ne l'ai plus revu après, en rase campagne, il ne suivait pas sans doute le balisage ; et un peu plus tard une Canadienne et un Belge ont débarqué. Nous étions alors 8, dans les bungalows 3 et 4.

L'ouverture sur les autres :

            Le chemin est une découverte, un apprentissage et un approfondissement dans la nécessaire ouverture sur les autres. Les 7 personnes avec qui j'étais dans ce camping avaient une certaine expérience du chemin. Quand il s'agissait d'apporter de l'aide aux autres, tout s'additionnait. Les derniers arrivants, la Canadienne (voir photo)  et le Belge, s'y sont intégrés naturellement. Dans la réalité, il n'y avait que trois marcheurs qui « fonctionnaient » vraiment en groupe depuis plusieurs jours : Alain et les deux Néerlandais (Cor se dit Hollandais, plus attaché à une région de la Hollande ; et Olé, un Néerlandais (au territoire et à la langue). Je ne me suis retrouvé avec eux qu'à l'arrivée des dernières étapes. Ces trois-là étaient déjà rodés à partir ensemble le matin, à aller dans le même hébergement, à cuisiner pour le dîner et à gérer la réservation des gîtes pour la suite. Les autres, Jean-François, Guy, et moi-même, nous nous retrouvions de temps à autre, mais chacun gardait quotidiennement son propre timing. Et pourtant, à nous voir tous ensemble ce soir-là dans ce camping, d'aucuns auraient pu dire : voilà un groupe assez important et bien constitué sur le Vézelay. Ce qui explique un peu comment le Belge n'a eu aucune peine à s'y intégrer.

Une belle convivialité :

            La répartition dans les deux bungalows s'est faite à la mairie de Flavignac : dans le n°3, par ordre d'arrivée sur place : j'étais le premier, et j'ai naturellement pris un lit en bas (voir photo) ; Jean-François a pris un autre lit à terre, sous un rangement ; la Canadienne, le lit au-dessus du mien – et quand le Belge s'est présenté et qu'il nous a dit qu'il était aussi dans cette petite baraque, nous nous sommes interrogés en silence un court moment. Mais il y avait bien un lit d'appoint à déployer au beau milieu de la petite pièce. Personne n'a laissé entrevoir une quelconque gêne, il est vrai que tous les occupants ne s'y retrouvent en même temps que pour dormir. Dans l'autre bungalow, il était aussi quatre ; mais Alain a installé son lit dehors (voir photo), disant sérieusement qu'il entendait dormir à la belle étoile. Je ne suis pas sûr qu'il ait passé toute la nuit dans le froid. À moins qu'il n'ait voulu tout simplement tester pendant un temps ses compagnons...

            Il y a eu d'abord un café servi en fin de journée par le Belge, en chemise claire, à droite sur la photo ci-dessus (voir photo) – les Nordiques boivent du café toute la journée, me semble-t-il – il en avait dans son sac, et aussi des petits biscuits. J'ai eu alors l'occasion d'admirer la facilité avec laquelle il passait du français à l'anglais, et au néerlandais ; il échangeait aussi avec Ole en allemand. De contact très facile, il nous a expliqué son système de marche, qui nous a laissés plus ou moins dubitatifs. Si j'ai bien compris, il part avec sa voiture à l'arrivée de l'étape, tout son matériel dans son coffre ; il laisse sa voiture à l'arrivée et repart au point de départ pour faire l'étape à pied. Il n'a pas été plus loquace quant à son accompagnement dans ce va-et-vient. Il marche donc en emportant un minimum avec lui. Ce système, lourd quand même, ne peut fonctionner que pour quelques étapes du chemin, car il demande toute une organisation. C'est même un luxe !

            Tout le monde était à l'apéritif à la table du n°3 où Jean-François offrait « son rosé », selon la disponibilité des uns et des autres qui vaquaient aux tâches du soir. Ce dernier est allé jusqu'à donner un verre de vin à un jeune qui avait installé sa petite tente un peu plus bas sur le terrain du camping, ce qui a dû lui faire du bien, d'autant qu'il n'était pas très bien équipé et qu'il avait à soigner de grosses ampoules au pied – je lui ai même proposé de les percer avec une aiguille en y laissant un bout de fil qui sert de drain, et de lui donner une petite dosette de Betadine, une technique que j'ai moi-même expérimentée ; il m'avait rappelé un jeune Canadien qui s'est trouvé dans les mêmes conditions en 2 014, sur le Camino Francés, au gîte de Bercianos del Camino. Mais ce jeune homme m'a dit qu'il allait s'en occuper lui-même. Une bonne réaction de sa part : chacun fait sa propre expérience.

            Dans l'autre bungalow Alain avait lancé sa cuisine et Ole est venu « chez nous » utiliser la plaque chauffante électrique vu que notre petit groupe ne faisait rien cuire (voir photo). Nous, dans notre bungalow, avions mis en commun nos achats, et il y avait un peu de tout, et, bien entendu, du vin. Ce fut un excellent dîner.

Encore de la chaleur dans la soirée :

            Cette fois-ci, il n'y avait pas comme à Limoges de murs et de dallages de granite dans les constructions environnantes pour entretenir le chaud la nuit et encore moins de fêtards dans les environs pour troubler le sommeil, mais la chaleur dégagée par la plaque chauffante en service, et accumulée dans cette petite baraque, m'a bien gêné, d'autant que mon lit était tout près de cette plaque, si bien qu'à un moment j'ai dû me lever pour entrouvrir légèrement la porte du dortoir et y introduire un peu d'air frais. La nuit fut ensuite très agréable : je n'ai pas entendu un seul ronflement, ni un autre bruit. Plus tard, il a fallu prendre des dispositions pour aller faire pipi dehors et éviter d'attraper un refroidissement en sortant, il n'était pas question pour moi de descendre tout à fait en bas aux toilettes (voir photo). Le pèlerin est rodé : se lever sans faire de bruit, enfiler un pantacourt et une polaire, mettre le chapeau, autant de gestes à décomposer, et se déplacer en ne laissant filtrer entre les doigts qu'un mince filet de la lumière d'une petite lampe pour éviter de cogner contre un meuble ou un sac à dos. Ce qui veut dire que ces vêtements et objets doivent être placés à des endroits bien précis, à la tête ou au pied du lit. De cette sortie nocturne, je n'ai pas ramené le souvenir d'avoir vu Alain ronfler sous un ciel étoilé.

            Dans l'ensemble, j'ai dû bien dormir, car je n'ai pas entendu les autres se lever durant la nuit. Une bonne chambrée de quatre dans un si petit espace (voir photo) !


mardi 29 octobre 2019


Étape 17 : Limoges, 23 km.

Photo : La cathédrale Saint-Etienne à Limoges.



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Résumé de l'étape :

            Nous sommes toujours dans le département de la Vienne, et le but du jour est la cathédrale Saint-Etienne à Limoges que les pèlerins atteignent après avoir traversé le petit pont historique sur la Vienne ; cette rivière est l'un des principaux affluents de la Loire. Ici, cette dénomination de « via  Lemovicensis » s'éclaire : Limoges est en effet un point important sur le chemin vers Saint-Jean-Pied-de-Port, point de départ du Camino Francés qui mène à Santiago de Compostelle.

            La réservation ayant été faite par téléphone la veille, Françoise et moi étions à L'accueil des Soeurs de Saint François, 1 place de l'Évêché, tout près de la cathédrale (voir photo).

            Cette étape, après une première moitié dans la belle campagne limousine, est caractérisée dans sa deuxième moitié par un long cheminement en pleine agglomération ; elle s'est révélée finalement moins embêtante, à considérer les inconvénients de circulation que laissait entendre mon livre guide.   La petite zone aménagée sur une rive de la rivière à l'approche de l'arrivée, d'où une vue montante permet de découvrir d'un coup la cathédrale qui domine le paysage, fut même des plus agréables.

Le déroulement de l'étape :

            Pour quitter la place de la collégiale de Saint-Léonard-de-Noblat, nous avons pris la rue qui passe contre le bâtiment où se trouve notre gîte. Et un peu plus bas nous avons hésité sur le point de franchissement de la Vienne. Nous avons fait une partie d'une grande rue périphérique et il nous a fallu revenir sur nos pas. Nous sommes passés ensuite sur le D 941, puis sur la D 65. Après le hameau de Lafont, nous avons pris la direction d'Aureil, et plus loin tourné à gauche pour monter une route très pentue. Elle passe devant une école toute neuve que j'ai trouvée bien silencieuse.  Ce fut ensuite une petite halte à l'église d'Aureil où nous avons revu Jean-François – il avait choisi un itinéraire qui évite Limoges, d'ailleurs nous ne devions plus le revoir au cours de cette étape puisque sa destination était Solignac. Après l'église, nous avons continué à monter en passant près du château du village, d'un aspect quelconque vu de l'extérieur, nous n'avions pas non plus cherché à le visiter.

Au sommet, nous avons pris un charmant petit chemin dans les bois, où au départ des aménagements ont été faits. C'est une voie empruntée depuis toujours : présence d'une croix très ancienne, d'une fontaine et d'une grosse pierre résultat de fouilles. Plus haut, ce chemin nous a permis de rejoindre la D 979, la dernière partie étant assez pentue. Nous avons pris ensuite la direction de Laubaudie

            Plus loin, nous sommes sortis de la campagne où nous avons traversé des petits hameaux, et nous avons débouché tout d'un coup dans une zone urbanisée. Nous étions à Feytiat. Nous avons eu alors quelques hésitations : le balisage étant à cet endroit plus que léger, j'ai dû sortir mon livre afin de serrer de près ses indications.

            Et de rond-point en rond-point, nous avons fini par atteindre la grande route qui descend vers Limoges. Beaucoup de circulation, beaucoup de bruit, mais le trottoir est sécurisé, à quelques passages de rond-point près où il faut redoubler de vigilance (voir la photo).

            En suivant le balisage, nous avons quitté cette grande voie pour cheminer dans un petit bois sur les pentes qui mènent à la vallée de la Vienne, et ainsi nous avons rejoint un chemin de promenade bien aménagé sur la rive de cette rivière que nous avons franchie par le pont Saint-Étienne.
C'est dans ce petit sentier, alors que nous venions de faire une petite erreur de parcours, que nous avons vite corrigée, car elle nous menait à une impasse – il n'y avait aucun risque de grandes balades hors chemin –, que nous avons vu Alain, Core et Ole, nos amis d'hier soir, revenir sur nous, à grands pas. Ils ont traversé devant nous le pont Saint-Etienne sur la Vienne (voir photo). C'est avec eux que nous avons fait la toute dernière partie de cette étape : le balisage est net dans ce quartier de la vieille ville, et par de petites rues très pentues nous sommes arrivés sur la place de la cathédrale. Ces trois-là qui paraissaient en recherche d'un gîte (voir photo) ont opté pour un autre hébergement que le nôtre puisque nous ne les avons plus revus jusqu'au soir – la ville de Limoges en compte pas mal dans ce domaine. Nous ne nous sommes pas concertés sur ce point ; chaque pèlerin cultive sa liberté de construire son propre chemin.

            Nous avons dû attendre un peu avant d'aller nous installer dans le gîte des religieuses, qui se trouve justement sur cette place. Il nous fut répondu que la sœur responsable était occupée mais qu'elle n'allait pas tarder à nous recevoir.

Un gîte paradisiaque :

            Dieu que ces vieux bâtiments sont bien aménagés ! Par un escalier très étroit, en spirale, la sœur responsable de l'hébergement, sobre dans ses gestes et dans ses mots, nous a conduits au 2e étage : des chambres sur notre gauche en y arrivant, et, à droite, les sanitaires et une salle à manger avec une partie pour petite cuisine. Tout est propre et bien.

            Nous savions que l'essentiel du temps dont nous disposions avant la nuit devait être consacré à la cathédrale, au jardin de l'évêché, et ensuite à un restaurant, sur une petite place non loin de notre gîte. Il n'était pas question d'entreprendre une visite plus large de cette grande ville qu'est Limoges. Il y a tellement de lieux sur les différents chemins que j'ai empruntés où je me suis dit que je me devais d'y revenir un jour...

La visite de la cathédrale et des jardins de l'évêché :

            C'est comme toutes les cathédrales que j'ai visitées sur les chemins de Compostelle, que ce soit en France ou en Espagne ; lors d'une visite, seuls quelques éléments sont saisis et appréciés, et le sentiment qui prime est la grandeur des bâtiments qui ressemblent à de gigantesques navires destinés à traverser l'infini du temps, qui dominent les territoires aux alentours, et qui montrent ainsi que l'homme n'est pas grand-chose dans l'univers. Impossible alors de ne pas faire référence à Dieu, un mot qui il est vrai n'est pas souvent prononcé sur les chemins. Le domaine réservé de beaucoup de pèlerins. (Voir photo, photo et photo)

            Dans cette partie déjà faite de la voie de Vézelay, la cathédrale de Bourges m'a semblé bien plus imposante ; mais ici, l'ensemble de la place, par sa situation géographique, avec tous les bâtiments de l'évêché et des jardins, est tout à fait extraordinaire. L'entretien de tout ce cadre doit demander beaucoup de moyens, d'énergie, de persévérance !

            J'avais de la chance, Françoise connaissait les lieux ; et c'est elle qui m'a présenté l'espace jardin (voir la photo) – nous avons fait juste une petite entrée dans le musée des Beaux-Arts, de l'autre côté de la cathédrale, nous n'avions pu que jeter un œil à l'accueil, les autres salles étant fermées.

Un assez bon dîner, mais un petit énervement au restaurant :

            Le soir, nous avons fait un assez bon dîner ; nous avons mangé en plein air. Toutes les tables sont sur cette petite place, c'est aussi plus ou moins le cas pour les autres établissements en ce lieu.

            Il faisait bon, il faisait encore jour, et nous étions les seuls à demander à être servis à cette heure. La bonne surprise fut que la serveuse n'y a vu d'emblée aucun inconvénient. Mais à la fin du repas, alors que j'avais commandé un verre de vin supplémentaire, j'ai eu la désagréable impression qu'il y avait comme une résistance dans le service – j'ai dû insister pour l'avoir.

            J'ai déjà eu l'occasion de mettre l'accent auprès d'enseignants de LEP Hôtellerie, et de certains responsables d'établissements dans ce domaine, de l'importance à faire passer un principe de base à leurs élèves : c'est le client qui est roi, et ce quel que soit le lieu, y compris sur les grandes places touristiques ! Un consommateur, fût-il déguisé en pèlerin, et sans qu'il y eût le moindre comportement pouvant troubler en quoi que ce soit la quiétude d'un lieu public, devrait pouvoir manger normalement, dans le respect de ce principe.

            Il en a été de même pour payer le repas : j'ai dû aller le faire à la caisse, près du bar, à l'intérieur du bâtiment ; et je me suis alors permis une remarque au caissier : si vous ne voulez pas de mon argent, je n'y vois aucun inconvénient. Sur un ton mesuré, mais ferme. Il n'y a eu aucune réponse de sa part. Mais, si j'étais simple touriste, avec certains de mes amis, et donc en dehors du chemin de Compostelle, je crois qu'il y aurait eu une autre tonalité à l'ambiance de ces moments.

            Ce que je n'ai peut-être pas saisi, c'est qu'il y a eu entre-temps un changement dans le service, et que la nouvelle équipe était assez lente au démarrage. Mais je reste persuadé, qu'en toutes circonstances, ce n'est pas au client de s'adapter, c'est au service de la maison à le faire. Pour ces personnels, une question de métier ; en aucun cas, une atteinte à la dignité des travailleurs. Et cela vaut dans le privé comme dans le public.

            Ce qui est extraordinaire, et qui a effacé ce mauvais souvenir, c'est que j'ai eu l'occasion 4 jours plus tard, dans ma 21e étape, à Sorges, de me retrouver dans une situation totalement à l'opposé – j'aurai donc l'occasion d'en reparler dans les détails – et où dans un restaurant, j'avais presque envie de dire : c'est bon, ne vous occupez pas de moi, ça va très bien ! Et dans un cadre que je n'avais vraiment pas choisi !

            Mais Françoise et moi avions quand même bien mangé, et nous avons regagné notre gîte alors qu'il ne faisait pas encore complètement noir. Je voulais surtout passer une bonne nuit, car une longue étape m'attendait le lendemain, près de 29 km pour aller à Flavignac. Quant à Françoise, elle devait décrocher à 6 km de ce but, à Saint-Martin-le-Vieux où Jojo l'attendait ; il est vrai qu'elle avait déjà programmé un autre temps dans sa mission d'hospitalière sur la voie du Puy.

L'église, et l'enfer ?

            Rien ne laissait présager que la nuit allait être difficile ; les conditions de logement étaient parfaites, et, pourtant je n'ai pas beaucoup dormi.

            J'ai été réveillé par la chaleur épouvantable qui régnait dans la chambre. Il n'y avait qu'une explication à mes yeux : tout cet espace avec la cathédrale, les dallages de la grande place et les pans des murs aux alentours, est en granite, et la roche la nuit restitue la chaleur emmagasinée pendant la journée, et ce d'autant que le soleil avait bien brillé. À un moment donné je suis allé ouvrir la fenêtre, mais elle était déjà entrebâillée. Il a fallu patienter, faire de petits exercices respiratoires et attendre que le sommeil revienne. Je pense m'être reposé un peu quand vers les 3-4 heures du matin, j'ai été à nouveau réveillé par de gros éclats de voix venant de la place de la cathédrale – la fenêtre de la chambre donne sur cette place. Cette grande boîte en granite est aussi une bonne caisse de résonance : des jeunes, et aussi des clochards – à en juger par le ton des voix et les échanges –, se disputaient à haute voix, se battaient peut-être, sans doute pour une question de territoire, de liberté, et il n'était pas possible de s'isoler de tout ce tintamarre à cause de la chaleur. Ces beaux jardins de l'évêché doivent être un excellent lieu de rendez-vous pour toutes sortes de noctambules, des fêtards de tous acabits aux SDF. Mais qu'est-ce que cela doit être un week-end en plein été ?

            Mais je ne suis pas allé jusqu'à penser que le bon Dieu, dans son infinie sagesse, avait caché l'enfer tout près de l'église. J'ai réussi quand même à filtrer à peu près ce bruit, à retrouver un petit sommeil ; j'aime à croire que les prières de Françoise en ont été pour quelque chose. Elle est pratiquante, si j'en juge par une attitude sereine et constante : À l'abbaye de Sarrance en 2 013, dans la vallée d'Aspe, sur la voie d'Arles, elle était la seule à assister à la messe ; ici, à Limoges, elle est allée s'asseoir non loin de l'autel, pour prier aussi. Sans sa présence, je me serais peut-être retrouvé aux portes de... Plus sérieusement, nous n'avons jamais discuté religion, c'est d'ailleurs un sujet qui reste le plus souvent dans le for intérieur de la plupart des pèlerins.

dimanche 20 octobre 2019


Étape 16 : Saint-Léonard-de-Noblat.


Photo : J'arrive à Saint-Léonard-de-Noblat.


Résumé de l'étape :

            Une belle petite étape en Haute-Vienne, par beau temps. Et d'autant que le paysage est moins vallonné que dans la Creuse, mais avec quand même quelques casse-pattes. J'ai aussi retenu une montée des plus boueuses en forêt dans la matinée.

            Saint-Léonard est une petite cité religieuse. J'étais au refuge, situé au centre bourg, et à côté de la collégiale où se trouvent les reliques du saint. J'y ai passé de bons moments avec des pèlerins rencontrés lors des étapes précédentes.

Françoise et Jojo, au rendez-vous :

            J'étais le premier réveillé, et j'ai pris mon petit-déjeuner tout seul : La responsable du gîte avait posé sur une table dans la salle d'accueil tout le nécessaire : une bouilloire électrique, du thé, des biscuits, du sucre, du beurre et de la confiture, etc. J'avais rendez-vous avec Françoise, la pèlerine, à 7H30, mais j'ai eu un peu de retard parce que j'ai dû attendre qu'Alain descende de sa chambre pour lui remettre la solution d'arnica qu'il m'avait prêtée à Bénévent-l'Abbaye. Ce n'est qu'à 7H45, que j'ai passé la porte du gîte pour aller sur la place de l'église des Billanges. Et ce fut une surprise de voir plantés devant le portail Françoise et son mari Jojo. C'était le même scénario qu'à Oloron en 2 013, sur la voie d'Arles, qui se reproduisait – les deux étaient en avance au point de rendez-vous. Françoise, sac au dos, a toujours la forme, et un Jojo qui ne vieillit pas. Françoise venait faire avec moi trois étapes.

            Sans tarder, elle et moi avions pris le balisage dans la rue près de l'église ; nous avons revu Jojo deux jours plus tard à Saint-Martin-le-Vieux, je devais alors terminer tout seul l'étape qui me menait à Flavignac.

Le déroulement :

            Nous avons continué sur la D 29, et après un bon quart d'heure nous avons pris la D 5, direction Saint-Léonard-de-Noblat.


            Les moments les plus importants : le passage du Pont du Dognon, et nous sommes arrivés ensuite à Châtenet-en-Dognon ; et par des petites départementales, des chemins pierreux ou de terre, nous sommes arrivés à Saint-Léonard-de-Noblat
(voir photo). Nous avons suivi le balisage d'un bout à l'autre de l'étape.

            Une difficulté classique du début de cette voie de Vézelay que je n'ai plus rencontrée ces derniers temps : un passage des plus boueux en forêt. Non seulement, il faut monter, mais l'eau qui suinte de partout et les piétinements des marcheurs entretiennent au maximum la couche de boue, avec des risques de chutes qui pourraient entraîner au minimum des lavages supplémentaires à l'arrivée.

            À noter qu'à la fin du parcours, dans une montée assez raide, nous avons été dépassés par Jean-François – nous n'avions pas cherché à prendre son pas : il est grand, il marche vite, et il se paye des détours pour le plaisir de la découverte. Il est vrai que son but n'est pas de faire toute la voie de Vézelay.

Un refuge avec cuisine en gestion libre :

            En arrivant, nous sommes allés directement au refuge qui se trouve à côté de la collégiale Saint-Léonard-de-Noblat (voir photo). En jetant un œil sur la porte d'entrée, je me suis dit : et encore une porte à code ! me rappelant mon passage au gîte municipal de Chârost. Si ma mémoire est bonne, le code était écrit sur une affichette collée sur la porte ; en appelant la responsable au téléphone, il est possible de se faire communiquer ce code qui, bien entendu, change tous les jours. Cette responsable savait bien que je comptais passer dans cet hébergement puisque je l'avais eue au téléphone la veille ; son passage était aussi programmé dans l'après-midi. C'est avec elle que se règlent les formalités administratives de l'hébergement : le paiement de la nuitée, et le tampon sur la crédancial officialisant le passage du pèlerin en ce lieu.

            J'ai tapé le code, et en tournant la poignée la serrure a fait un certain bruit, mais la porte ne s'est pas ouverte. Au 2e essai, la serrure s'est bloquée, et, miracle, la porte a cédé tout d'un coup sur Jean-François qui l'avait actionnée de l'intérieur. Il était arrivé avant nous, et il avait sans doute fait la démarche de façon à mettre ce code à la portée des autres arrivants. La technique est dans le coup de main, m'a-t-il dit, il faut bien appuyer sur la porte pour que le mécanisme d'ouverture s'enclenche. De toute façon, il n'y avait plus de problème, je n'étais pas le seul dans ce refuge, et il y aura toujours quelqu'un à l'intérieur si la serrure continue à faire des siennes, d'autant que les trois autres d'hier soir n'allaient pas tarder à arriver. Il n'y a eu aucune concertation pour s'arrêter dans ce gîte.

            Ce gîte est d'une très bonne tenue. Il n'y a pas de dortoir, mais des chambres ; Françoise et moi avions choisi une, et les autres pèlerins se sont répartis dans les deux autres.

            Le groupe d'hier soir aux Billanges s'était reconstitué ; tout allait pour le mieux. Aussi, une fois l'installation faite, je suis sorti comme d'habitude pour une petite visite, prendre des photos et passer à la pharmacie, j'avais à renouveler mon gel d'arnica.

Une visite en ville :

            La visite en ville est des plus simples puisque le principal centre d'intérêt est tout à côté du refuge :  la collégiale de Saint-Léonard-de-Noblat.

            Cet édifice est inscrit au patrimoine mondial au titre des chemins de Saint-Jacques. Les pèlerins peuvent vénérer les reliques du saint placées dans une structure en fer suspendue dans le cœur. Pour obtenir les bienfaits du saint, ils passent au-dessous de ces reliques. Le chœur de l'église est aménagé pour permettre justement la circulation des pèlerins sous cette cage de fer (voir photo) et (photo).

            Le clocher présente une particularité architecturale : il est formé de 4 étages carrés surmontés de 2 étages octogonaux (voir photo).

            Saint-Léonard est un Franc de la noblesse de l'époque, il était à la cour de Clovis. Il s'est fait ermite dans la forêt de Pauvain (Limousin). Il est connu comme libérateur des prisonniers, et il a la réputation d'aider ceux qui attendent une délivrance, comme les femmes enceintes ou même les femmes stériles (voir photo).

Il n'y a pas eu de miracle à Saint-Léonard-de-Noblat :

            Comme d'habitude, pour mes visites après la marche, j'apporte ma caméra, et un seul bâton, par précaution, pour le cas où j'aurais à rattraper une glissade sur le rebord d'un trottoir, ce qui est toujours possible étant donné que j'utilise des savates pour les balades en ville.

            Pour être plus à l'aise, j'ai déposé mon bâton contre le mur d'une maison portant le label « gîte de France », en face de la collégiale, et elle était fermée. J'ai filmé l'extérieur et l'intérieur de l'église.

Ensuite, je suis allé à la pharmacie, un peu plus loin, après avoir emprunté un dédale de rues – j'ai dû d'ailleurs demander à un passant des précisions sur cette adresse. Puis, je suis rentré au refuge.

            C'est alors que je me suis rendu compte que je n'avais plus mon bâton. Je suis ressorti aussi vite pour aller le chercher, mais il avait disparu. J'ai l'habitude de marcher avec deux bâtons depuis plusieurs années – un avantage certain : ils supportent à peu près 10% du poids du sac, évitent de tirer trop sur les jambes dans les montées, protègent les genoux dans les descentes, corrigent la gîte du sac-à-dos en cas de chute, et permettent aussi de donner plus de vitesse à la marche en actionnant davantage les bras. Avec un seul bâton pour la suite, psychologiquement surtout, je crois que je me sentirai diminué.

            Je suis reparti à la pharmacie, je l'avais sans doute posé dans un coin. Après une inspection rapide de la salle, une évidence s'imposait : il n'était pas non plus à cet endroit ! Je suis retourné au refuge, et avant d'y entrer, j'ai revérifié une nouvelle fois le mur où je l'avais laissé, quelqu'un aurait pu le déplacer pour toutes sortes de raisons. Rien ! À moins qu'un jeune n'ait voulu en faire un jouet pour amuser ses copains. Je suis rentré à mon hébergement, et j'ai annoncé aux autres que je l'avais vraiment perdu, et qu'il me faudra attendre Limoges pour le remplacer.

            Mais je ne cessais de faire défiler dans ma tête le film de mes différents parcours en ville, pour me souvenir qu'après mon passage à la pharmacie, j'étais aussi au Leader Price où Alain et Cor s'occupaient des produits pour le dîner en commun pendant que je faisais de petits achats personnels ; et qu'il n'était pas impossible que je l'eusse laissé contre un chariot. Je suis donc ressorti pour vérifier... et je n'ai rien trouvé. En repassant devant la pharmacie, j'ai cette fois demandé à la pharmacienne si elle n'avait pas récupéré un bâton de marche. Toujours rien !


            Sur le retour, je me disais qu'il ne me restait plus qu'à espérer une intervention exceptionnelle de Saint-Léonard... quoiqu'elle soit, en ce qui concerne les objets perdus, plutôt du pouvoir de Saint-Antoine de Padoue. Passant devant l'église, j'ai jeté machinalement un œil sur le mur en question... et j'ai vu mon bâton, exactement à l'endroit où je l'avais laissé ! Et c'est en le brandissant fièrement que je suis entré au gîte, où les autres s'affairaient déjà à la préparation du repas. Il y a quelqu'un qui a lancé : mais c'est un signe ! Moi, je cherchais toujours une explication disons rationnelle, et je l'ai trouvée un peu plus tard : dans la maison « Gîte de France », il y avait, paraît-il, un couple de marcheurs allemands, et vraisemblablement, ce sont eux qui l'ont « ramassé » avec de bonnes intentions, et, sans doute, ayant remarqué mes différents passages devant ce mur, ils l'ont remis à sa place. Ces deux-là, je les ai rencontrés plus loin sur le chemin, la femme parle en peu le français, mais l'homme pas du tout. Je les ai trouvés très sympathiques, mais je n'ai pas voulu les ennuyer avec mon histoire de bâton. Il n'y a pas eu de miracle à Saint-Léonard-de-Noblat.

Un excellent dîner, et une bonne nuit :

            C'était la première fois sur ce chemin de Vézelay que je me retrouvais dans un groupe ambitionnant de préparer un dîner. C'est principalement Alain qui était à la manœuvre comme cuisinier ; Jean-François, Cor et Ole l'ont aidé, bien entendu. Les spaghettis à la « Bolognaise » ont été unanimement appréciés. Pour la suite, bien que j'aie un doctorat ès vaisselle, je n'ai été que l'assistant de Françoise : la plonge, c'était elle ; moi je ne faisais qu'essuyer et ranger. Mais je savais que j'aurais moult occasions d'approfondir mes connaissances dans ce domaine.

            Ce que j'ai apprécié, c'était comme si nous nous connaissions depuis longtemps sur ce chemin, qu'il y avait des habitudes quant à la part que chacun peut et doit naturellement apporter au groupe. Une application des notions d'aide et de partage. Il faut dire aussi que pour tous les cinq, nous n'étions pas à une première expérience sur le chemin. Mais l’intégration à un groupe est un chemin en lui-même, qui n’y aboutit pas forcément, la part de liberté que chacun s’accorde étant en effet précieuse.

La nuit a été tranquille.

dimanche 13 octobre 2019


Étape 15 : les Billanges, 28,5 km.

Photo : J'arrive aux Billanges.



Résumé de l'étape :

            Après la Nièvre, le Cher, l'Indre et la Creuse, je suis entré ce dimanche 31 mai 2 015 dans le département de la Haute-Vienne (Voir photo). Cette étape de Bénévent-l'Abbaye aux Billanges est, sans aucun doute, est à classer dans les plus belles que j'ai effectuées sur le Vézelay, sur tous les plans : un beau profil avec des montées qui s’enchaînent et une longue descente en forêts ; une fin de parcours en pleine campagne avec encore de bons dénivelés, par un temps extraordinaire ; une rencontre intéressante avec un responsable d'association qui travaille au maintien d'un lieu de vie à Châtelus-le-Marcheix dans le dernier tiers de la marche ; sur un plan physiologique, alors que j'étais encore seul sur le chemin, la  volonté de réussir m'a permis de dominer des réactions momentanées du corps. Et enfin une petite preuve : ce sont les pèlerins eux-mêmes qui donnent du relief et de l’ambiance, de la qualité à un gîte, et non pas seulement un bel équipement. Sans compter évidemment la personnalité de la responsable de la structure.

L'étape :

Une forte interrogation au départ :

            Dans la dernière partie de la nuit à Bénévent l’Abbaye, je n'ai pas dormi en raison d'une petite douleur au-dessus de mon genou gauche, plus vers l'extérieur, et sans doute à un point de fixation d'un muscle – je n'ai jamais eu des problèmes à cet endroit. De petits spasmes réguliers m'ont tenu éveillé jusqu'au moment où il a fallu se préparer pour partir. Je me suis même demandé si j'étais en mesure de faire cette étape... et ma décision a été de ne pas reculer, après avoir bien massé la petite partie douloureuse. « Ça passe ou ça casse », je ne pouvais pas faire autrement, et principalement pour une raison : j'avais donné rendez-vous le lendemain matin 01 juin, aux Billanges, à Françoise, une amie pèlerine que j'ai connue sur la voie du Puy en 2 011 et qui, comme sur la voie d'Arles en 2 013, voulait m'accompagner dans quelques étapes. Le plaisir est toujours pour moi ! Mais la volonté de réussir mon chemin a écarté cette douleur – je n'ai rien senti toute la journée, j'avais même oublié l'existence de ce point douloureux. La magie du chemin !

            À l'arrivée, après la douche, j'ai constaté que j'avais une petite tache bleue à cet endroit, signe que je m'étais cogné quelque part. Mais j'ai penché plutôt à une autre explication : il m'arrive au cours de la journée de placer mon téléphone dans la poche basse mon pantacourt, et à gauche. Cette masse au rythme de mes pas devait cogner régulièrement contre cette partie de ma jambe, ce qui a engendré un petit traumatisme au point d'impact. Le mal n'avait pas résisté à l'effort ; j'ai corrigé cela, et je n'ai jamais plus eu cette douleur. Cela me confortait encore plus dans l'idée que les douleurs résultent le plus souvent d'une posture à rectifier, aux épaules pour le sac-à-dos, au pied pour le laçage des chaussures, etc.

Le déroulement :

            J'ai suivi complètement les préconisations du Lepère, en collant au balisage jusqu'à l'arrivée, d'autant que sur la carte, il n'y avait pas d'autres possibilités, et que les courbes de niveau indiquent des reliefs importants.

            Au départ, j'ai pris la D 914, pour attaquer sans tarder un chemin de terre qui longe une forêt, et qui y pénètre assez rapidement. Succession de petits chemins et de petites routes goudronnées, sans compter des passages dans des bois, en longeant de petits ruisseaux, et des traversées de petits bourgs. Et de rudes montées : par exemple, j'ai quitté une zone boisée, aux balises un peu espacées, et j'ai atterri sur la départementale qui mène au village de Saint-Goussaud, la plus pentue des routes goudronnées que j'ai faites. C’est dans cette situation que le poids du sac se fait particulièrement sentir. Je fixais par exemple un arbre, et je montais à petits pas, sans me préoccuper du sommet, et arrivé à cet arbre, je me donnais un autre point de repère, et ainsi de suite. J'étais alors au sommet le plus haut de la voie de Vézelay (moins de 1 000 m).

            La nature est ainsi faite : s'il y a une montée, la descente correspondante ne tarde pas. Je n'ai jamais ressenti une descente aussi longue, je croyais en avoir fini avec une forêt à un éclairci des bois et à un petit replat, mais c'était pour repartir de plus belle dans une autre descente, dans une autre forêt. Cette succession semblait ne pas avoir de fin... et je me posais quand même la question de l'erreur de parcours, alors que je savais bien que cela n'était pas possible au vu de la carte. Il ne me restait plus qu'à m'adapter, à patienter. Le village de Châtelus-le-Marcheix que j'attendais n'arrivait toujours pas. J'étais seul dans ces forêts, je n'ai même pas entrevu les pèlerins du gîte d'hier soir.

            Je pestais contre mes chaussures qui prenaient du plaisir à y laisser entrer des petits cailloux plus que d'habitude – je n'arrêtais pas de me dire que mes prochaines godasses seront à coup sûr des montantes. Et cela a duré pendant une bonne partie de cette descente, m'obligeant à regarder de plus près le sol. Je descendais dans un sentier où cela se voyait qu'il est pratiqué depuis la nuit des temps, et sans être un expert, c'est la dégradation de la roche granitique qui donne une espèce de sable (quartz ? mica ?) et des petites particules plus solides (feldspaths ?), ces éléments que je devais enlever de mes chaussures tous les 100 m. Et pourtant, malgré ces inconvénients, je regardais ce chemin dans la montagne d'un bon œil. Tout se mérite.

            Quand je suis enfin arrivé à une petite route goudronnée, près de Châtelus-le-Marcheix, j'étais heureux, bien que je susse que je n'avais pas fini avec les dénivelés jusqu'aux Billanges.

            Le chemin utilise ensuite des départementales, disons plus confortables, mais avec toujours des montées assez rudes ; et je suis parvenu à un grand plateau, qui lui aussi n'en finissait plus : mon regard restait fixé sur l'horizon afin d'entrevoir au loin le toit d'une maison, le signe qu'un village était enfin à ma portée.

            Après une longue rue presque droite et un carrefour, je suis arrivé à la mairie des Billanges, et à l'église juste à côté. En ce dimanche après-midi, il y avait une manifestation à un espace communal, et sur un parking attenant, j'ai interrogé un homme qui y revenait et prenait sa voiture pour s'en aller. Le gîte de Françoise ? Mais vous y êtes, c'est juste là-bas, m'a-t-il dit, en me montrant un portail.

Deux moments très forts : La lanterne des morts, à l'entrée de Saint-Goussaud ; la rencontre avec Daniel, à Châtelus-le-Marcheix :

            Au sommet de la dure montée qui mène à Saint-Goussaud, dans un espace gazonné, se trouve une belle lanterne des morts. C'est une petite tour de pierres, élancée, et l'édifice est creux, sans doute pour laisser le passage à une lampe allumée. Sa construction remonte au XIIe siècle. Selon la légende, c'est une sorte de fanal qui guidait les morts le soir quand ils quittaient leurs tombes pour « hanter » les vivants, et quand ils y revenaient à l'aube. N'ayant resté qu'un moment dans cet espace et en plein jour, pour me reposer, je n'ai pas pu vérifier si cette légende collait un peu à une certaine réalité.

            Plus sérieusement, le débat reste ouvert quant au sens à donner à ces lanternes, qui se trouvent aussi dans des cimetières. Son rattachement à la culture celte est fort probable : dans une autre version, elles servaient de guide aux âmes perdues. D'une certaine façon, la culture chrétienne a assimilé cette idée de la continuité de la vie et de la mort. Une version non religieuse présentait un côté pratique : cette lanterne guidait les voyageurs égarés, ou encore les prévenait de la proximité d'un lieu dangereux.

            Au bas de cette fameuse descente, à l'intersection des routes, j'ai vu en face de moi une auberge restaurant dont l'enseigne bien visible de loin me tendait les bras. C'était le moment de se reposer et de s'alimenter. C'est tout petit à l'intérieur, mais il y a l'essentiel. J'ai été accueilli par Daniel, qui m'a tout de suite demandé si je voulais manger quelque chose – pour un dimanche en début d'après-midi et en ce lieu si retiré alors que nous sommes encore assez loin de la période touristique, c'était pas mal ! Au lieu d'un sandwich, il m'a proposé un plat prêt à réchauffer. J'ai choisi un bœuf bourguignon. C'était le meilleur bœuf bourguignon que j'ai mangé jusqu'ici... Et arrosé d'un bon thé !

            La discussion a été intéressante : Daniel m'a expliqué que la structure municipale d'accueil des pèlerins dans ce village était à bout de souffle, les charges étaient trop importantes pour la clientèle de passage. Et pourtant, m'a-t-il répété, il faut tenir debout de tel lieu de vie, indispensable dans un village retiré. D'où l'association qui a été créée pour maintenir en vie cet accueil, mais aussi rendre des services aux habitants de ce lieu, par exemple pour le pain, m'a-t-il dit encore. Et j'ai ajouté : d'où l'importance d'entretenir de petits réseaux de bénévoles de façon à assurer sur le long terme cette mission.

Une déception en découvrant mon gîte :

            Le portail étant ouvert, je suis entré dans la cour. Comme au gîte de la Souterraine, cet hébergement occupe un ancien corps de ferme, mais ici, une bonne partie a été rénovée et destinée à des activités artistiques, et le gîte proprement dit se tient dans la dernière partie au fond de la cour.
. La porte étant simplement poussée, je suis entré ; et il n'y avait personne à l'intérieur. Au rez-de-chaussée, une grande pièce partagée en deux, sans totale séparation : l'accueil et la salle à manger contenant un espace cuisine.

            En face de la table à manger se trouve une cheminée, qui m'est apparue quelconque à ce moment-là. Un grand escalier en bois permet d'accéder à l'étage, mais je n'y suis pas allé. Au fond, à un niveau plus bas, une chambre à deux lits. J'ai fait et refait le tour de tout cet espace au rez-de-chaussée pour découvrir les sanitaires – le strict nécessaire, mais fonctionnel.

            Mon impression était loin d'être bonne : je trouvais que ce gîte n’était pas extrat, et surtout, ce qui frappait, c'était une circulation continuelle de mouches, qui collaient aux vitres – il devait y avoir un élevage dans le coin. Je ne pouvais pas pour autant changer de stratégie : j'avais un toit pour la nuit ; dans la chambre, des couvertures pliées sur les lits, et il était prévu un dîner. Il ne me restait plus qu'à gérer le temps jusqu'au lendemain.

            J'ai hésité un bon moment entre les deux lits de la chambre, je devais tenir compte de l'entrée des mouches par la porte et de la position des deux fenêtres.

Un gîte très vivant au dîner :

           C'est Jean-François, que j'ai connu à la Souterraine, qui arriva ensuite, et il a pris le 2e lit dans la chambre ; un peu plus tard, ce fut au tour du trio de Bénévent-l'Abbaye, Alain et les deux Néerlandais, Cor et Ole, et ils se sont installés à l'étage.

            En fin
de journée, le temps était à la pluie, et dehors le froid montait. Françoise, la responsable du gîte, est arrivée avec tout son barda – elle habite une maison au fond du terrain. Elle apportait divers matériels pour démarrer son hébergement. Dans cette salle à manger où nous étions rassemblés tous les cinq, à faire du courrier, de l'Internet ou de la photo, et où les échanges en anglais avaient leur place, le Français bien entendu était aussi utilisé. J’ai ressenti une bonne ambiance qui montait vite. Pour une simple raison :
la cheminée avait été allumée, et elle fonctionnait bien ; les flammes sortant des bûches éclairaient toute la salle, et entretenaient une douce chaleur dans tout le rez-de-chaussée (voir photo, photo et photo). Un tel climat rendait la communication encore plus facile. Sans compter que Françoise, sans être une démonstrative dans le domaine, par des gestes simples, un mot par ci un mot par là, s'occupait bien de son monde : un petit apéritif maison, une discussion à lancer sur tel ou tel sujet, tout en étant à côté à préparer le dîner. Elle a le coup de main, il est vrai que c'est une artiste – dommage que nous n'ayons pas eu le temps de visiter la partie de ce bâtiment tout en longueur consacrée à des activités dans ce domaine !

            Elle nous a préparé un plat de pâte de sa composition, en qualité et en quantité, si bien que nous étions tous d'accord pour dire qu'il faudrait donner un nom à cette préparation, de façon à la personnaliser – j'ai même insisté pour qu'elle fasse à ce sujet une petite publication sur Internet.  Un excellent repas, avec entrée et dessert, et bien arrosé de vin ! Dans une ambiance de veillée !

            Quand Françoise a parlé de rénover un autre bâtiment à côté, je me suis dit qu’il serait intéressant de voir fonctionner ce nouvel équipement 

            Finalement dans ce gîte, j'ai passé une excellente nuit, aucun problème de froid, aucun problème de mouches. Le bois dans la cheminée a continué de brûler doucement pendant toute la nuit. Tout était calme, tout était bien ! Je suis sûr que les autres aussi se sont bien reposés. Le passage dans ce gîte fut aussi un moment de réflexion sur le fond - voir photo : un petit texte sur un tableau dans la partie accueil.