jeudi 10 novembre 2022

 

Étape 18 : samedi 12 novembre 2 022 : Mansilla de las Mulas (date de la publication)

Photo : dans la cour de l’albergue, les pèlerins s’activent à de petits travaux indispensables à l’arrivée de chaque étape (lavage de vêtements entre autres).

 À l’albergue de Calzadilla de los Hermanillos, on m’a dit que cette variante que j’ai découverte par hasard existe depuis toujours. Mais il y avait un petit doute en moi. Il est vrai cependant que la modification de mon parcours qui s’est faite au pont de Cazaldo del Coto était bien claire. Rien n’empêche les rêveurs en marche de se tromper. Mais tout reste positif sur les chemins de Compostelle. Et ce d’autant plus que cette fois-ci j’en ai tiré un certain bénéficié de cette variante, parce que mon étape s’est trouvée un peu plus courte, et que j’ai eu aussi l’occasion de me replonger concrètement dans l’Histoire de cette région.

Photo : très belle place dans cette petite ville en pleine campagne.

J’ai donc découvert la Cazalda romaine, de longues pistes utilisées autrefois par les cavaliers romains, aujourd’hui parfois gravillonnées, qui m’ont rapproché de Religios où j’ai retrouvé mon chemin habituel, tout en essayent de voir dans ma tête les chars des soldats romains qui l’utilisaient dans l’Antiquité quand Rome dominait une bonne partie de l’Europe.Et aujourd’hui rien que de beaux paysages de plaines parfaitement cultivées qui invitent vraiment à la marche pour peu que l’on essaye d’imaginer aussi les chars des Romains qui déboulaient dans cette zone. Et j’étais encore plus content quand j’ai rattrapé ensuite la classique belle petite route toute droite à l’ombre des arbres qui m’a conduit, en avance cette fois, à Mansilla de las Mulas.

Photo: l'église de Mansilla de las Mulas





samedi 5 novembre 2022

 

Étape 17 : dans la vie, rien n’est figé… Compostelle le montre


 Jusqu’à Sahagún, c’était du connu, à quelques petits contournements près où je ne me suis pas immédiatement retrouvé, mais globalement c’était dans le classique de 2 011 et 2 014.


J’ai suivi le balisage qui conduit à Bercianos. Mais j’ai senti dans la dernière partie que le chemin était bien long, et surtout qu’il me baladait dans des paysages de grande beauté (voir cette immense étendue verte de blé), un peu comme s’il me faisait visiter une belle et nouvelle campagne, et aussi à travers des bois de différentes couleurs.

Et je marchais tout en rêvant, en essayant de me détacher de tout le réel qui m’entourait… et arrivant à un pont avec une belle flèche qui m’invitait à monter sur cet édifice, j’y suis allé tout en pensant qu’il pouvait y avoir une petite modification en ce lieu… Retrouvant le balisage au-dessus, je me replongeais dans mes rêveries. En me disant que je ne devrais pas tarder à me retrouver dans ce petit plongeon juste avant de remonter vers mon albergue habituelle dans cette étape. Mais une réalité était toujours là : je passais d’un bois à un autre… le balisage étant toujours présent, mais je ne m’en inquiétais pas. D’autant que je n’ai pas tardé à me retrouver sur les pas d’une pèlerine. Je me suis finalement décidé à la doubler… pour la rassurer peut-être ! Je la sentais un peu anxieuse : c’est que nous étions les deux seuls marcheurs à travers ces beaux paysages. Je ne l’ai plus revue les jours suivants.

Et je trouvais que Bercianos n’arrivait toujours pas. À un moment j’ai vu le clocher d’une église au-dessus d’un village, je me suis dit alors que cette année l’arrivée à Bercianos ne se faisait peut-être pas par le chemin habituel. Mais en entrant dans ce village une belle pancarte me fit comprendre que je n’étais pas du tout à Bercianos, mais à Calzadilla.


Passant devant un petit hôtel, je fus interpellé par un homme qui m’a semblé être un responsable de cet établissement, et qui me demanda jusqu’où j’allais. Quand je lui ai dit Bercianos, il se mit à rigoler, et m’a dit : mais c’est de l’autre côté, vous allez mettre pas mal de temps pour y aller… et faire du chemin en plus. Et il m’invita dans l’albergue à voir une carte affichée au mur. Et c’est ainsi que j’ai compris que je suis passé par le pont échangeur à Cazalda del Coto pour prendre la variante qui va à Cazaldilla – et comme il y avait encore des places dans cette albergue j’ai terminé mon étape dans cette petite agglomération – et ce n’est que le lendemain que je me suis retrouvé sur le chemin « classique », avant l’arrivée à Mansilla, une étape me semble-t-il plus courte qu’en partant de Bercianos. Perdre d’un côté, et se rattraper de l’autre ! Compostelle, c’est bien la vie en général !

Mais le chemin rassure vite…

 

 

jeudi 3 novembre 2022

Étape 16 : jeudi 17 mai 2 018 : Ledigos


À Ledigos, ce fut aussi le traditionnel gite (2 011 ; 2 014) ; j’étais parmi les premiers arrivants à mon « vieux gîte » qui présente l’avantage d’être bien équipé, avec dans ses murs la possibilité de bien boire et de bien manger (voir photo). Un bon point d’appui, et ce d’autant qu’il n’y a pas grand-chose à visiter, à découvrir, dans le coin.

Sur la fin du parcours, je me suis laissé aller à un peu de compétition parce que je voyais de nombreux marcheurs qui arrivaient en belle forme alors que je ne les avais pas aperçus tout au long de l’étape. Tout dépend du découpage de chacun.



Une nouveauté cependant, et c’est ce qui m’a quelque peu surpris : on n’entre pas dans ce village de la façon que j’ai connue, en 2 014 et en 2 018 : j’avais d’ailleurs en fin de parcours compris que l’approche était cette fois bien différente et un peu plus longue. On entre vraiment dans le petit village par le haut, du côté de l’église. Je suis passé devant un nouvel albergue avec une grande terrasse au bar où plein de marcheurs se faisaient plaisir après qu’ils eurent à développer longuement des capacités personnelles sur le terrain. D’ailleurs, cette arrivée était une découverte pour moi, dans une vraie descente après un long cheminement sur un plat plus ou moins bosselé qui n’en finissait plus et sous un soleil qui pesait.

Espace, perception de l’infini – et le temps ne peut rien à l’affaire. Quand un petit village apparaît, c’est pour se rendre compte que l’on n’est pas au bout de ses efforts. Dans cette étape, je me suis même arrêté à un petit bar qui proposait entre autres des fruits et divers jus, mais comme il y avait pas mal de marcheurs dans l’attente de se faire servir, je suis reparti sans rien prendre. Et toujours une affluence de Nordiques, surtout d’Anglais et d’Allemands, et aussi quelques Espagnols. En majorité des jeunes ! Et beaucoup de fraiches jeunes filles !


Mais Compostelle rappelle aussi que tout change relativement vite dans la vie. Le restaurant de mon albergue habituel était à moitié vide en fin de journée, alors que lors de mes deux précédents passages, il fallait être vigilant pour se faire accepter au premier service.

Voir ci-dessous le nouvel albergue, à la nouvelle entrée dans ce petit village – on y arrive maintenant par l’église située en haut du village. Mais en pleine fréquentation au mois d’août, il doit y avoir suffisamment de clients pour les deux établissements.

En reconnaissance en fin de journée, j’ai découvert qu’il y avait un autre établissement neuf à la sortie habituelle de cette bourgade, avec sans doute des chambres, mais surtout un bar restaurant moderne – j’en ai d'ailleurs profité le lendemain pour prendre un bon petit déjeuner, celui de mon gîte ne s’ouvrait que bien plus tard – je pars toujours un peu avant 7 heures. 

Dans mon dortoir habituel, il y avait un ronfleur mais il ne m’a pas vraiment gêné – et j’avais aussi bien fait dès le début de mon installation en évitant de me placer en face de la porte d’entrée, car des pèlerins se lèvent la nuit pour aller aux toilettes, qui sont à l’extérieur dans un autre petit bâtiment, et oublient de bien fermer la porte au retour, laissant ainsi un petit courant d’air frais venir caresser les autres dormeurs avec un risque de refroidissement.

En général, je mets un certain temps à choisir mon lit – quand c’est possible, compte tenu de l’affluence et du moment de l’arrivée en fin d’étape. C’est ainsi que je me suis retrouvé non loin d’une Allemande – les femmes, en général, ronflent moins que les hommes - elle maitrisait bien le Français, et nous avons pu discuter d’un peu de tout. Elle a tenu à me faire comprendre qu’elle prenait tout son temps sur le chemin et qu’en aucun cas elle n’entendait se placer dans une sorte de compétition sur un Chemin de Compostelle.

J’ai passé une bonne nuit ; et une belle étape m’attendait, celle de Bercianos del Real Camino où il y a un bel accueil dans un grand établissement, que j’ai bien apprécié en 2 011 et 2 014. Et je me disais que refaire un chemin de Compostelle, c’est se donner les moyens et le temps de découvrir et d’apprécier tout ce que l’on a quelque peu survolé la première fois. 

samedi 29 octobre 2022

 

ARCC réunion du 29/10/22


Samedi 29/10/22 : réunion de l’ARCC (association des Amis Réunionnais des Chemins de Compostelle) dans la salle paroissiale de l’église de Saint-Gilles-les-Bains (Réunion)
 : Photo1 : de droite à gauche : les deux responsables qui pilotent la réunion, Dominique Masson et Jacques Viot – où ceux qui sont allés sur un chemin de Compostelle viennent présenter leurs expériences.

Photo2 Ceux qui sont allés sur les chemins de Compostelle viennent donner avec à plaisir leurs ressentis ; et dans la salle l’écoute reste à son meilleur niveau – et c’est sûr que dans pas mal de têtes une première approche d’un futur départ pour les chemins commence à se mettre en place.


Photo3 : cette année, le public a eu droit à pas mal de ressentis de jeunes qui ont fait des chemins et qui n’hésitent pas à faire part de leurs idées pour l’avenir.








Photo4 : il n’y a pas de rencontres de Compostelle sans de larges échanges à table. Marcher, échanger, bien se nourrir, construire l’avenir…tout en confortant son équilibre personnel, voilà l’essentiel des contenus des rencontres de Compostelle.




lundi 24 octobre 2022

 

Étape 15 : mercredi 16 mai 2 018 : Villalcázar de Sirga, 24,9 km :

Les lignes droites depuis Frómista n’en finissaient pas, après une partie qui monte régulièrement depuis le départ d’Itero de la Véga pour descendre ensuite dans une plaine, et continuer ainsi jusqu’à l’arrivée – elle aussi modifiée, et aujourd’hui au bout de la grande route. Au point que je me demandais si Villalcázar existait toujours.



J’ai été le premier à attendre l’ouverture du mon gîte habituel (voir photo) ; il s’est rempli toute l’après-midi – sans doute en récompense du Bon Dieu – en fin de journée, le seul lit inoccupé était celui au-dessus du mien près de la porte d’entrée de la chambrée, je pouvais donc l’utiliser pour étendre mes affaires. 3 passages en ce lieu et le même lit, à l’entrée de cette grande chambre qui s’est vite remplie – et pas un seul bruit pendant la nuit : le pèlerin pouvait vraiment récupérer de ses efforts de la journée.

Villalcázar Photo :  au premier plan, mon approche de Villalcázar en 2 011 :



Je me disais : il faut que j’apprenne à faire de vraies pauses en chemin. Donc, même gîte, et même restaurant que les deux fois précédentes. J’ai eu l’occasion de discuter avec des responsables de cette albergue, à qui j’avais dit que c’était mon 3e et dernier camino… mais l’un d’entre eux m’a répondu avec sérieux et assurance : tu ne peux pas savoir vraiment s’il n’y aura pas un 4e passage ici… Et aujourd’hui, il m’arrive de penser qu’en ce qui concerne mes pèlerinages tout reste ouvert… bien que je ne cesse de me répéter que s’il y en a un prochain, un nouveau, ce sera le Del Norte.

Il y a de belles visites à faire – voir photo :



Un regret, et de taille encore ! Cette fois-ci, mon passage au restaurant a été d’un calme absolu : pas le moindre bruit – il est vrai que j’y suis allé de bonne heure, et j’étais bien loin de l’ambiance de 2 011, où le restaurant était plein à craquer, et que dans le groupe où j’étais il y avait de bons animateurs.

Temps et espace : après la lente progression au départ d’Itero, ce fut un passage à un sommet et petite descente pour arriver en plaine – curieux, j’avais en mémoire une descente plus nette et plus longue – comme quoi la mémoire ne cesse de bouger ! -  … en revanche, la plaine, je l’ai ressentie cette fois bien plus longue que celle que j’avais dans mes souvenirs. Interminable ! Un petit coup de cogne au pouce gauche à un dallage… un thé au bar de la dernière fois (2 014 et 2 018), ce fut ensuite  le chemin le long du canal de Castille – et à partir de Frómista, même topo jusqu’à l’arrivée – mais j’ai vraiment trouvé que dans la dernière partie le balisage restait un peu trop collé à la grande route, et ce jusqu’à l’entrée de Villalcázar.

Photo : sur la place de l’église



Le lendemain matin, au départ de ce gîte, les deux hospitaliers avec qui j’avais discuté la veille ont tout fait pour que mon petit-déjeuner soit complet ; ils ont en effet apprécié hier que je n’ai pas repris 1 euro parce que leur système de mise en route de l’eau chaude ne marchait pas – j’étais le premier à y aller – et j’ai remis la pièce dans la boite de donativo ; et ils ont aussi vu que pour le gite j’avais donné un billet de 10 €. Alors je leur ai dit que j’en étais à mon 3e passage dans ce gite (2 011, 2 014 et 2 018), le plus jeune m’a assuré que c’était en aucune façon « l’ultimat », selon sa propre expression. Je leur ai dit en effet que personne ne peut vraiment l’affirmer bien qu’au fond de moi-même, dans mon esprit, cette forme de pèlerinage à pied c’était vraiment la toute dernière sur ce type de chemin. Mais aujourd’hui, le temps ayant fait son oeuvre, je me reverrais bien passer sur ces terres, dans ces mêmes paysages. Mais Dieu seul le sait vraiment…

 

mardi 18 octobre 2022

 

Étape 14 : Hornillos del Camino – Itero de la Vega, mardi 13 mai 2 014, ~ 30 km

Photo : l'albergue d'Itero de la Vega.

Résumé de l'étape :Si tant est qu'il soit possible de définir une belle étape par la variété des paysages, des profils géographiques avec montées, descentes et lignes droites, toutes bien franches, par un type de temps qui allie un assez bon ensoleillement, des températures propices à la marche et de bonnes rencontres au cours de la journée qui aident à supporter les distances, et par une réactivité plus personnelle cette étape en est une

Au sortir d’Hornillos, c'est le passage par des plis de terrain avant de retrouver la Meseta et ses champs de blé tout verts à cette époque et la plongée dans le vallon où s'abrite le village d'Hontanas (voir photo), dans un vrai décor de western – il ne manquait plus que les cavaliers sur les crête

Puis, c'est un cheminement par des petits vallons qui conduisent aux ruines de San Anton (voir photo) toujours pimpantes grâce au chemin de Compostelle avant d'arriver au village de Castrojeriz accroché au flanc d'une colline aux courbes bien nettes au sommet de laquelle les ruines d'un château continuent de défier le temps. Et enfin, la célèbre montée de l'Alto de Mostelares, un véritable mur à franchir, un test de fraîcheur par excellence pour le pèlerin compte tenu du toujours lourd du sac-à-dos avant de descendre dans la plaine pour trouver un peu plus loin les bois de hêtres qui annoncent l’arrivée à Itero de la Véga.




Revoir Hontanas :


Comme tous les matins sur le haut plateau, il faisait froid en remontant la rue principale d'Hornillos, mais chacun pouvait lire dans le ciel que la journée s'annonçait belle. Quand je suis arrivé à la sortie du village, presque en face de la bascule de pesage qui est sur la droite, j'ai pensé aux bons moments passés à la caravane des Martin (Françoise et Olga en 2 011 ; Henri faisait toutes les étapes à vélo et Jojo conduisait le fourgon qui tractait la caravane) où, en 2 011, avec Jean-Paul, Babou et Christian où nous avons pris l'apéritif avant d'aller dîner ensemble au centre du village.

En montant dans un petit bois, je m'attendais à retrouver au plus vite la Meseta - ce plateau d'une grande austérité, torride en été et glacial en hiver, 800/900 m d'altitude. Et ces champs de blé à l'infini, et les éoliennes. Ce que j'attendais le plus en ce début de matinée, c'était le basculement dans la cuvette d'Hontanas. J'ai dû patienter pendant assez longtemps et « apprécier » le poids de mon sac, et me faire dépasser par des pèlerins. Mais j'ai dû, moi aussi, doubler d'autres dont certains en plein effort me souriaient quand je passais à leur hauteur – telle cette Allemande de forte corpulence que j'avais déjà rencontrée, qui souffrait véritablement mais qui ne renonçait pas.

Enfin ce fut le point le plus haut, et il a fallu encore un moment avant que je ne redécouvrisse le clocher de l'église du village émergeant de la crevasse, pour entamer ensuite la descente vers Hontanas – l'approche du village a été bien aménagée.

J'attendais surtout de revoir une petite boulangerie-pâtisserie à ma gauche, mais je ne l'ai point trouvée. Existe-t-elle encore ? C'est un café sur la droite qui attira mon attention. Il fallait patienter, car il y avait autant de pèlerins à l'extérieur qu'à l'intérieur. Mais le service était ultra rapide, efficace – pour une fois ils étaient deux à la tâche. J'ai fini par trouver une petite place à une table, et j'ai pris tout mon temps pour apprécier un bon petit déjeuner.

 Revoir San Anton et Castrojeriz 

Ensuite, le chemin conduit naturellement à la sortie du village, et file par un petit vallon, pour devenir un sentier à travers des herbes, quelque peu creusé dans le sol par endroits, et à flanc de colline. Il débouche sur une piste un peu plus large qui mène à la route de Castrojeriz. Et en peu de temps, les ruines de San Anton, cet ancien couvent, étaient en vue.

De nombreux visiteurs sur le site, des gens en habits de ville, débarquaient de petits transports de voyageurs ou s'y engouffraient – je ne me suis pas rendu de près pour aller le vérifier, j'avais des photos à faire, mais il m'a semblé que l’équipe des « précieuses » en faisait partie, mais je ne saurai vraiment l'affirmer. J'ai fait un petit tour à l'intérieur où j'ai vu un petit refuge plutôt sommaire, une nuit froide ici doit être une vraie épreuve.

J'ai repris la route de Castrojeriz, et dans cette longue ligne droite qui mène à la colline où trônent les ruines d'un château, et à ses pieds l'église Notre-Dame-du-Pommier. Des marcheurs défilaient devant moi. Mais cela ne m'a mis aucune pression, beaucoup s'arrêtent ici pour mieux répartir les difficultés du terrain. Il faut dire aussi que le village d'Itero la Vega n'est pas d'un grand attrait pour les pèlerins.

Mieux découvrir le village de Castrojeriz :

Ce village est accroché au bas du flanc de la colline. Après un passage à l'église que j'ai perçue une fois de plus comme un musée – il est vrai qu'une chorale y donne de belles prestations, mais, en deux fois, je n'ai eu ni le temps ni l'occasion d'assister à une telle démonstration –, le chemin emmène le marcheur au centre du village ; puis, dans la remontée par une petite rue au cours de laquelle le fait d'être carrément sous le sommet de la colline impressionne, je suis tombé sur un bar-restaurant, qui m'a paru bien fonctionnel. J'étais le seul client, et j'ai pris un 2e petit-déjeuner, car je savais qu'une difficulté majeure m'attendait un peu plus loin. C'était aussi l'occasion de me faire préparer un sandwich à mon goût pour midi. Mais la priorité des priorités était de trouver une pharmacie. Pour le serveur, c'était simple : faire un petit retour sur ses pas, prendre la route qui descend à gauche, et c'est en bas ! Mais la réalité n'est pas si évidente : dans cette descente, il y a toutes sortes de petits embranchements, et en bas je n'ai rien trouvé. Il a fallu que je demande à une dame qui m'a donné des indications un peu plus précises. J'ai fini par atteindre mon but : cette pharmacie était presque sur la grande route qui passe tout en bas du village. J'ai pu me procurer mon arnica, ce n'était pas le gel habituel que j'utilise, mais le pharmacien qui parle un peu le français m'a proposé une formule qui s'est révélée par la suite pas mal non plus : il y avait d'autres composants pour l'entretien de mes pieds. J'ai pu aussi me procurer une formule autour du paracétamol, car ma petite gêne à la gorge était toujours présente. Mais, pendant cette recherche, j'ai pu résoudre un autre problème en attente depuis Burgos. Dans cette dernière grande ville, j'avais essayé de me procurer un peu de liquide à un gabier non loin de la place de la cathédrale, mais l'appareil refusait ma carte bancaire à chaque tentative – j'avoue que j'ai même pensé à une arnaque. Je suis tombé par hasard sur une banque qui était fermée, mais l'accès à un distributeur extérieur était possible. J'ai pu ainsi refaire ma petite réserve d'argent liquide, indispensable pour régler les dépenses courantes sur le chemin.

Et le passage de l'Alto  de Mostelares :

Photo: au loin, en arrière-plan, le tracé de cette montée de l'Alto de Mostelarès.

Pour retrouver le chemin que je venais de quitter en haut du village, j'ai décidé simplement de suivre la grande route qui devait me conduire aussi à la sortie de cette agglomération. Je ne m'étais pas trompé, je suis tombé sur un grand rond-point avec plein d'embranchements, mais je m'étais bien orienté dans le paysage (par la boussole solaire aussi !) puisque d'un coup d'œil, j'avais repéré au loin la fameuse montée de Mostelares. C'est en fait un véritable mur de plus de 130 m de haut à gravir ! Et la piste pour y aller part en face de mon point d'arrivée dans ce rond-point. Pour se rapprocher de ce mur, je suis passé sur un ancien pont romain à arches et j'ai franchi le rio Odrilla sur une passerelle en bois. J'étais au pied de cette montée. Le soleil, bien présent, n'était pas cuisant comme en 2 011. Deux pèlerins se reposaient à l'ombre et ne semblaient pas pressés de partir. J'ai déposé mon sac pour refaire quelques petits réglages et boire calmement une bonne rasade d'eau. J'ai attaqué ensuite la montée, mais vraiment « petit braquet ». Dans le premier tiers la pente est rude, mais j'étais à l'aise parce que très motivé, et surtout heureux de me sentir mieux qu'en 2 011, à cet endroit, pour autant que je m'en souvienne ; dans le deuxième tiers, la pente s'assouplit légèrement, mais la fatigue commençait à se faire sentir, et la tendance était plutôt à bien lever la tête pour entrevoir le sommet ou encore à se retourner pour tenter de se faire une idée de l'ascension déjà faite en appréciant la différence d'altitude entre le point où je me trouvais et le village en bas dans la plaine ; dans le dernier tiers, la pente se redresse à nouveau, et c'est comme toujours dans les ascensions en montagne : après le dernier virage attendu, il y a encore un autre, et encore un autre, ainsi de suite. L'arrivée sur le plateau au sommet est une délivrance, un bonheur ! Cette fois-ci, il n'y avait pas ce vent froid de 2 011 qui avait entraîné un refus de m'arrêter alors que les autres du groupe voulaient faire une pause, car tout en sueur je craignais de prendre froid.

J'ai traversé un plateau aride sur près d'un km avant d'entamer une descente raide sur une piste plus ou moins bétonnée et je me suis retrouvé dans une belle plaine avec des champs – j'ai constaté aussi que le chemin qui se glisse dans cette plaine est bien plus large aujourd'hui et que le balisage est aussi bien meilleur. J'ai retrouvé une légère remontée pour arriver à une aire de repos où j'ai descendu mon sac sur un banc pour souffler un peu et manger mon sandwich. Petite déception : je n'ai pas revu le vendeur de fruits qui juste à côté proposait aussi un très bon jus d'orange nature. Je savais que dans cette étape difficile l'essentiel était fait et qu'il ne me restait plus qu'à rallier Itero de la Vega ; mais, pour une fois, je n'avais plus de souvenir de ce village étape.

Retrouver Itero de la Vega :

Après que j'ai quitté cette aire de repos, et à un peu plus d'un km, j’ai revu sur la gauche de la piste le refuge construit à partir des bâtiments d'un ancien hôpital. Il m'a semblé un peu plus attractif que la dernière fois. Et aussi cette rivière que j'ai franchie sur un grand pont, et, bien entendu, le panneau annonçant l'entrée dans la région de Palencia. Puis, j'ai pris un chemin gravillonné qui serpente sous les arbres tout en restant proche de la rivière – cette approche de l’arrivée a été modifiée en 2 018. Ce fut le déclic, bien avant que je ne découvrisse la plaque annonçant Itero de la Vega (voir photo). Instantanément, j'avais retrouvé l'image du gîte qui est un peu caché par un bois de hêtres. Je me suis surtout souvenu du pollen de ces arbres, qui fait penser à de la neige dans le décor, et qui envahissait toute la cour et se déposait un peu partout, y compris sur les vêtements lavés étendus sur les cordes à linge. C'est ce qui a en quelque sorte réinitialisé ma mémoire. Mais cette fois-ci, il n'y avait pas encore le moindre « flocon. J'allais retrouver les équipements de cette albergue que j'avais déjà eu l'occasion d'apprécier. Et surtout le bar et le restaurant ! Et ce d’autant qu’il n’y a rien à visiter dans le coin…

Un bon gîte (voir photo) :


De bons petits dortoirs, un bar-restaurant où il est possible de se faire servir un peu de tout et à n'importe quel moment de la journée, une boutique d'alimentation et une grande cour. Et surtout du wi-fi ! En cette année 2 014, j'ai vu arriver une Française en fin de journée, pas très causante, de la catégorie de pèlerins qui n'arrivent pas à se détacher du chemin et qui ont l'air d'être un peu perdus – si tant est que l'on puisse dire qu'une telle catégorie existe, et qu'il soit possible de cerner la personnalité des gens rencontrés en si peu de temps. Très difficile de s'en faire une idée objective. Je ne l'ai pas revue au restaurant, et nous sommes partis à peu près en même temps le lendemain.


Le soir, j'ai dîné avec Ulrich, un Néerlandais sympathique, sans doute parce qu'il parlait passablement le français : un grand gabarit, qui ne laissait pas perdre la moindre miette des aliments. Il avait un appétit qui faisait plaisir à voir, à un moment j'ai même craint qu'il ne mangeât son assiette. Et pourtant, nous avons été très bien servis, pour 10 € seulement, et j'ai même laissé des frites qui accompagnaient une belle viande, après une conséquente assiette de charcuterie et de la salade, et le tout bien arrosé de vin. Je me suis même permis un dernier verre de rouge au bar avant de regagner le dortoir. Nous étions onze au restaurant, alors que les jours précédents, il fallait ruser pour passer à table. Ne pas retenir comme point d'arrivée des agglomérations plus grandes, fussent-elles d'un haut niveau dans le symbolique et le religieux, cela me convenait bien. C'est une façon de sortir des gros flux de pèlerins sur ce Camino Francés. J'ai relancé une disposition pour m'adapter à ces étapes longues, et à mieux gérer cette impatience de voir la fin de certaines portions : je me fonde plus sur ma montre, en considérant le temps pour faire x kilomètres compte tenu que je marche à 5 km/h sur le plat et à un peu moins de 4 en montée. Et il arrivait que mes prévisions soient un peu larges, j'en riais !

En 2 018, le même dispositif était en place ; à ceci près que, cette fois-ci je fus placé dans une grande chambre avec tous les équipements tout près du dortoir de 2 014. Une jeune femme y était déjà ; et des lits à l’approche de la nuit furent encore disponibles. Et c’est avec cette dernière que je suis allé au restaurant… pour découvrir une pèlerine un peu particulière : tout à fait prête à discuter d’un peu de tout, sauf de sa situation personnelle. Mais c’était sa liberté ! Qui devait être respectée ! Pour découvrir le lendemain de bon matin qu’elle ne portait pas son sac sur le dos mais sur une espèce de petit chariot qu’elle trainait derrière elle. Elle a filé comme le vent, et je ne l’ai jamais plus revue sur la suite du Chemin !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jeudi 13 octobre 2022

Étape 13 : Hornillos del Camino :


Dans le Camino Francés, Hornillos del Camino est un point d'étape classique après Burgos. Cependant, les grands marcheurs, quoique la programmation des étapes obéisse à plusieurs facteurs, se payent 10 km de plus pour aller jusqu'à Hontanas, question pour eux d'attaquer franchement cette Meseta où il est difficile de faire de petites étapes jusqu'à León, compte tenu des variantes possibles et des gîtes. Le village est dans la vallée de la rivière Hormazuelas.  L'albergue tout près de l'église San Román (voir photo) et le bar-restaurant La « Casa Manolo » (voir photo) sont deux points d'appui importants pour les pèlerins qui s'y arrêtent.

 La succession de petites montées et de plats avant de descendre sur Hornillos n’est pas une difficulté, mais sur ces hauts plateaux la première partie de la journée, bien souvent sous le vent et le froid, est quand même une difficulté. Dans cette vraie montée, une belle rangée de pierres et de gros rochers permet à ceux qui ont quelques petits problèmes intestinaux de se soulager à l’abri des regards. La nature est à la disposition des marcheurs.


Je voulais à mon 3e passage dans Hornillos changer de gîte, mais dans la ligne droite droite légèrement montante à partir de l’entrée du village, c’était partout complet, en réservations. J’ai dû rejoindre comme lors de mes deux précédents passages le gîte municipal, et je ne l’ai pas regretté : il a été légèrement réaménagé, et il y a toujours un bon espace pratique pour laver des vêtements, où le soleil pénètre bien. Il y a surtout une possibilité de petits déjeuners à partir de 6H – j’ai bien fait de partir tôt le matin.


Dans ce gîte, j’étais cette fois-ci dans la partie à droite en entrant, petite salle et non pas la grande, et qui se remplit assez vite… avec cette fois-ci une forte présence de pèlerines et de pèlerins d’origine asiatique. Et le plus important, je n’ai pas entendu un seul ronflement pendant toute la nuit.

En fin de journée, avant d’aller manger, j’ai fait l’effort de visiter l’église du coin, ce que je n’avais pas fait auparavant.

Je suis parti très tôt au bar-restaurant habituel, à deux pas de l’albergue pour éviter l’affluence du soir. La tactique habituelle consiste toujours à se caser au premier service, pour bénéficier pleinement de toute la nuit. Cette fois-ci, j’ai été servi rapidement. Mais j’ai trouvé que c’était moins bon que la dernière fois… un reste du service de midi ? Les restaurateurs doivent aussi faire face à la forte affluence à certains points du Chemin.

J’ai passé une excellente nuit – il le fallait bien puisqu’une longue et belle étape m’attendait le lendemain : Hornillos – Itero de la Vega, un peu plus de 30 km.