vendredi 20 janvier 2023

 

L'étape de Portomarin

Gérer l’approche de la pluie, manger avant de partir, et rester les bras ouverts pour tout prendre en considération.


21,5 km.

Je suis parti de Sarria sous une petite pluie, et avec sur l’estomac la poignée de pistaches grillées que j’avais encore dans mon sac, et quelques bonnes gorgées d’eau – dans mes souvenirs, je ne devais pas tarder à trouver un bar ouvert sur le chemin.

Ce fut loin d’être le cas : j’ai dû marcher plus de 2 heures avant de trouver un tel bar. Et il y avait déjà une petite foule sur place, 7 pèlerins devant moi dans l’attente d’être servis, dans la salle toutes les places assises étaient occupées, et dehors sur la terrasse pas mal de consommateurs alors qu’il y faisait froid et que j’arrivais tout chaud de la marche. Tout le monde mangeait gros et bien – pour mon compte : un grand thé vert, une part de gâteau et un bon verre d’oranges pressées. En partant, j’ai bien remarqué que les sacs posés à l’extérieur et le long du mur (à l’abri de la petite pluie qui insistait toujours) faisaient une longueur et une largeur du bâtiment).

La pluie qui avait compris qu’elle n’était pas la bienvenue s’est arrêtée peu après la reprise de la marche. L’estomac bien calé, je suis donc reparti d’un bon pied d’autant que le paysage traversé était d’une belle nature.

J’avais bien en tête une idée du terrain quelque peu avant l’arrivée ; mais sur le concret, dans un long plateau, je trouvais que la fameuse rivière à traverser sur un beau pont avant de monter dans la ville d’arrivée tardait à se présenter. Petite modification par rapport aux deux précédents passages : la jonction avec la grande route se fait un peu plus bas que lors de mes deux derniers passages.


Le fameux escalier qui mène presque à cette arrivée était bien là et m’invitait toujours à compter ses marches avant de faire la dernière petite côte qui mène vraiment à cette petite ville. Et je l’ai refait sérieusement mais je ne retrouve aucune trace sur mon carnet de marche – j’ai beau chercher dans tous mes carnets, je ne retrouve pas ce nombre – y compris sur Internet, sans doute un des petits côtés mystérieux de Compostelle ? Une invite à y revenir ?

L’objectif principal était comme d’habitude de filer au plus vite pour retrouver le gîte municipal qui se trouve presque au bout du village – et, sur place, il a fallu attendre encore pas mal de temps avant son ouverture.

Cette fois-ci j’ai dû aller presque au fond du dortoir pour choisir mon lit – près de l’entrée, les lits sont vraiment les uns sur les autres.

La priorité en ce début d’arrivée était de faire une petite lessive pour profiter du soleil qui resplendissait encore. Et avant d’aller manger quelque chose dans un bar tout près du refuge ! Je devais aussi, parmi les priorités, acheter une petite couverture pour compléter quelque peu ce qui est généralement mis à la disposition des arrivants dans les albergues.


Portomarin est une belle petite ville, et pendant toute l’après-midi les pèlerins ont continué à arriver. Beaucoup de jeunes et aussi de très âgés (hommes et femmes) ; qu’est-ce que cela doit être au summum de la saison ?


Le gîte municipal était plein à craquer ; et pendant la nuit j’ai eu droit à un petit concert de ronfleurs – mais j’ai noté quand même que ces ronfleurs-là savaient aussi se mettre sur le côté pour arrêter de jouer trop longtemps de leur instrument favori et naturel pendant la nuit.

Très bons souvenirs de cette étape.

mercredi 11 janvier 2023

 

Étape 21 : Lundi 28 mai 18 : Sarria, 21,5 km

Une étape marquée pour bien plus de la moitié du parcours par le froid, un brouillard intense voire une petite pluie qui a nécessité en plusieurs fois la sortie du poncho. Le soleil a quand même fait une timide apparition en fin d’après-midi, ce qui m’a permis de faire sécher à peu près des chaussettes au gite.

Et puis, cette longue traversée de la ville de Sarria, en fin d’étape, pour retrouver cette partie où se concentrent en quelque sorte pas mal de pèlerins en raison du nombre de bars et de restaurants, et d’albergues – voir photos.

Donc le gîte habituel où, comme dans les passages précédents, en 2 011 et 2 015, presque à la fin de la traversée de cette ville, j’ai été le premier à m’inscrire, au pied des escaliers de la dernière montée pour quitter cet endroit tant prisé par les pèlerins, en raison des possibilités offertes pour se restaurer et bien se reposer. Voir photo.

Comme lors de mes précédents passages je suis allé à une banque toute proche de mon arrivée pour avoir un peu de liquide à un distributeur. Avoir des liquidités sur soi est important, pour faire face à toutes sortes de petits achats, indispensables au cours de l’étape, y compris pour se faire plaisir, et après l’arrivée d’étape.

Au retour de la traditionnelle visite de la sortie du lieu d’arrivée, question aussi de voir s’il n’y a pas eu de modifications par rapport au dernier passage, j’ai rencontré la jeune Emma qui allait encore plus loin que Sarria alors que moi je venais de me payer un gros sandwich au jambon et à la tomate et une grande bière. Elle allait poursuivre son chemin, sans doute avait-elle réservé un gîte pas trop loin – ce qui ne l’a pas empêchée d’échanger avec moi un bon bout de temps alors que nous étions proches de la fin de journée – Voir photo.

J’ai fait comme d’habitude une petite reconnaissance pour sortir de la ville, pour le cas où il y aurait eu des changements, question de ne pas perdre de temps en quittant la ville le lendemain.

Pour une fois, dans ce gîte de Sarria, où j’étais à un 3e passage et généralement plus que calme, ma nuit a été troublée par des ronfleurs qui se sont mis en concert pendant un moment, et même en relais, pour nous faire écouter leurs « musiques nocturnes ». Une nuit quand même globalement reposante !

 

mercredi 4 janvier 2023

 

Étape 20 : Dimanche 27 mai 18 : Triacastela

Je devais couper un peu cette étape, mais les hébergements à mi-parcours ne me plaisaient pas dans les petites villes, je me suis donc « taper » les 31 km prévus. Plus un ratage de borne au prix de 2,5km de descente, et autant pour remonter au point de décrochage du balisage, ce qui fait que j’ai eu à gérer une étape de 36 km.

Rien à regretter, c’est aussi ça le chemin ; et j’ai eu à l’arrivée une albergue « toute fraîche » à côté du restaurant connu depuis les deux derniers passages, en 2 011 et 2 015. Et j’ai fait la connaissance d’un pèlerin réunionnais au restaurant, le soir – nous avons diner ensemble, en nous racontant nos expériences sur le chemin.

Cette étape, au départ de Ruitelan (un petit village au pied de la montée d’O Cebreiro), je la connais, elle restera bien calée dans ma mémoire ; elle est longue, mais je ne me voyais pas gîter à O Cebreiro, où il fait très froid la nuit, et où il y a un trop petit espace à visiter, à découvrir, si ce n’est un très bon et large coup d’œil sur les environs.


C’était donc Triacastela, au bas de cette descente d’ensemble, avec quelques petits pitons à gravir, bien que je sache que l’arrivée se fait attendre sur un tel terrain.

Bien entendu, la montée vers O Cebreiro m’est apparue plus longue que d’habitude ; il m’arrivait de deviner le petit village derrière une rangée d’arbres, mais en me rapprochant, je découvrais qu’il y a toujours une autre belle montée derrière ces arbres.

Il n’y a pas de passage à ce sommet sans un bon tour au bar, qui est toujours bien fréquenté ; et c’est là qu’il faut se sustenter avant de poursuivre son chemin sur les deux autres tiers du parcours.


Dans le 2e tiers, après un passage à l’Alto de San Roque, où une grande statue de pèlerin continue de résister au vent en tenant son chapeau, j’arrive donc devant le vrai mur à gravir à l’Alto do Poio, un test véritable test de forme à la condition de ne pas s’arrêter – pour se motiver il suffit de penser qu’au sommet il y a un bon bar où les pèlerins se restaurent avant d’entamer la dernière partie où la tendance générale est à la descente mais avec une bonne partie sur des transversales qui permettent de passer d’un petit relief à un autre en suivant la LU 651 avant de de plonger vraiment sur Triacastela.

Mais bien avant, c’est dans une partie où le chemin emprunte carrément une grande route que j’arrive à une belle plaque qui indique clairement que le camino passe sur la droite par une petite route qui descend… à côté, un couple d’éleveurs s’occupe de leurs vaches dans un pré. J’ai vu tout de suite dans ma mémoire la petite route qui ramène vraiment les marcheurs à l’arrivée. Je demande aux éleveurs : c’est bien le camino ! ils acquissent. Et me voilà descendant en marchant au milieu de cette petite route, pré et vaches à droite et petits bois à gauche, en chantant à pleine voix… mais au bout d’une assez longue descente, j’entends un gros bruit de moteur derrière moi. Je me range sur la gauche de la route pour laisser passer le véhicule. Mais je remarque que si le bruit d’un moteur est toujours là, je ne vois toujours pas passer le véhicule n’arrive à ma hauteur. Je me retourne et je vois qu’un gros tracteur qui alors s’avance très lentement vers moi ; et une fois vraiment à ma hauteur, le chauffeur se penche et me fait signe en bougeant l’index de gauche à droite… et qui finit par me dire, et en le répétant : pas camino ici ! Il me désigne ensuite la région sur ma gauche, mais tout à fait en haut. A force de geste, je lui demande si je ne peux pas le rattraper plus bas mais en continuant dans cette voie. C’est alors un non catégorique.

Je me suis trompé. Il ne me restait plus alors qu’à remonter… j’ai dû descendre un bon 2,5 km, il me fallait donc remonter autant. La première tendance était de le faire rapidement, mais j’ai réussi à me convaincre qu’il n’était pas question de rattraper quoique ce soit en vitesse, mais de faire cette remontée en soufflant bien. Et je ne cessais de me répéter : j’ai bien vu la plaque ; j’ai bien entendu les éleveurs me dire que c’était bien le chemin. Presque au bout de cette remontée, il ne me restait plus qu’un petit virage à passer avant de faire les 100 m pour arriver à la plaque, tout en me répétant que mes yeux et mes oreilles ne pouvaient pas m’avoir trompé à ce point, et qu’il y avait quelque chose à éclaircir. Tout d’un coup, je vois un sac à dos qui à distance coupe cette petite route pour s’engager dans les herbes au bord de cette petite route. J’accélère le pas… et je fini par voir dans ces grandes herbes une borne de 50 cm de hauteur presque complètement cachée par la nature. Je ne l’avais pas vue en descendant ? Et, cette fois encore, qui sait si je l’aurais vue si un pèlerin n’avait pas emprunté ce petit sentier devant mes yeux. C’est le bon Dieu qui me l’a envoyée pour me remettre sur le Camino.

J’ai donc repris le sentier indiqué qui longe la grande route à mi-hauteur pour la rattraper un peu plus loin. Et j’ai continué encore pendant une bonne demi-heure avant de retrouver la petite route qui descend vraiment à Triacastella.

Ma mémoire m’avait joué un tour, et cette erreur a eu un prix : au lieu de 31 km prévus dans cette longue étape, j’ai dû me taper un 35 – 36 km. Une autre déception m’attendait à l’arrivée. J’avais décidé d’aller dans la même albergue que lors de mes deux précédents passages, mais sur place l’hospitalière à mon arrivée m’a déclaré : c’est complet ! Mais elle m’a indiqué un autre gîte à 50 m à peine, juste à côté d’un restaurant. De nos jours, les gîtes ne se remplissent pas au gré des arrivées de pèlerins, même pour des basiques à 10-12 euros, mais par des réservations. Ce qui fait aussi que le gros des marcheurs arrive aussi alors que la nuit est presque rentrée… et que moi je suis déjà au restaurant avec un lit garanti pour la nuit. Les temps changent, il faut s’y adapter.


On n’a jamais fini d’apprendre… j’ai l’habitude de partir très tôt le matin. Mon sac presque fait, j’ai décidé de faire un tour à l’extérieur pour essayer d’évaluer le temps qui se fera dans la journée en jetant un œil sur tout le ciel. Et lorsque j’ai voulu rentrer, j’ai vite compris que la porte d’accès du gîte ne peut pas s’ouvrir de l’extérieur sans une clé. Heureusement qu’il y avait un autre pèlerin qui se chaussait non loin de cette porte d’entrée, mais à l’intérieur du bâtiment – il avait saisi la situation dans laquelle je me trouvais, et m’a ouvert cette porte d’entrée toute en rigolant. Rien n’est figé dans la vie, c’est aussi un réapprentissage sur les Chemins de Compostelle.

 

mercredi 28 décembre 2022

Étape 19 : Samedi 26 mai 18 : Ruitelan

Le gîte: 


Un bon 27 km. Je ne voulais pas comme en 2 014 après Cacabelos refaire la route des Vignes que j’ai jugée peu intéressante, mais après une belle départementale – le chemin a changé aussi –, j’ai suivi un semblant de balisage qui m’a fait quitter la route, pour une bonne balade dans des champs, qui ressemble bien à une partie de la route des vignes, qui est bien longue aussi, alors que j’étais avec deux autres pèlerins qui eux ont continué sur la départementale, qui m’a mené Villafranca del Bierzo, pratiquement sans avoir vu une balise. En tout cas, dans ce coin, les responsables de balisage ne savent peut-être pas l’importance des balises de confirmation. D’ailleurs dans cette ville, au creux d’une vallée, où j’ai pris un bon petit déjeuner, j’ai rencontré un groupe de personnes qui semblait s’occuper du balisage dans la ville elle-même, je me suis arrêté pour leur dire les manquements y compris dans cet espace, mais comme je ne parle pas l’espagnol, je ne suis pas sûr que mon message ait eu toute sa portée. Mais je crois qu’ils ont à peu près saisi ce que je voulais leur dire.

Le reste du chemin est sans problème. Mais c’est dans l’approche de Vega de Valcarce que tout a changé ; et ce qui m’a surpris aussi c’est le nombre d’albergues dans ces nouvelles parties.


Finalement, j’ai continué jusqu’à Ruitelan comme lors des deux chemins précédents, et là encore l’approche du final a aussi changé un peu. Je suis encore arrivé parmi les premiers à l’albergue de ce jour où j’ai encore apprécié l’accueil et les services (diner et petit déjeuner, entre autres) de l’hospitalier. Sans compter le bar d’en face qui ne cesse de vous tendre les bras pendant le séjour.  Voir photo.


lundi 19 décembre 2022

 

Étape 18 : Vendredi 25 mai 18 : Cacabelos


Dans cette étape, il y a eu la suite de la descente quelque peu désertique jusqu’à Molinaseca, mais le paysage ne tarde pas à devenir plus boisé et plus riche, un peu comme si la nature s’est mieux reconstituée dans cette partie. Le marcheur passe d’un fond de ravine à un autre ; la nature boisée présente différentes faces au fur et à mesure de cette descente.

Ce paysage n’était pas une découverte pour moi, il n’y a pas eu de surprise, mais il faut dire que j’en étais aussi à décortiquer ce que je voyais au fur et à mesure bien qu’en avançant dans cette descente, j’avais un peu l’impression que la première partie habitée qui ne devait pas tarder à apparaître se faisait quelque peu attendre.

Si la dernière fois j’avais trouvé cette petite ville de Molinaseca en pleine campagne bien attirante – j’avais pris un thé et un croissant dans un petit bar pratiquement à l’entrée de cette partie habitée, bien éclairée et bien fréquentée à une heure matinale, mais cette fois-ci j’avais l’impression que cette ville était quelque peu en perdition : pratiquement pas de lumière dans l’espace public, bar fermé… Une impression de sècheresse et d’abandon. La dernière fois, cette albergue toujours en vue de la grande route à la sortie de la ville était bien plus qu’animée.

Puis ce fut la longue approche de Ponferrada où à l’entrée de cette grande ville il y a encore des imprécisions dans le balisage ; et enfin dans le dernier tiers de parcours de cette étape une petite pluie s’est mise dans la partie, et ce jusqu’à l’arrivée. Les prévisions étaient surtout très pessimistes pour le lendemain. J’avais vraiment tous les sens en éveil, ce qui fait que cette fois-ci, je décortiquais un peu plus les kilomètres du chemin.


Photo: l'approche de Cacabelos, en 2 011. J’ai bien apprécié la suite du parcours après Ponferrada. Une belle nature, un beau temps. J’étais constamment dans l’attente de l’entrée dans cette ville d’étape, et je commençais par caler dans ma mémoire la traversée assez longue de cette ville d’arrivée et retrouver pratiquement à la sortie l’albergue que j’avais appréciée lors de mes passages en 2 011 et en 2 014.

Et, bien avant, il y a eu un moment de grandes émotions quand je suis arrivé sur la petite place où se trouve un hôtel dans lequel un pèlerin réunionnais a fini ses jours sur cette terre. Bien entendu, dans ces conditions, le pèlerin ne peut que se mobiliser sur le moment pour essayer de deviner, de mieux saisir, les derniers instants de ce pèlerin. Ce dernier a dû recevoir un bel accueil de la part du Seigneur après avoir quitté notre Terre.


Cette fois-ci, je n’ai pas bien apprécié ce grand refuge fait de petits boxes à deux lits même si les douches et les sanitaires en général sont toujours au top. Même si le toujours bon sommeil du pèlerin balaye vite une impression de pas terrible. Et surtout après un bon repas ! C’est l’attente de l’étape du lendemain qui prend le dessus, et qui en quelque sorte remobilise, réconforte.

mardi 13 décembre 2022

 

Étape 24 : mercredi 24 mai 18 : Riego de Ambros

Je suis parti très tôt du gîte de Rabanal, avec deux petits biscuits sur l’estomac pour attaquer les différentes côtes à travers de petites forêts – et il n’y a pas de vraies variations de la pente pour espérer une bonne récupération dans le mouvement. Et arrivé presque au sommet je tombe sur un petit commerce offrant entr’autres des petits déjeuner. Je me suis alors vraiment fait plaisir.


La pente s’assouplit vite pour arriver à Cruz de Ferro – pour me rendre compte comme lors de mes deux précédents passages que les pèlerins sont nombreux à s’arrêter dans une atmosphère bien particulière : prières, et surtout prises de moultes photos pour fixer l’événement. Il y a bien une pénétration de cette atmosphère particulière et ce quel que soit le niveau de pratique religieuses de ces marcheurs pèlerins.

Pour moi, le plus important était fait, il ne me restait plus qu’à descendre vers l’arrivée de cette étape – j’ai un peu trop tendance à penser qu’une descente n’est pas fatigante, le Chemin ne rate pas l’occasion de me rappeler le contraire, surtout dans les parties pierreuses. Et à mi-pente, je n’ai pas oublié de manger mon sandwich.


C’est dans la première partie de cette longue descente que j’ai retrouvé le couple de Vietnamiens rencontré dans l’étape d’Astorga. Et j’ai fait un arrêt pour manger mon sandwich, et gérer mon avance, car à continuer dans le même rythme j’aurai à laisser pas mal de temps s’écouler à l’arrivée avant l’ouverture du refuge à Riego de Ambros.

J’ai dû gérer pas mal de temps avant l’arrivée du gérant du gîte retenu. Le soleil tapait dur, il faisait chaud, et il a fallu chercher un peu d’ombre, et ce d’autant qu’il n’y a pas grand’chose à visiter dans cette petite localité. J’ai été le premier à m’installer dans le dortoir, et comme lors des précédents passages, j’ai pris une couchette au ras du plancher du dortoir qui est à l’étage, et relativement proche des sanitaires.


Le repas préparé par le responsable était de qualité, il y avait de quoi caler de bons appétits. Et à mon retour, j’ai eu une certaine surprise de voir que des voisins s’étaient installés en face de ma couchette. Et bien installés : un couple de jeunes, vraisemblablement des Japonais, et qui avaient pris des dispositions particulières : à deux, et sur la même couchette ; des vêtements ont été tendus de façon à décourager des regards indiscrets, sans compter un système d’éclairage particulier du nid d’amour. Pendant tout mon séjour, je n’ai pas vu les visages de ces deux-là, ni entendu leurs voix. Une très grande discrétion. Que demande le peuple ! Et pendant le temps de préparation pour mon départ, c’était toujours le grand silence. Le bel amour sur un chemin de Compostelle !

jeudi 8 décembre 2022

 

Étape 22 : Mardi 23 mai 18 : Rabanel del Camino :

Photo: l'approche de Rabanal, en 2 011
Je n’ai jamais vu une telle affluence sur le Camino, à 17 heures les pèlerins arrivaient et remplissaient les dernières places dans dans l’albergue que je n’avais pas prévue au départ de cette étape. En principe, ce devait être une longue marche en ce jour, avec toute l’ascension qui mène à la Cruz de Ferro. Et qu’ensuite j’aurais fait la descente qui suit jusqu’à Riego de Ambros.

Il faisait encore sombre lorsque j’ai quitté Astorga ; pas grand monde dans les rues. à la fin de cette agglomération, un grand bonheur alors que le jour se levait à peine, et que j’allais prendre la montée qui mène au sommet de cette montagne, plus exactement à la Cruz de Fero, un lieu plus que symbolique, je suis tombé sur une boulangerie qui donne la possibilité de se faire servir un petit déj. Je me suis bien calé l’estomac avant d’attaquer cette belle montée.

La pente est moyenne, avec des petits raidillons qui sont de véritables tests pour la forme physique. Le premier point attendu, compte tenu du souvenir de mon passages en 2 011 et 2 014 est bien sûr El Ganso – un peu désolé de voir que de l’extérieur ce sont toujours de vieux entourages en bois qui vraiment ne laissent pas deviner que les équipements de cette albergue sont plus que corrects. Et à ce point de passage, en levant la tête on voit bien que tout le reste n’est que montées à travers des petites forêts avant d’arriver à la Cruz de Fero, et de basculer ensuite dans la descente qui même à Riego de Ambros (le but de cette étape au départ.

Photo: 

Photo: devant l'albergue

Et je me suis retrouvé devant une intersection qui m’invitait à Rabanel del Camino dans le sens de la route jusqu’ici empruntée – Je n’étais pas encore au sommet de ce village où se trouve toute une structure d’accueil dans laquelle je me suis arrêté en 2 014 pour prendre un remontant. Et à droite dans l’intersection un regroupement de maisons avec un bar restaurant et un petit hôtel – et c’est alors qu’une dame assise devant un petit bâtiment m’a invité dans son albergue. Elle insista pour que je visite ses installations, dont un espace à l’extérieur pour faire sécher des vêtements lavés. Ce qui me décida d’arrêter ma marche du jour à ce point et de m’installer chez elle. Je n’avais pas à bousculer le temps : au lieu de faire 39 km pour aller jusqu’à Riego de Ambros, je ne faisais que 20 km, coupant en deux parties l’étape prévue. Me laissant ainsi du temps pour explorer ce petit coin de montagne et de forêts où jusqu’ici je ne faisais que passer.

Il était 14 h, lorsque je me suis installé dans ce coin où il y avait tout ce qui faut pour accueillir le marcheur : un bon petit dortoir, un bar restaurant tout près du gîte, et à une cinquante de mètres une zone avec des fils tendus pour faire sécher les vêtements lavés.

Sur un chemin de Compostelle, tout s’improvise et s’enchaine autour des découvertes au fur et à mesure que l’on avance, et particulièrement si l’on est à une 2éme passage sur tel ou tel chemin, et quelles que soient les étapes. Tout est possible sur le Chemin.

Photo: mon lit dans l'albergue


Je me suis donc m’installé dans le dortoir, selon une règle qui m’est propre : un lit en bas, le plus près possible de la porte d’accès (et de sortie), pour pouvoir m’éjecter au plus vite en cas de problème. Et pour la suite, comme d’habitude, le programme passe inévitablement par une bonne bière au bar du coin, avant le lavage et l’exposition des pièces lavées pour le séchage au soleil, et j’ai lancé ensuite une visite élargie du coin. Sans oublier la prise de photos pour des communications diverses.

Et en fin de cette journée du 23 mai 2 018, il y eut un bon repas au restaurant juste à côté ; et à mon retour au gîte, j’ai pu constater que le dortoir était complètement occupé. Mais une constante, une assurance :  sur les grands chemins historiques, dans un dortoir il n’y a pas de bruit la nuit – c’est que le corps privilégie une bonne récupération pour l’étape du lendemain. Tout prévoir, une leçon de vie sur les chemins de Compostelle.

Pourquoi ils arrivent si tard ? Et ce sont des marcheurs avec de gros sacs remplis de vêtements et autres. Pas seulement des Espagnols qui ont besoin des dernières étapes du Camino pour leur CV ! mais aussi des Français bien habillés, d’un certain âge, et même bien pomponnées pour les femmes – qui ne marchent pas sur tout le parcours, et qui utilisent forcément des taxis et autres transports de bagages – d’ailleurs, quand je me suis fait inscrire à mon arrivée, il y avait déjà pas mal de sacs dans les escaliers, leurs propriétaires arrivent ensuite avec du léger. Le couple de Normands que j’ai rencontré la veille – qui sont dans l’agroalimentaire – portaient leurs gros sacs.

La Française qui est dans mon dortoir est depuis des jours et des jours sur la voie du Puy + le Camino. Au cours de la discussion, cela se voit qu’elle est d’un certain niveau, même si elle est sur son premier chemin, elle sait déjà ce que c’est que faire un Compostelle.

Photo: au sommet du petit village.


J’ai cru percevoir la prétention de certains Nordiques – il est vrai que ce sont d’excellents marcheurs – qui affichent parfois un air supérieur, pour ne pas dire des positions de classe – il est vrai qu’ils viennent aussi avec « leurs vieilles poules ». Je n’écarte pas l’idée que cette appréciation est superficielle, mais rien qu’à voir leurs apparences et certaines attitudes dans le bar-restaurant, je peux aller jusqu’à dire que c’est une « clientèle » différente. Il n’est pas impossible que mon appréciation soit tout simplement fausse, et que ce ne sont in fine que des pèlerins à leurs manières.