mercredi 2 octobre 2019


Étape 13 : La Souterraine, 34-35 km : vendredi 29 mai 2 015.



Photos : J'arrive à la Souterraine. 

Une étape particulièrement enrichissante sur bien des plans.

            La commune de La Souterraine se situe dans le département de la Creuse, dans le Limousin. C'est un village étape pour les pèlerins depuis 2000. Le nom de la ville se rapporte à la crypte, une église souterraine, à partir de laquelle a été construite l'église Notre-Dame, qui par sa situation domine la ville. Cette crypte était un lieu de culte primitif, comme à Neuvy-Pailloux, un village avant Châteauroux sur la voie de Vézelay.

            Cette étape traverse des paysages très variés, avec des forêts, et passe par de belles petites côtes. Le balisage est correct, cependant j'ai eu un moment d'indécision à deux carrefours avant des villages.

            Ce n’était pas du tout une « marche souterraine », mais la mise en lumière de la fréquentation de ce chemin de Vézelay – c’était la première étape où j’ai rencontré pas mal de marcheurs – il faut dire que c’est un point de convergence de plusieurs chemins dans la région. Une belle et longue marche dans la journée !



L'étape :

            Dans cette étape, j'ai suivi complètement le balisage, qui correspond bien aux indications de mon guide.

            En sortant d'Éguzon, j'ai continué sur la D 913, et un peu plus loin j'ai descendu à gauche un chemin forestier, et j'ai continué pour monter ensuite un chemin en épingle à cheveux. Le paysage est bien boisé, et il faisait encore sombre en ce début de journée.

            Après un hameau, j'ai emprunté un chemin à peine dégrossi, pour rattraper une petite route.

 Ce fut ensuite le passage à Crozon, les forêts sont bien denses, et le soleil ne pénétrait pas encore dans les bois. J'étais tout seul dans cette nature, mais j'étais serein : j'ai l'habitude, de l'entraînement, et j'étais surtout sûr de mon itinéraire !

         Cependant, plus loin, au Pont Chareau, après une descente, à un carrefour quelque peu tourmenté, toujours en zone très boisée et sombre, bien que les balises fussent toujours présentes mais un peu espacées, j'ai eu quelques hésitations. Mais je suis bien parti sur la droite pour la Chapelle-Baloue, le balisage suit la D 72, et après une montée assez rude, et le passage d'un torrent, j'y suis arrivé.

            Et c'est sans aucun problème que j'ai quitté la départementale pour un chemin goudronné et que je suis arrivé près de Saint-Germain-Beaupré. Après un bon chemin de terre et un retour sur la D 72, ce fut Saint-Agnant-de-Versillat.

            Plus loin, j'ai traversé le hameau Les Chassagnes, passé un pont sur la voie ferrée, et après la porte Saint-Jacques, je me suis retrouvé à l'église de la Souterraine.

            Cette zone urbanisée m'a paru assez longue. À noter que dans la dernière partie de cette étape, j'ai eu l'impression, en deux fois, à de grands carrefours, que la départementale disparaissait sur le panneau de circulation à l'entrée pour réapparaître sur un autre à la sortie, comme la D72 qui m'a amené à la Souterraine – elle perd sans doute sa dénomination, et la reprend après ; était-ce bien une réalité ou un manque d'observation voire de lucidité à ce moment ?



À la recherche du chemin du gîte :

            Quand je suis arrivé sur la place de l'église de La Souterraine, après avoir franchi la porte Saint-Jacques, qui donne tout de suite une idée des fortifications au XIIe siècle autour des églises, il était plus de 15 H, et ma préoccupation était d'aller au 33 de l'avenue du Pont-Neuf. J'ai tourné un peu sur la place, et j'ai vu à une certaine distance un pèlerin qui remontait vers la façade principale de l'église et qui me semblait, lui aussi être en état de recherche – aujourd'hui, je peux dire qu'il y avait toutes les chances pour que ce fût Alain, que j'ai rencontré plus tard et avec qui j'ai fait beaucoup d'étapes plus loin sur le chemin.

            Un vieil homme qui se promenait nonchalamment m'a donné une première information pour trouver cette avenue : je devais commencer par tourner à gauche, ensuite à droite, descendre carrément jusqu'au bas de la butte et passer deux ronds-points. C'est ce que j'ai commencé à faire, mais je craignais de m'enfoncer trop loin dans l'erreur. J'ai préféré remonter sur la place de l'église, car je ne trouvais pas cette avenue du Pont-Neuf.

            Je suis entré dans la pharmacie près de l'église, pour constater que le personnel était tout occupé en raison de l'affluence à cette heure. J'ai réussi à « attraper » une jeune femme qui se déplaçait entre des rayons, mais elle était désolée de ne pas pouvoir me renseigner, car elle n'était qu'une stagiaire fraîchement en poste, et non originaire de cette ville.

            Je suis ressorti, et j'ai refait le même parcours que précédemment, mais en poussant plus loin que les ronds-points. Et j'ai fini par trouver une affichette annonçant le gîte. Autrement, j'aurai été obligé de faire une connexion internet pour utiliser un plan précis de la ville.

            Cette fameuse avenue n'est qu'un long chemin goudronné ordinaire, si bien qu'à un moment, j'ai compris que je commençais à sortir de l'agglomération, il n'y avait presque plus de maison des deux côtés de la route, et j'étais encore bien loin du numéro 33. Mais il fallait avancer... et c'est alors que j'ai découvert une autre affichette qui portait cette inscription, preuve que je n’étais pas le premier pèlerin à se trouver en recherche de ce gîte : « Allez, courage, un dernier effort, vous êtes presque arrivé au « Coucher du Soleil ». Cela m'a fait rire ! Mais j'en ai tiré tout de suite une conclusion : il n'était plus question de retourner visiter l'église en ville, ni le cimetière, où selon mon guide une lanterne des morts veille sur trois tombes de jacquets, étant donné un aller-retour conséquent à faire en cette fin de journée après les 35 kilomètres parcourus dans cette étape.

            C’est ce que l’on appelle vraiment une belle étape, sur tous les plans, et ce d’autant plus que je ne savais pas encore l’ambiance exceptionnelle qui m’attendait dans ce gîte.



Un gîte opérationnel :

            Le portail du 33 était grand ouvert quand je suis arrivé. 
J'ai quand même été surpris par ce corps de ferme dont une partie n'est pas encore restaurée.
Et ce grand silence ! Je me suis approché de la porte d'entrée qui était fermée, et j'ai tout de suite vu une petite affiche collée derrière la vitre : « entrez et installez-vous ». En effet, la porte n'était pas verrouillée, et je suis entré !

            Au pied de l'escalier se trouve un petit coin salon avec des fauteuils, un endroit pour ranger les chaussures et un autre pour les bâtons ; et à côté une grande salle à manger bien équipée. L'aménagement intérieur est tout récent et de qualité. Je me suis assis dans un fauteuil, je me suis déchaussé pour mettre mes savates. Pendant un bon moment je me suis reposé, en attendant que les choses bougent. J’avais vraiment terminé mon étape, et j’étais à l’abri !

            Trois autres marcheurs sont arrivés et se sont installés comme moi, jusqu'à ce que la maîtresse des lieux arrivât. Claudine, la responsable, nous a priés aussitôt de monter à l'étage pour prendre possession de notre coin dans les chambres. Elle nous informa de la possibilité de lavage à la machine.

            À l'étage, c'est aussi du neuf et du bon, pour les chambres, les lits et les sanitaires. Dans une chambre, j'ai pris un lit du bas, et comme d’habitude près de la porte de sortie de la chambre. J'ai pu disposer du lit au-dessus pour étendre un peu mes affaires. Un autre adopta la même tactique dans la chambre ; et des deux autres s'installèrent dans une autre chambre.

           J'ai fait ainsi la connaissance de Bernard de la Corrèze, de Pascal de Reims et de Jean-François, en T-shirt rouge, qui vient d'une région proche, je n'ai pas bien retenu le nom de son coin d'origine – Ce dernier est bien celui que j'avais entrevu à Éguzon, et que j'ai retrouvé dans plusieurs étapes plus loin. Aucun de ces trois ne suivait vraiment mon chemin – autrement, je les aurais plus ou moins repérés sur mon parcours.  Les deux premiers complétaient des marches déjà entamées les années précédentes ; le dernier remontait par une diagonale, et suivait un GR. Cela se voyait que tous les trois n'étaient pas des débutants dans le domaine.



Une bonne ambiance à table :


           Au dîner, un très bon dîner, les présentations ont été faites un peu plus largement – pour me présenter, mon discours est bien rodé ; et il y eut des discussions sérieuses qui permirent de mieux cadrer les uns et les autres, elles étaient entretenues par Claudine, qui présidait en quelque sorte cette tablée – voir la photo prise le lendemain matin au petit-déjeuner.

            C'étaient des discussions classiques. Chacun a expliqué la gestion de ses petits problèmes en route : Cette angoisse d'être seul dans les grandes plaines, laquelle est encore plus forte en forêt, et qu'il faut apprendre à maîtriser. J'ai bien connu cela, à la 2e étape, avant d'arriver à Champlemy, mais comme l'a dit quelqu'un cela s'apprend, se prépare. Ou la petite douleur qui apparaît au pied, et qui disparaît, pour ressortir à l'épaule : l'expérience là aussi permet d'anticiper, en revoyant le lacement des chaussures, les réglages des bretelles du sac qu'il faut refaire de temps à autre et un rangement équilibré des affaires dans le sac, sans compter les conséquences de certaines postures propres qu'il faut là aussi apprendre à les repérer et à les corriger. Et sur le fait que pour certains équipements, il ne faut pas non plus se cantonner aux petits prix – « bon marché coûte cher », dit-on. Ou encore la beauté des paysages : savoir se donner du temps pour apprécier son chemin, la gestion du temps est importante et ne vient pas naturellement. Chacun donna aussi son avis sur une grande question qui reste malgré tout ouverte, et ce quelle que soit l’expérience acquise : pourquoi les pèlerins reviennent toujours sur les chemins de Compostelle ? À ce sujet, les avis des uns et des autres sont toujours intéressants.

            Pendant la nuit, je n'ai pas entendu un seul ronflement, et pourtant, il y en a un qui avait pris soin d'avertir qu'il lui arrivait de ronfler un peu, pour s'excuser par avance en quelque sorte, ce à quoi les autres ont convenu que c'était plus ou moins leur cas aussi. La nuit ne pouvait être alors que bonne !

            Le lendemain, au cours d'un excellent petit-déjeuner, il y eut encore de grandes discussions, sur des sujets plus simples, plus habituels, comme le sport. Le président de la FIFA, Sepp Blatter, par exemple, fut placé sur la sellette, la suite montre aujourd'hui que l'anticipation était bonne. Chacun donna son avis sur la professionnalisation du sport, sur le dopage, sur l'argent dans cette activité in fine !  Quant à moi, j'ai développé la thèse des méfaits du système du cumul des mandats dans le temps et de la financiarisation à outrance dans tous les domaines de la vie en société.

            Au finish, chacun est parti de son côté. J'ai été le premier à sortir du bâtiment. Et ce n'est que deux jours plus tard que j'ai revu Jean-François aux Billanges.



La Souterraine, un peu d'histoire(s) :

            C'est Claudine qui nous parla de l'église de La Souterraine : L'église Notre-Dame (XIe – XIIe siècle) est une étape du pèlerinage de Saint-Jacques depuis longtemps ; sa crypte est un ancien sanctuaire gallo-romain, et elle possède deux puits et des coffres funéraires ; ce n'est que plus tard que fut construite l'église et toutes les fortifications de cette butte.

            Dommage que je n'aie pas eu le temps de la visiter – l'idéal aurait été d'avoir à sa disposition un guide comme à Neuvy-Pailloux dans l'étape avant Châteauroux.

            Claudine nous laissa entendre à un moment qu'elle aurait bien aimé parler de l'influence des Celtes dans l'histoire de ce lieu ; c'était comme si elle attendait une demande de notre part. Personne n'ayant réagi dans ce sens, ce thème ne fut pas abordé. J'ai regretté que personne ne lui ait donné l'occasion de se faire plaisir en se lançant sur un sujet qui, me semble-t-il, l'intéressait au plus haut point – j'aurais dû le faire... Quelle que soit sa position propre, il est toujours agréable d’entendre quelqu’un développer sa thèse sur une de ces questions qui traversent toute l’histoire des hommes.

            Cela m'aurait m'intéressé qu'elle nous parlât du champ magnétique terrestre qui influence le vivant, du choix des croisements de lignes telluriques positives dans le sol – qui augmenterait l'énergie vitale des êtres vivants – pour l'implantation des lieux de culte des Celtes, et de la reprise plus tard des mêmes lieux par les Chrétiens. Et qu'il y aurait en conséquence un lien avec le tracé de 3 voies de Compostelle, c'est-à-dire Le Puy, Arles et Vézelay... bien qu'à ma connaissance aucune donnée archéologique, scientifique et/ou historique ne permette de valider sérieusement cette dernière hypothèse.

            J'aurais même pu faire preuve d'un peu d'humour en demandant à Claudine si le gîte d’étape « Le Coucher du soleil », étant donné le sérieux avec lequel des discussions y ont été menées, ne se trouve pas lui aussi à un nœud de lignes de force telluriques positives... Quoiqu'il ne soit pas impossible non plus qu'un druide de l'époque celtique eût été pour quelque chose dans le choix de l'implantation d'une ferme en ce lieu...laquelle ferme est aujourd’hui devenue un gîte pour les pèlerins de Compostelle.

La Souterraine, encore un lieu à revoir !


samedi 28 septembre 2019


Étape 12 : Éguzon, 24 km : jeudi 28 mai 2 015.



Photo : J'arrive à Éguzon.






Résumé de l'étape :

            Éguzon, dans le sud du département de l'Indre, est un village étape sur les contreforts du Massif Central. C'est la construction d'un grand barrage hydroélectrique qui donna de l'essor à cette région par le développement des activités de loisirs autour d'un lac de plus de 300 ha.

            L'étape du jour, la dernière de cette variante par Bourges, est très agréable, avec cependant de belles montées sur la fin. Après Éguzon, les pèlerins retrouvent ceux qui sont passés par le chemin de Nevers, et qui continuent sur un seul chemin jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port dans les Pyrénées.



L'étape :

            De bon matin, au départ d’Argenton, la température était de 9° sur la place de la République. J'ai traversé le pont sur la Creuse. Puis, à l'intersection, j'ai tourné à gauche sur la D 913, qui mène jusqu'à l'arrivée, pour suivre le plan arrêté hier. La départementale suit pendant un bon moment la rive gauche de la Creuse pour s'en éloigner quelque peu dans la 2e moitié de l'étape.

            Un signe de plus de l'activité de cette petite ville d'Argenton-sur-Creuse, c'est la circulation sur cette départementale à cette heure matinale, avec un flux important des véhicules qui quittent la petite ville ou qui y arrivent, du moins dans un premier temps. Je me suis vu plusieurs fois dans l'obligation, tout en marchant sur la gauche de la route, de me mettre carrément hors de la voie, et même de m'arrêter parfois dans la partie gazonnée mal fauchée. Il est vrai qu’à cette heure très matinale les gens sont pressés de se rendre à leur travail. Mais plus loin, tout ce bruit de circulation, ce remue-ménage, s'est nettement calmé, et j'ai retrouvé la belle campagne du Berry, avec ses paysages très variés, et beaucoup de bois dont le vert se détache de la couleur des champs environnants, si bien, et c'en est une preuve, que le coucou par ses chants s'est manifesté clairement.

            Cette étape est caractérisée par de longues lignes droites, de faux plats, et aussi de petites routes qui serpentent dans le paysage. Le temps était bien ensoleillé, et c'était l'occasion de reprendre la pratique de la boussole solaire, particulièrement dans la dernière partie marquée par des dénivelés intéressants. Il fallait bien gravir ces petits contreforts du Massif Central. Mais le temps était au beau, la température avait bien remonté sous le soleil, et c'est sans aucun problème que je me suis présenté devant le centre-ville bien aménagé de cette commune d'Éguzon-Chantôme (réunion des deux anciennes communes).



Les habituels points d'appui :

            En avançant dans le village, après l'église, je suis entré dans un bar pour manger quelque chose. La serveuse m'a dit qu'elle ne servait pas de sandwich mais que je pouvais aller en chercher à une boulangerie relativement proche et venir le manger sur place en buvant ce que je voulais. Que je pouvais même laisser mon sac en attendant ! Mais mon sac devant toujours rester sous mon regard, je l'ai remis sur mon dos en allant à cette boulangerie. Les deux consommateurs debout au bar ne se sont même pas retournés à mon passage, je faisais déjà bien partie du décor.

            Le boulanger m'a donné ce que je voulais, et m'a même précisé, avant que je le lui aie demandé, que sa boutique est ouverte à 6 h du matin, et que je pouvais alors emporter de quoi me sustenter pour la journée. Sympathique ! Ce qui montre bien que le pèlerin est sur son terrain.

            J'ai pris mon sandwich et je suis retourné au bar pour le manger...avec un grand thé. Je ne prends jamais de boisson glacée tout de suite après la marche.  



La visite de la petite ville l'après-midi :

  •             Une nouveauté sur mon chemin après la douche et l'installation : j'ai vu un sac-à-dos en ville 
  • ; le dernier, c'était à Cuncy-lès-Varzy, lors de ma 2e étape. Ici, l'homme consultait un plan de la ville ; il n'a pas tardé à partir – même si je ne l'ai pas vu de face, il a fort à parier pour que ce fût alors Jean-François, que j'ai rencontré le lendemain au gîte de la Souterraine, que j'ai revu deux jours plus tard au gîte des Billanges, et dans d'autres hébergements pendant plusieurs étapes. Vraisemblablement, il partait pour le fameux camping municipal du lac d'Éguzon un peu plus loin, qui est ouvert toute l'année. Il n'y a pas à marcher beaucoup pour passer du parc où se trouvent la mairie et le musée de la Creuse à l'église.



 et aux différents établissements pour touristes.

            Au cours de cette visite, j'ai acheté des fruits pour l'étape du lendemain, qui fait 33-34 km ; dans les moments creux, en fin d'étape surtout, les fruits redonnent de l'allant.

            Plus tard, au restaurant où j'ai pris mon dîner, j'étais seul dans la salle pendant presque tout le repas, un couple de touristes est arrivé un peu plus tard, il est vrai que ces deux-là avaient la nuit devant eux tandis que pour moi il importait de prendre un bon repos en vue des kilomètres qui m'attendaient le lendemain.

            Dans la salle du restaurant, des coupures de presse et des photos relataient des événements du village pendant une bonne période, et rappelaient le passage de quelques personnalités dans la région, des peintres célèbres ou de grands écrivains. J'ai relevé particulièrement une citation attribuée à Guy de Maupassant : « De toutes les passions, la seule vraiment respectable me paraît être la gourmandise ». Était-ce un élément retenu pour la stratégie de la maison dans cette région très touristique ? Le pèlerin, pour peu qu’il ait encore plus de vingt étapes devant lui, est plus que conscient qu’il faut toujours bien s’alimenter pour faire face à la dépense d’énergie qui l’attend.



Le hérisson, la mascotte de ce village étape ?

            Il n'est pas possible de visiter le parc à l'entrée de ce village étape, où se trouve le musée, sans « buter » sur la sculpture en bois d'un hérisson, posée à même le trottoir – j'avais d'ailleurs remarqué sur un petit panneau à l'entrée de la ville un dessin de ce petit animal de la campagne. À une dame qui sortait de ce parc, je lui ai demandé s'il fallait voir dans cette sculpture une portée symbolique pour cette petite ville. La réponse, après quelques hésitations : dans la commune d'Éguzon-Chantôme où je travaille, la mairie fait la promotion des artistes du pays ; ici, une œuvre en bois représentant le hérisson ; quant à la portée symbolique de l'œuvre, je n'en sais vraiment rien ! C'est un cadeau d'un sculpteur de la commune, a-t-elle encore ajouté.



J’avais une petite sensibilité à un genou, aussi avant de me mettre au lit le soir j’ai pris soin de bien le frictionner au gel d’arnica.

dimanche 15 septembre 2019


Étape 10 : Velles, moins de 20,5 km : mardi 26 mai 2 015.



Photo : J'arrive à Velles.






Résumé de l'étape :

            Une petite étape, sans difficulté aucune, et un séjour au gîte d'étape de Mme Aucante au centre du bourg. Et de beaux échanges avec des gens de la campagne, et particulièrement sur l'évolution en général de la société de l'après-guerre à nos jours. Ce fut une journée bien remplie.



L'étape :

            J'ai pris un excellent petit déjeuner le matin à l'hôtel, à Châteauroux, et je suis parti très tôt, même si l'étape du jour est petite ; j'avais presque fini de manger croissant et pain beurré à la confiture, arrosés de thé, quand d'autres clients du matin, vraisemblablement des habitués du lieu, ont commencé à arriver. Ceux qui vont au boulot ne s'attardent pas, un rapide café tout en passant en revue le journal, et ils sont sur le départ. Et c'est tout gaillardement que je me suis avancé dans la ville pour retrouver la D 40 que j'avais reconnue la veille. Malheureusement, je ne l'ai pas trouvée tout de suite, j'ai dû revenir sur mes pas pour enfin pouvoir me lancer sur cette petite route, qui traverse aussi la forêt domaniale de Châteauroux, jusqu'à rejoindre la D 14 qui mène à Velles – je fus même surpris de me retrouver aussi rapidement à l'entrée de cette petite bourgade.

            C'est vraiment la campagne profonde, où le calme n'est troublé que par de rares véhicules.  Durant cette étape, je marchais donc le plus souvent dans un grand silence, j'avais largement le temps de penser à tout. Et encore aujourd'hui je n'ai pas vu un seul sac-à-dos.

            Arrivé à l'église du village, je suis tombé tout de suite sur le bar-restaurant signalé dans mon livre-guide (voir photo), je ne pouvais pas ne pas prendre un premier contact, rien que pour voir s'il y avait la possibilité d'y revenir après avoir garanti mon hébergement. Mais j'avais du temps devant moi avant d'aller au gîte, j'ai commandé un thé pour accompagner le seul croissant qui restait dans le petit panier bien placé à la vue des clients, et demandé à la serveuse des précisions sur l'adresse de Mme Aucante. Comme souvent en pleine campagne dans ce département, mon téléphone ne passait pas, mais j'avais encore toute l'après-midi devant moi pour arrêter un hébergement pour demain, à Argenton-sur-Creuse.



Le gîte de Colette Aucante :

            Le portail donnant sur la cour de la maison était grand ouvert, je suis entré avec précaution, car je ne voulais pas me retrouver tout d'un coup nez à nez avec un dogue qui aurait pu s'étonner de mon intrusion sur son territoire. En avançant un peu plus, j'ai vu un homme d'un certain âge en train de bricoler dans une espèce de grand garage, et au fond d'un grand potager une dame qui préparait les plates-bandes pour ses plantations de légumes. J'ai descendu mon sac et attendu le moment où leurs regards se sont portés sur moi pour lancer un grand bonjour. C'est la dame qui est venu vers moi, d'un pas lent. Je ne vous attendais pas aussitôt, m'a-t-elle dit ; la chambre n'est pas encore prête, mais vous pouvez toujours y déposer vos affaires et aller vous doucher, a-t-elle ajouté.

            Elle m'a conduit à la chambre, sans ajouter un mot. J'ai tout de suite compris que j'étais dans un milieu bien campagnard où l'économie des mots est la règle, car ces gens-là travaillent toute la journée sans presque s'arrêter, et donnent l'impression que les énergies dépensées sont bien mesurées.

            L'habitation est constituée de deux maisons qui se touchent en faisant un angle droit. L'une est réservée à la famille et l'autre au gîte ; dans l'hébergement pour les pèlerins, il y a des chambres, une cuisine et des sanitaires à la disposition des gens de passage. Le long de la première, il y a un abri de verre, une sorte de salon qui sert en quelque zone de zone tampon pour les passages entre les deux bâtisses (voir photo). C'est là que je me suis déchaussé avant d'entrer dans la partie gîte.

            Ces gens-là ont l'air paisible, et, pourtant ils sont toujours occupés. C'est le soir, à la visite du fils de famille, et à ses échanges avec sa mère pendant nous passions à table, que j'ai compris que j'étais dans une vraie famille d'agriculteurs. Le fils venait tout simplement rendre compte à sa mère de l'avancement de ses travaux et attendait en retour les réactions de cette dernière. Là aussi, en peu de mots, d'un côté comme de l'autre.



La visite de la ville :

            Après la douche, je suis retourné au bar-restaurant pour manger quelque chose. Après en avoir parlé avec la patronne de la boîte qui m'a vite donné une idée de ce qu’elle pouvait m'offrir en ce jour, j'ai choisi un steak accompagné de pâtes. Un régal ! Quand je lui ai parlé de connexion Internet et de téléphone, elle m'a tout de suite répondu : mais vous êtes toujours dans la campagne berrichonne !

            Puis en sortant, j'ai vu un marchand ambulant sur la place de l'église, il vendait de tout, dans l'alimentaire, y compris du fromage et des fruits ; je ne pensais pas qu'il était possible de présenter autant de nourritures dans un véhicule. J'ai acheté une pomme et une orange pour le lendemain.

Je suis allé à l'autre bout du village, non loin de mon gîte, à la pharmacie, où j'avais à renouveler presque en urgence mon gel d’arnica. La pharmacienne n'avait pas la formule que je préfère ; bien sûr, elle m'a vanté celle qu'elle vendait, arguant que la sienne présentait un meilleur pourcentage de la substance active. J'ai fait semblant de la croire.

            Sur place, en sortant, presque machinalement, j'ai fait un essai avec mon téléphone pour constater que la connexion était acceptable. J'en ai profité pour contacter un petit hôtel à Argenton-sur-Creuse dont les coordonnées se trouvent dans mon guide ; la réservation fut faite en moins de deux – il devait y avoir une antenne-relais dans le coin, mais qui ne devait pas arroser une très grande surface, puisque à une dizaine de mètres à peine rien ne passait plus.

            De retour à mon hébergement, ma chambre était prête, j'ai pu donc décharger mon sac et aérer mes affaires en les étendant – j'ai même fait un lavage rapide de chaussettes. 

            Une surprise lors de ce passage : Mme Aucante qui travaillait toujours dans son potager m'a proposé la visite de l'église du village (voir photo), et elle m'a donné les clés de l'édifice en me disant : je suis la responsable ; je ferme le bâtiment parce qu'il y a déjà eu des dégradations. Je les ai prises et je suis allé sur place immédiatement.

            Il n'y avait personne. Je suis entré dans l'église ; elle est belle et très bien entretenue (voir photo, et photo). Je n'ai pas prié pour que personne ne vienne pendant mon passage, mais j'avoue l'avoir souhaité ardemment, car si c'était le contraire, il aurait fallu que j'attende le départ des visiteurs pour quitter les lieux, et fermer la porte d’entrée. Cette opération fut une première pour moi !

            En fermant la porte, je me suis rassuré en recommençant deux fois l'opération ; je tenais à vérifier que je l'avais bien fermée à double tour, qu'elle était vraiment bien verrouillée.

            Au retour, il me restait encore un peu de temps avant le dîner pour jeter quelques notes sur mon carnet du chemin.



Un bon moment au dîner :

            J'ai été invité à passer à table dans la salle à manger de la maison familiale vers 19 H et d'un coup d'œil, j'ai vu qu'elle était assez richement décorée. Et tout naturellement, nous avons utilisé nos prénoms. Colette, sans beaucoup parler, est d'une grande présence ; Jean-claude, son compagnon, je l'ai vu au départ comme un homme très discret, est quelqu'un avec qui les échanges se font très facilement – ils se sont connus sur le chemin de Vézelay en 2 011, si j'ai bien retenu l'année. Volontairement je n'ai pris aucune photo d'eux, j'estimais que c'était comme si je leur volais une part de leur intimité.

            En prenant un apéritif, mon regard se porta sur le balancier d'une magnifique horloge, un instrument qui demande beaucoup d'entretien, ce qui m'a permis de lancer Jean-claude dans la conversation avant que le moment du repas proprement dit arrivât ; inutile d'entrer dans les détails, les plats étaient de bonne qualité. J'ai vérifié une fois de plus que le fait de se présenter comme venant de la Réunion donne automatiquement matière à des échanges dans bien des domaines.

            Nous avons vraiment parlé de tout. Jean-claude a été gonio dans l'armée en Algérie – c'est avec un plaisir non dissimulé qu'il a raconté sa situation plus ou moins privilégiée par son poste de responsabilité pendant son temps militaire. Il a monté ensuite une petite entreprise dans le domaine des portes et des fermetures métalliques, un secteur où il a excellé, et il ne s'en cache pas. Ce qui m'a surtout intéressé, c'est son périple dans cette période d'après-guerre – celle de 39-45 – où tout jeune, il a fait à pied le parcours Paris-Marseille pour aller prendre un travail dans le sud de la France, un chemin long et surtout difficile à l'époque, et notamment pour ce qui est du couchage. Nous avons aussi comparé nos expériences dans notre jeunesse en ce qui concerne les travaux, les loisirs ou encore les valeurs familiales, etc.  En mettant l'accent sur la volonté des générations de ce temps à s'en sortir à tout prix puisque les jeunes partaient de presque rien.

            J'ai passé un moment agréable à table, où je n'ai pas vu le temps défiler – j'avais l'impression de les avoir retenus plus que de raison par ces discussions, et je m'en suis excusé.

            Colette et Jean-claude ne restent pas un instant sans ne rien faire, et c'est presque une leçon qu'ils donnent à ceux qui les visitent. Ils n'ont pas du tout l'air fatigué, montrant ainsi que l'activité est à la base de la santé, surtout dans la période des vieux jours.

            Le lendemain matin, après le petit-déjeuner, et avant de partir, j'ai laissé sur le livre d'or de leur gîte : « J'ai eu beaucoup de plaisir à échanger avec vous. Bonne continuation pour l'accueil des pèlerins ».

mardi 3 septembre 2019


Étape 8 : Neuvy-Pailloux, 28 km : dimanche 24 mai 2 015



Photo : Le Christ pantocrator (représentation en gloire de Jésus, par opposition à une représentation en souffrance dans la passion) à l'église Saint-Laurent de Neuvy-Pailloux.






Résumé de l'étape : Une étape de découverte de la religion dans l’histoire

            Pour résumer cette première semaine : je suis parti du département de la Nièvre (58), pour passer dans celui du Cher (18), et j'en suis au département de l'Indre (36) – . À Neuvy-Pailloux, une commune qui se situe dans la région naturelle de la Champagne Berrichonne, et dans l'aire urbaine de Châteauroux. Deux éléments ont marqué cette étape : la visite de l'église du village et une première sur le plan de la gastronomie : la soupe aux orties.
voir la carte



La marche :

            De Chârost à Neuvy-Pailloux, les marcheurs passent du département du Cher dans celui de l'Indre ; au carrefour après Chârost, j'ai pris la N151 pour aller directement à Issoudun, je n'ai donc pas fait tout le détour dans la campagne par Saugy, un bon raccourci.

            Issoudun est une grande ville, en y entrant j'ai longé un grand parc où se trouvent des essences que je ne pouvais pas identifier. J'ai interrogé un homme qui revenait de sa promenade matinale en lui posant des questions précises, mais il n'a pas pu me renseigner ; en revanche, il m'a donné des indications concernant d'autres points importants de la ville : par exemple, un square où se trouve le palais des congrès, toujours sur la N 151 qui traverse la ville (voir photo), non loin de la basilique, et une stèle à la mémoire de Pierre Mendès France (voir photo), un homme d'État français qui a marqué son époque par « une conception exigeante de la politique ».

            À partir d'Issoudun, j'ai utilisé une partie du balisage et des départementales pour aller à Neuvy-Pailloux. Son nom signifie nouvelle paille, la région était autrefois marécageuse. Le paysage par rapport à l'étape précédente a changé d'une façon générale, il n'y a plus de bois, mais plutôt des champs ; la circulation sur les routes est d'un bas niveau, pour ne pas dire presque nulle sur certaines petites routes – il est vrai que c'était un dimanche matin.

            Et c'est dans un grand silence que je suis rentré dans Neuvy-Pailloux (voir photo). J'ai avancé dans une longue rue qui traverse tout le village, toujours sans le moindre bruit, et qui m'a mené à l'église. Arrivé à une intersection en plein centre, j'ai vu deux femmes qui discutaient dans une pièce de leur maison, une fenêtre grande ouverte donnant presque sur le trottoir, et qui me fixaient. Après un petit signe de la main pour captiver leur attention, je leur ai demandé où se trouve la rue Pasteur : vous y êtes, me répondit l'une d'elles pendant que l'autre rigolait. J'étais non seulement à la bonne rue, mais mon hébergement chez l'habitant était tout près, à deux pas de l'église.



La chambre d'hôtes :

            Pour aller au 16 de la rue Pasteur, il faut passer sous un porche, la maison de Monique Richard donne sur la rue, mais l'entrée se fait par une ruelle. Je l'ai repérée après un coup d'œil sur un abri transparent contigu à la maison, d’où j'ai pu voir des chaussures de marche et divers objets de randonnée. Mais il n'y avait personne de présent dans cette demeure à cette heure ; j'ai dû attendre un moment avant l'arrivée de la propriétaire.

            Monique est une femme qui communique vite et bien. Accueil efficace : pendant que j'enlevais mes chaussures, elle m'a demandé si j'avais une lessive à faire – cela ne pouvait que bien tomber, j'avais commencé à puiser dans ma petite réserve de vêtements propres. Elle m'a emmené aussitôt à ma chambre, à l'étage, en me disant que je serai le seul pèlerin chez elle ce soir, mais qu'elle en attendait quatre pour le lendemain.

            En haut de l'escalier, dans le petit espace salon qui donne accès aux différentes chambres trône sur un mannequin l'uniforme de Monique qui est une jeune retraitée de la police municipale.

            Après la douche, et mon installation dans ma chambre, je suis descendu au rez-de-chaussée dans le séjour d'où j'ai pu voir que dans la partie cuisine, elle avait commencé à s'occuper du dîner (voir photo). J'ai utilisé son wi-fi pour les messages habituels, tout en jetant un œil à la télévision, et en dégustant une bonne bière. Puis je suis allé faire un tour sur la place (voir photo), en sachant très bien qu'une visite détaillée de l'église était programmée en fin de journée.



Une visite commentée de l'église :

            Cette visite a été excellemment commentée par Monique, ma logeuse (voir photo) – la vidéo donne une idée de la qualité de l'acoustique dans cet édifice (voir ou revoir la vidéo).

En ce qui concerne les monuments du patrimoine, connus ou moins connus, mais restaurés et entretenus, je sais qu'il y a visite et visite. Il n'y a pas de comparaison sur le plan de l'enrichissement personnel entre une simple visite d'un pas un peu pressé et une visite sous la conduite d'un guide, et, pour peu qu'il y ait un petit nombre de visiteurs sur le moment, la possibilité de poser des questions aiguise encore plus la curiosité. Il est vrai qu'un audiophone compense bien l'absence de guide rien que pour camper le site dans le mouvement historique. Il y en a surtout dans les grands monuments et sites nationaux.

            Quel que soit le positionnement religieux, il est difficile de rester insensible au défilement du temps à partir de ce qui est sous les yeux : passer d'une église moderne, entièrement refaite en 1 970 – et   aussi une donation de particulier –, après qu'elle a été bombardée en 1 941, réparée en 1 943, avec un résultat sans commune mesure avec ce qu'a été cette même église du XIXe siècle, en découvrant qu’à travers tous ces chambardements, un Christ en bois datant du XVIe siècle émerge, étonnamment conservé, ce qui en fait toute sa valeur et dans toutes les dimensions (voir photo). Sans compter que des fouilles (voir photo, et photo) ont permis de découvrir un enracinement de ce village qui remonte au XIIe siècle. Sous l'œil et le pouvoir d'un Christ pantocrator découvert sous une couche de peinture bleue, une représentation d'un Christ en gloire (voir photo) par rapport au Christ souffrant sur la croix, et donc plus proche de la condition humaine.

Et la prise de conscience d'une vie qui s'est construite dans cette région, autrefois marécageuse, en relation avec cette église vient encore accentuer la curiosité du visiteur.

            Mais le plus extraordinaire, c'est en ce dimanche de la Pentecôte, le jour où les chrétiens célèbrent l'esprit de Dieu, que je découvre et que je me plonge dans l'histoire de cette église grâce à Monique, alors que rien de rien n'avait été prévu, programmé dans ce sens...



Le dîner :

            Après les nourritures de l'esprit et de l'âme, le temps était venu de passer à la nourriture du corps, quoique les deux soient plus ou moins en relation.

            Dans les chambres d'hôtes, le dîner est toujours de qualité, mais ici l'accent a été mis sur une particularité, une originalité qui marque l'accueil dans cette maison. En prenant un apéritif, elle me posa une question : avez-vous déjà mangé de la soupe aux orties ? Je lui ai dit que je connaissais surtout le côté désagréable de cette plante ; je n'ai pas osé lui raconter comment, jeune, je l'ai découverte dans un camp d'étudiants en Angleterre où l'accueil improvisé et fait par un petit groupe d'Italiens consistait à glisser une branche d'ortie au fond du sac de couchage pour tester un nouvel arrivant. Et encore moins comment j'ai failli bien plus tard en Espagne goûter une fois de plus à la sensation forte de brûlure dans un petit bois sur le Camino Francés au moment où un besoin pressant se faisait sentir. Je lui ai dit que je n'ai jamais eu l'occasion d’en manger, mais que j'avais plus ou moins entendu parler de ses vertus sur le plan de la santé. Le mauvais et le bon ne sont jamais très éloignés. Ma réponse à sa question a été de dire que j'étais tout à fait disposé à goûter cette soupe puisque l'occasion se présentait, le chemin étant une découverte tous azimuts.

            Ce n'est pas mauvais du tout, associée à de la pomme de terre elle tient bien en bouche. Excellente pour la forme, pour ses apports en oligoéléments (magnésium et fer), ses vertus diurétiques et drainantes, elle ne peut que faire du bien au marcheur, qui a plutôt tendance à manger les mêmes choses – plus loin sur le chemin, alors que j'avais plus ou moins intégré un petit groupe, j'ai appris de Cor, un pèlerin néerlandais qui travaille dans la restauration, l'importance à varier la nourriture sur le chemin, une excellente habitude à prendre pour mieux résister à un effort qui dure longtemps. Le chemin est aussi un apprentissage dans ce domaine.

            La table d'hôte a bien entendu des avantages : un bon coucher, sans ronfleur – quoiqu’il puisse y avoir des chambres à plusieurs lits et donc une possibilité de voisiner un ronfleur ; un bon dîner et un bon petit déjeuner le matin avant de partir, un bon wi-fi et la possibilité de lavage des vêtements à la machine (un service que met en place de plus en plus d’autres types d’hébergement). Mais rien ne vaut, et pas même le petit hôtel, un bon gîte municipal, en petit groupe, où la bouffe, y compris les achats, se fait en commun, à condition d'avoir un débrouillard en cuisine, d'autant que ce type d'hébergement est généralement sur le balisage en ville, et à la proximité des commerces en tous genres.

mercredi 28 août 2019


Étape 7 : Chârost, 25km : samedi 23 mai 2 015



Photo : Arrivée à Chârost (« Châro » : le s ne se prononce pas).



Une étape intéressante :

            La sortie de Bourges s'est finalement révélée plus simple que je ne le craignais à la reconnaissance de la veille - je suis même tombé un peu plus loin sur une boulangerie où j'ai pu faire mon ravitaillement, vivement conseillé dans une étape en pleine campagne. Les indications de mon livre collent bien pour s’approcher de la D16 où des pistes gazonnées rassurent les marcheurs qui l'empruntent. Cette départementale m'a conduit jusqu'à la Chapelle-Saint-Ursin.

            Ce fut ensuite des passages dans de jolis bois par des petites routes de campagne où j'ai réentendu « mon coucou », les paysages de la dernière étape, surtout à l'approche de l'agglomération de Bourges, ne lui convenaient certainement pas. J'ai suivi le balisage jusqu'à Villeneuve-sur-Cher. Et ce n'est que dans la fin du parcours que j'ai quitté le chemin balisé pour reprendre la D 16 et m'approcher de l'arrivée. Je suis entré dans Chârost par une petite variante que j'ai prise à un carrefour.            De belles petites routes, de grands carrefours aménagés, et pratiquement aucune voiture. J'étais vraiment tout seul dans cette campagne. J'avais tout mon temps, et j'ai apprécié le calme et la beauté des lieux. Quant à y vivre en permanence, c'est une autre histoire.



Le gîte municipal :

            Je me suis avancé dans ce village par la départementale, qui en est la rue principale, à la recherche d'une personne pour me renseigner (voir photo : le château de Chârost, XIe siècle).
  1. Mon but était la rue des Fossés où se trouve le gîte municipal. Une passante m'a dit de tourner à gauche à la prochaine, et ensuite à droite un peu plus bas. N'ayant rien trouvé, je suis remonté par une autre petite rue et j'ai vu par la porte d'entrée grande ouverte sur la cour d'un bâtiment des ouvriers boulangers facilement reconnaissables à leurs tenues. Je les ai interpellés, l'un d'entre eux est venu me voir et m'a donné les bons renseignements : Il fallait descendre encore plus dans la rue empruntée avant, passer une ancienne porte de la ville et tourner ensuite à droite. Et j'ai dû aller assez loin dans cette rue pour trouver le N° 111. C'était le grand silence dans ce quartier, à se demander si les gens étaient vraiment dans leurs maisons ce jour-là.

            Au 111 se trouve un grand bâtiment, style vieille demeure bourgeoise – j'ai compris un peu plus tard qu'il fait aujourd’hui partie d'un ensemble scolaire ; j'ai poussé le vieux portail en fer qui grince au point que je me suis retourné pour voir si quelqu'un dans les environs me regardait, mais je n'ai vu personne ; j'avais un peu l'air d'être en infraction, il n'y avait pas âme qui vive dans les environs. Je suis entré dans la cour et j'ai vu la vieille porte en bois de couleur verte, plus ou moins décolorée et abîmée par le temps, comme elle m'a été décrite, et, en m'approchant, le petit dispositif à code. J'ai tapé le code, et j'ai réussi du premier coup à ouvrir cette porte. J'ai continué à suivre les instructions : je suis allé jusqu'au fond du couloir, mais je n'ai pas trouvé tout de suite l’endroit où se trouve la clé de mon domaine d’aujourd’hui. Je suis monté à l'étage par un large escalier, et j'étais sur le point d'ouvrir une porte, n'ayant pas vu tout de suite l'écriteau « La Directrice », quand j'ai aperçu une coquille sur celle d'à côté. C'était bien ce qui m'avait été indiqué. J'étais à mon gîte.

            C'est un petit appartement qui a été transformé en hébergement pour les pèlerins. La chambre du fond est devenue un petit dortoir (2 x 2 lits superposés) ; une petite pièce a été réaménagée pour les sanitaires et une autre en un petit magasin avec des provisions où les prix sont affichés sur les boîtes et les bocaux, un petit approvisionnement pour ceux qui n'auraient pas eu le temps de faire des achats ; et la cuisine au fond sur toute la largeur de l'appartement. Et j'avais tout cet ensemble à ma disposition ! Royal ! Du moins s'il ne se présentait pas d'autres pèlerins avant la nuit. Le lendemain matin, avant de partir, j'ai déposé ma contribution dans la boîte qui se trouve dans la cuisine et je me suis enregistré sur le cahier à la disposition des pèlerins de passage.



Une première pratique d'une serrure à code :

            Après mon installation au gîte, comme d'habitude j'ai décidé d’aller faire un tour à la rue principale ; cette zone est à mon sens le centre du village. J'ai appliqué la procédure pour le cas où un autre pèlerin aurait programmé de faire halte à Chârost : fermer le local au premier, remettre la clé au bon endroit au pied de l'escalier, et ouvrir la vieille porte en bois qui, après vérification, se referme toute seule, serrure enclenchée – par précaution j'ai pris soin d'avoir sur moi le code d'accès, la mémoire peut jouer parfois des tours, et, pour employer une expression créole, je ne pouvais pas prendre le risque de « m'enfermer dehors ». La porte étant très vieille, je ne savais pas vraiment si la serrure s'enclenchait automatiquement, j'ai dû vérifier en tournant la poignée en plusieurs fois pour savoir si elle était bien verrouillée. J'ai eu deux autres pratiques de serrure à code sur mon chemin, et toutes les deux ne furent pas totalement concluantes au premier essai : au gîte municipal de Saint-Léonard-de-Noblat, 16e étape, et au gîte municipal de Bazas, la 28e, mais à la différence que dans ces deux derniers cas, je n'étais plus tout seul.

            Après avoir reparcouru la rue des Fossés, j'ai vu un homme qui se baladait dans les environs de la mairie, je suis allé lui demander s'il n'y avait pas une permanence sur place. Je voulais savoir si des arrivées de pèlerins au gîte pour la journée avaient été enregistrées. C'était un samedi et la mairie était bel et bien fermée. Je suis alors remonté à la rue principale ; j'ai repéré la boulangerie, et, en passant, j'ai vu l'enseigne d'un bar de l'autre côté de la rue. Je suis allé y faire un tour, mais sans rien attendre de plus qu'une bière – j'avais mon ravitaillement puisque mon guide le conseillait vivement pour Chârost. 

            Au retour, en milieu d'après-midi, je n'ai pas rencontré la moindre personne dans la rue, mais la surprise est que j'ai dû me reprendre à deux fois pour ouvrir la porte, un peu comme si je manquais de coordination entre l'enregistrement du code et la pression sur la poignée de la porte. Si bien que le soir, en sortant à nouveau du gîte pour aller manger au centre-ville, j'ai mis en place un autre dispositif : je n'ai pas vraiment fermé la porte, je l'ai simplement poussée, j'ai coincé une toute petite pierre entre les deux battants, après m'être assuré que de la rue un passant ne pouvait pas voir qu'elle n'était pas complètement fermée, et j'ai bien repoussé la porte en fer qui donne sur cette rue. Avec une petite appréhension au retour, en tout début de nuit, vite effacée quand j'ai vu que tout était en place, qu'il n'y avait donc eu aucune intrusion… et aucune autre arrivée de pèlerin. J'étais dans mon royaume ! Cela m'a fait penser au gîte de Brécy, mais ici cet hébergement municipal est de meilleure qualité.



Un bar-restaurant à Chârost :

            À ma première entrée dans la salle, à mon arrivée au village et après la douche, deux clients discutaient au bar devant leurs verres ; un autre, non loin, à une table, calé derrière sa bouteille de rosé, participait aussi aux échanges ; et de l'autre côté du bar une femme d'origine asiatique intervenait de temps à autre avec ses clients tout en faisant son travail. Je n'avais pas encore dit un mot qu'elle avait engagé la conversation : vous êtes un pèlerin ; je vous ai vu passer tout à l'heure, me dit-elle ; je visitais un peu le coin, lui ai-je répondu. Et j'ai ajouté, pour en venir à l'essentiel : Une bière s'il vous plaît, et un sandwich si possible. Il n'a pas fallu davantage pour qu'une longue conversation s'engage – j'avais commis un impair au départ quand je lui ai demandé si elle était d'origine vietnamienne. Elle avait un léger accent, mais parlait bien le français. Je suis cambodgienne, m'a-t-elle dit aussitôt, d'un air un peu pincé, tout en articulant bien ; puis, prenant son temps pour s'expliquer : j'ai quitté mon pays à l'âge de 15 ans pour fuir la guerre ; j'ai refait ma vie en France, ma famille y réside, et depuis quelque temps je m'occupe ici. C'était une gaffe ; je sais bien que ces deux pays voisins de la péninsule indochinoise que sont le Cambodge et le Vietnam n'ont jamais eu de très bonnes relations. Mais elle ne m'en a pas tenu rigueur, elle s'est tout de suite intéressée à ma qualité de Réunionnais quand je lui ai présenté les différentes composantes du métissage de la population de l'île venant des quatre coins du globe, et ce dès le début du peuplement de cette île – le Réunionnais est un métis. La conversation se faisait à voix haute, et même le pilier de bar prenait naturellement sa part, et surtout voulait comprendre ce qui m'avait poussé à faire le chemin de Compostelle.

            La patronne de l'établissement m'a vite convaincu qu'elle avait l'habitude de se mettre facilement au service des pèlerins. Elle entendait être concrète, efficace : votre sandwich, vous le voulez à quoi ? Et ce soir vous voulez manger quoi ? Et de me proposer 2 à 3 préparations possibles pour elle ! Charmante, accueillante, vraiment intéressante ! Un peu plus tard, elle a pris une enveloppe épinglée au-dessus du bar pour me raconter, sans entrer dans les détails, l'histoire d'une pèlerine passée chez elle – et qui vraisemblablement avait peu de moyens, et qui lui a laissé un dessin, fait pendant le repas qui lui a été servi.

            En sortant de ce bar, dans le milieu de l'après-midi, j'étais vraiment content, tout se déroulait bien : physiquement je n'avais plus de problème ; je savais qu'un bon repas était prévu pour le soir, et aussi un petit déjeuner tôt avant le départ, le lendemain. Tout avait été négocié : j'avais un bon gîte pour moi tout seul – si tant est que je ne trouvasse point d'autres pèlerins au retour du bar-restaurant. Et mieux : toujours dans le Berry, je n'avais pas de connexion à mon portable, la patronne m'a passé son téléphone, et j'ai pu ainsi réserver une place dans une chambre d'hôtes à Neuvy-Pailloux, ma prochaine étape.

            Tout était vraiment au mieux ! J'avais réussi ma première semaine de marche. Et je commençais à me dire qu'il n'y avait pas de raison pour que je n'aille pas jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port, dans les Pyrénées, le terme du « Vézelay ».

jeudi 22 août 2019


Étape 6 : Bourges, ̴20 km : vendredi 22 mai 2 015



Photo : La cathédrale de Bourges : Je suis devant le portail principal qui porte le tympan du « Jugement dernier ».

Résumé de l'étape :

            Je m'étais dit au départ que je ne ferai plus de chemins en pleine campagne si le balisage est correct ; l'étape étant petite, mais un coup d'œil sur mon plan m'a fait comprendre que je ne pouvais pas faire autrement, dans une grande partie du parcours, qu'emprunter des départementales balisées, d'après le guide Lepère. Et, bien entendu, pour finir je comptais utiliser l'ancienne voie romaine pour entrer dans Bourges. Mais j'ai raté un petit chemin herbeux un plus loin que Sainte-Solange et je suis passé par la zone industrielle proche de cette ville, qui n'a bien sûr rien à voir en ce qui concerne l'importance avec celle de Burgos que j'ai toujours contournée sur le Camino Francés. Bien qu'il n'y ait pas de balise, je n'ai eu aucun problème d'orientation, la cathédrale étant sur une hauteur à l'approche du final.

            Mon hébergement est un vieil hôtel, un bon point d'appui au départ de la visite du centre-ville. Bourges mérite largement un deuxième passage dans l'avenir.

Se préparer à partir :

            Il y en a pour qui la préparation avant se lancer sur le chemin de bon matin ne pose aucun problème : ils sautent du lit, ramassent à la va-vite leurs affaires et les fourrent dans le sac-à-dos, font un passage ultra rapide à la salle de bains, enfilent leurs chaussures et quittent le gîte sans se poser des questions. Pour moi, c’est tout autre chose : je dois recomposer mon sac après avoir remis ma tenue de marche, ranger dans un sac plastique bien refermé mes vêtements de séjour en fin d’étape, idem pour ce j’aurais lavé la veille, masser soigneusement mes pieds à l’arnica, remplir mes gourdes d’eau pour le trajet, et aussi manger un petit biscuit s’il n’y a pas de bar-restaurant ouvert assez tôt dans le coin pour prendre un petit déjeuner – au départ de cette étape de Bourges, tôt le matin, je savais que je pouvais compter sur celui de Claudette. Le pèlerin réunionnais n’a pas de base arrière à rejoindre en cas de problèmes matériels, même s’il peut avoir un petit point d’appui en France métropolitaine. Avec son sac, il doit tenir un peu plus d’un mois avant le retour dans son île, en organisant une rotation entre les vêtements de marche et ceux pour le gîte – la tenue de voyage est gardée soigneusement au propre pour le retour à la maison, en train et en avion.  Et chaque groupe étant toujours composé d’un pantacourt, d’un T-Shirt et une polaire, toujours en dry (sans oublier chaussettes et sous-vêtements). La gestion du sac-à-dos est un ré-apprentissage important pendant les étapes d’un Compostelle. De toutes façons, quel que soit le système retenu, et quelle que soit l’apparence extérieure, le pèlerin est toujours respecté, parce que tous savent que les différents efforts déployés pour réussir pleinement un projet sont importants et constants. Le pèlerinage, au-delà de l’aspect purement intérieur et/ou religieux, est bien un reformatage général du marcheur.

            Mais avant de partir, il fallait faire la toilette au rez-de-chaussée, remonter à l’étage et s’équiper pour quitter ce refuge de Brécy. Avec ouvertures et fermetures à clé d’un certain nombre de portes. Et en s’assurant que tout a été correctement remis en place avant d’aller au café de Claudette, parce qu’au rez-de-chaussée, il y a divers matériels et équipements à garder en sécurité. Le pèlerin de passage ici a une responsabilité particulière.

Une étape toute simple, mais un raté sur le parcours :

            Après un bon petit déjeuner « Chez Claudette », à qui j’ai remis les clefs du refuge, je n'avais qu'à tourner à gauche en sortant du bar-restaurant, et à prendre la D 52 direction Sainte-Solange. Un parcours facile, sous le soleil, comme pour toute l'étape d'ailleurs ! Les points de repère annoncés dans le livre guide sont bien sur le chemin. Et c'est dans Sainte-Solange que j'ai eu une bonne connexion pour mon téléphone, l'occasion de faire une réservation non seulement pour Bourges, un petit hôtel dont les coordonnées sont dans mon guide, d'un prix acceptable, mais aussi pour Chârost, l'étape suivante. À noter que pour cette dernière, l'employée de la mairie m'a même donné au téléphone l'adresse et le code de la porte d'entrée du gîte municipal. De ce côté-là, tout était réglé. Il ne me restait plus qu'à rallier bien plus loin l'ancienne voie romaine et entrer dans Bourges. Mais j'ai raté le balisage dans les environs d'un petit fleuve, le Colin, j'ai alors poursuivi sur la départementale jusqu'à Saint-Germain-du-Puy, ce qui fait que je ne suis pas passé par cette ancienne voie romaine et que je suis allé plus directement à Bourges.
(

            J'ai été alors obligé de reprendre la N 151, avec la satisfaction de voir que dans cette portion il y a des allées assez bien protégées de la circulation, ce qui fait que j'ai débouché rapidement dans la zone commerciale de cette grande ville d'où la cathédrale est déjà bien visible, dominant même la campagne berrichonne.
Il ne me restait plus qu'à plonger dans la zone urbaine et à remonter vers le centre-ville, sans avoir vu la moindre balise, bien entendu, vu le raté précédent. Et ce fut encore une journée où je n'ai pas rencontré un seul « sac-à-dos » – ce qui ne me préoccupait pas vraiment : marcher avec soi-même est aussi apaisant ! Quoiqu’il soit appréciable aussi de temps à autre de cheminer avec ceux qui ont l’art de faire rire en toutes circonstances - voir ci-dessous Georges Rivière, à droite de la photo, sur la voie du Puy en octobre 2 012.

La cathédrale Saint-Etienne de Bourges :

            Je suis donc arrivé par la rue qui débouche sur l'arrière de la cathédrale (voir photo), et j'ai été tout de suite impressionné par l'immense navire de pierre qui se détache des alentours. J'ai donc contourné cet édifice, pour mieux me rendre compte de la grandeur de la place qui l'entoure.

            Face à l’entrée principale, j'ai été frappé tout de suite par les cinq portails, chacun ayant un tympan, le plus important, au centre, étant celui du Jugement dernier. J'ai pris un certain plaisir à me placer aussi sous les petits portails.


            Je ne suis pas entré tout de suite dans cet édifice, je réservais la visite intérieure pour la 2e partie de l'après-midi, il fallait avant tout que je me rende à mon hôtel, bien situé sur le plan de mon guide.

            En quittant la place de la cathédrale par le côté sud, je suis tombé sur l’office du tourisme de la ville (voir photo, et photo), et j'ai préféré y entrer de façon à avoir des repères précis. C'était aussi l'occasion de prendre rapidement quelques photos de la place où se trouvent plusieurs points de restauration. L'accueil à l’office est très sympathique, et une employée m'a remis une carte détaillée en pointant le cheminement le plus rapide pour rejoindre mon hébergement. Il n'y avait qu'à descendre une rue et tout à fait en bas à tourner à gauche – j'ai vu dans le quartier d'autres hôtels mais de catégories bien supérieures.

Un vieil mais sympathique établissement :

            Mon point d’appui pour cette étape est un vieil établissement : la clientèle que j'ai découverte en arrivant sur la partie terrasse – une occupation partielle du trottoir – n'était pas du tout du même genre que celle des autres endroits du quartier. Je l'ai perçue à mon entrée comme disons plus populaire. Il y avait encore des gens qui mangeaient à l'intérieur de la salle. La dame qui m'a accueilli est très gentille, c’est elle qui prend l’initiative des premiers contacts ; elle n'a pas tardé à m'emmener à ma chambre, à l'étage, et à me montrer en passant le WC dans l'escalier – un peu plus tard, j’ai pu m'imaginer les difficultés que pourraient avoir des clients de fortes corpulences à manœuvrer dans un si petit espace en cas d’urgence intestinal. Et aussi la douche sur le palier, un point que mon guide annonce dans sa présentation des gîtes à Bourges. Je n'ai jamais vu ce type de douche : tout se passe dans un gros cylindre surélevé au milieu d'une petite pièce, d'où l'importance de refermer correctement la petite entrée avant de commencer à manoeuvrer.

            Mais tout est opérationnel, y compris le petit lavabo dans la chambre, à condition de ne pas ouvrir trop grand le robinet qui lui est vraiment d'un autre âge. J'ai trouvé rapidement le sommeil sur le petit lit, quoique j'aie remarqué au premier contact que le matelas n'est pas souvent retourné parce qu'il penche d'un côté. Je n'ai pas été dérangé dans mon sommeil, la fenêtre isole parfaitement la chambre des bruits de la rue. Tout est bien propre ; les différentes couches de peinture appliquées se voient bien sur les boiseries. Cette chambre a dû voir passer pas mal de générations de voyageurs et de pèlerins.

            Avant d'aller faire la visite de la ville, j'ai pu manger un sandwich sur place ; mais la dame, prévenante, m'a précisé qu'il n'y a pas de restauration le soir, avant d'ajouter : je pourrais quand même vous servir qu'un petit quelque chose de chaud comme des lasagnes, par exemple, et une part de gâteau. Je lui ai tout de suite dit que cela me convenait parfaitement. Et c'est ce que j'ai mangé avec plaisir au retour de ma courte visite de la ville.

Une petite visite au centre-ville :

            J'ai vu beaucoup de touristes à la cathédrale – Bourges est célèbre aussi par son festival annuel de musique –, mais il n'y en avait pas de vraiment plongés dans la prière, eussent-ils suffisamment de temps à leur disposition… Ce jour-là, parmi tous ces gens, je ne crois pas qu'il y ait eu beaucoup de Berruyers. Il est vrai que ce n'était pas une période de grandes cérémonies religieuses... et il appartient à chacun de choisir ses moments de prière, et à d'autres d'établir à leur façon leurs relations avec Dieu.

            Mais pendant la visite de ce lieu prestigieux se dégage un sentiment de force et même temps de tranquillité, et aussi l'impression que le temps ici ne compte pas. La réalité fait que, même en regardant le portail principal et le tympan du « Jugement dernier » (voir photo), qui se retrouve aussi à la cathédrale de Conques sur la voie du Puy-en-Velay, les préoccupations essentielles sont d'un autre ordre. Il y a tout lieu de croire que peu de visiteurs prennent en considération ce qu'annonce la Bible à ce sujet : la résurrection des morts précédera le Jugement dernier de Dieu ; ceux qui ont fait le bien ressusciteront pour la vie, et ceux qui ont fait le mal seront dans la damnation éternelle. Et, pourtant, la beauté, la grandeur et la richesse de cet ensemble architecturale assurent à tous un accueil grandiose dans cette maison qui éveille au minimum l'existence d'un esprit créateur supérieur (voir photo, photo, photo et photo).

            En sortant de la cathédrale, j'ai vu le petit train assurant les visites (voir photo) – c'est un excellent moyen pour une première approche de la découverte d'une ville chargée d'histoire, mais je n'avais pas beaucoup de temps à ma disposition ce vendredi 22 mai 2 015. Je me suis rendu compte aussi que dans tout le quartier le regard ne quitte pas longtemps la cathédrale (voir photo).

            Je pensais avoir un wi-fi de qualité à l'office du tourisme, mais tel ne fut pas le cas ; alors qu'il serait si simple de laisser automatiquement se connecter tous ceux qui franchissent la porte, malheureusement, comme dans beaucoup de lieux publics, il faut avancer des données personnelles dans plusieurs fenêtres sur son portable, parce que c'est un site qui prend en charge les visiteurs, et que sans doute établir des statistiques à partir des listes de contacts passe avant la hauteur de la connexion et l’immédiateté dans l'utilisation de l'outil.

            Je suis allé vérifier comment sortir de la ville pour l'étape suivante, le Lepère indique clairement les rues à suivre, mais les balises sont quelque peu espacées sur certains tronçons et ne collent pas exactement aux préconisations à certains carrefours. Mais l'essentiel a été fait !