jeudi 5 mars 2020


Étape 31 : de Roquefort-de-Marsan à Mont-de-Marsan : 28 km.

Photo : J'arrive au gîte de Mont-de-Marsan.

Résumé de l'étape :

            Dans cette étape, nous étions le plus souvent en forêt, il n'y a pas beaucoup de zone de culture. Le chemin dans la première moitié est peu décalé par rapport à la D 932, il ne fait pas de grands détours dans la campagne ; il s'en écarte davantage dans la 2e moitié, mais dans l'ensemble il file pratiquement tout droit jusqu'aux environs de Bougue. Il retrouve alors l'ancienne ligne de chemin de fer qui a été transformée en voie verte, piste cyclable, qui emmène les marcheurs directement à Mont-de-Marsan.

            Mont-de-Marsan est la dernière très grande ville que traverse le chemin avant Saint-Jean-Pied-Port. Mais nous n'avons pas pu la visiter : après cette longue étape, nous avons dû attendre 18 h au gîte de l'association locale pour qu'une responsable vienne ouvrir un autre dortoir, celui qui a été ouvert à son premier passage a été vite occupé. Il y a eu des pèlerins dans cette étape, et si nous ne les avons pas vus jusqu'ici, c'est vraisemblablement parce qu'ils avançaient dans un autre découpage sur cette voie de Vézelay.

Le déroulement de l'étape :

            Au départ de Roquefort, comme hier, une petite pluie fine nous attendait, et nous avons dû sortir le poncho. Nous avons repris le balisage à l'église ; après la petite bosse, le chemin descend vers le pont gothique sur La Douze.

            Plus loin, nous avons retrouvé la forêt de pins et nous sommes passés par deux petits villages, Bostens et Gaillères, en suivant la même petite route départementale. Nous avons ensuite quitté les bois et retrouvé des zones de culture – et encore une mauvaise utilisation de la balise européenne : la direction indiquée par les rayons de la coquille est en contradiction avec la partie fléchée jaune (voir photo).

            À l'approche de Bougue, la pluie avait légèrement repris et nous avons découvert sur le bord de la route, à l’entrée du village, un ancien lavoir bien reconstitué. C'est un abri qui tombait bien. Alain a sorti de son sac ses pâtes, et Cor et moi avions proposé du fromage, des fruits et des petits gâteaux secs. Il y a des petits murs pour s'asseoir, et nous avons pris notre temps pour nous sustenter convenablement, bien des kilomètres nous attendaient encore avant de rejoindre Mont-de-Marsan.

            En partant de « notre restaurant », la pluie s'est mise à tomber un peu plus fort, et j'ai dû sortir un petit sac de plastique pour protéger mon téléphone, tout en le gardant à la ceinture. Lorsque nous avons pris la montée tout de suite après le village, une grosse averse nous est tombée dessus et j'ai dû actionner complètement la fermeture Éclair de mon poncho pour garantir au mieux mes affaires. Elle n'a pas duré ; mais nous avons dû sortir et rentrer nos équipements de pluie en plusieurs fois avant l'arrivée.

            Nous avons ensuite pris l'ancienne ligne de chemin de fer, qui est aménagée en voie verte, avec des bancs dans des zones de repos, et qui est aussi une piste cyclable. Cependant, nous n'avons pas vu beaucoup de cyclistes.

            C'est presque à la fin de cette piste que nous avons rencontré des femmes qui entamaient gaillardement leur marche, et c'est avec plaisir que nous avons un peu échangé, sans oublier de saluer leur courage : il faut être vraiment des habituées pour se lancer sur une piste en fin d'après-midi par un temps plus que maussade. À proximité d'une grande agglomération comme Mont-de-Marsan, avoir une belle piste sécurisée pour faire un peu d'exercices est une chance ; et, par beau temps, en week-end, il doit y avoir une foule de Citadins dans cet espace réservé au sport et à la détente.

            Nous sommes entrés ensuite dans l'agglomération, et après avoir passé par des feux tricolores de circulation - le balisage est bon dans la ville – nous sommes parvenus à notre gîte. Nous avons eu quelques hésitations à trouver l'entrée parce qu'il y avait des réparations à l'intersection où se trouve cet hébergement de l'association locale des amis de Saint-Jacques.



Une petite inquiétude pour la gîte :

            C'est la première fois, du temps où je marchais seul ou plus récemment dans le groupe d'Alain, que je découvrais en arrivant un hébergement déjà fort bien occupé. Renseignements pris auprès des pèlerins déjà installés, la dame responsable devait repasser vers les 18 heures pour éventuellement ouvrir un autre dortoir. Il ne nous restait plus qu'à l'attendre dans la salle d'accueil.

            C'est aussi la première fois sur cette voie de Vézelay que j'ai découvert un radiateur spécialement conçu pour sécher les chaussures. Il y avait encore une petite place disponible, je pouvais donc caser les miennes. Et de plus, il y avait aussi tout à côté suffisamment des restes de vieux journaux pour les bourrer, de façon à accélérer encore le séchage, le papier absorbant l'humidité. Je n'avais que cela à faire ; et j'ai tué encore le temps en jetant un œil sur toute la bonne documentation présente sur la table ou affichée au mur.

            Elle est arrivée exactement à 18 h, et il n'y a eu aucun problème ; elle a ouvert un dortoir pour Alain et moi ; Cor et Bertrand avaient réussi à se caser dans une autre salle.

            Nous étions donc dans une assez grande pièce où il y a deux lits, deux douches et une petite salle d'eau. Deux Hollandaises sont arrivées ensuite, et la dame a ouvert une autre petite salle-dortoir contiguë à la nôtre pour ces deux dernières. Après les formalités d'usage, elle nous a donné une information importante : non loin du gîte un restaurant présente aussi un menu pèlerin sur sa carte, la présentation de la credencial étant obligatoire. Tout finit par s'arranger !



Le corps et l'esprit :

            Il n'est pas surprenant d'entendre parfois cette affirmation quelque peu péremptoire : c'est l'esprit qui commande le corps. Au-delà de la question de la suprématie, le plus simple est de considérer les interactions entre ces deux entités, qui marchent ensemble, et de considérer plus la gestion de ces interactions. Aujourd'hui, j'ai encore souffert d'une tendinite au talon, mon esprit me disait que je n'avais pas à m'en préoccuper, je n'ai donc rien pris pour calmer cette petite douleur. Je l'ai oubliée, mon corps l'a éliminée, et elle a fini par m'oublier aussi. À l'arrivée, je me suis rendu compte que je ne sentais plus rien à ce niveau. C'est réconfortant de voir comment le corps, dans l'effort, récupère et se régénère même d'une certaine façon. Que cela dure ! La santé est dans le mouvement.

            Mais aussi dans l'alimentation !  J'ai observé une fois de plus mon ami Cor, il mange tout le temps. J'ai déjà constaté que dans les 5 derniers kilomètres une orange rebooste la machine ; je peux même dire que l'effet est pratiquement immédiat. Mais souvent, même lorsque j'y pensais, je n'avais pas envie de descendre mon sac, je me disais que je pouvais encore tenir. L'erreur est là ! Il faut s'alimenter régulièrement, parce que la dépense est constante, longue. Et c'est là que l'esprit commande. Plus d'une fois, j'ai vu Cor distribuer tout en marchant ce qu'il mangeait : un petit morceau de fromage, une petite part d'orange ou de pomme, une pastille, un bout de chocolat, etc. Tout le monde, dans la vie de tous les jours, ne mange pas ceci ou cela, à raison ou à tort, mais j'ai compris que sur le chemin, il faut s'appliquer à manger de tout, même en dehors des habitudes – il y a bien sûr des exceptions précises – parce que le corps en a besoin. Et, bien entendu, il faut penser à boire régulièrement de l'eau. J'ai rencontré des pèlerines qui oubliaient de le faire, et quand la déshydratation est bien avancée, il n'est pas facile de récupérer la forme. L'eau, c'est la vie !



Un petit tour en ville :

            Je ne pouvais pas ne pas faire un petit tour en ville. Comme je suis parti les mains dans les poches, sans plan, bien que je sois sûr de pouvoir m'appuyer le cas échéant sur mon portable, à condition qu'il y ait du réseau Internet. Aussi je me suis appliqué à bien caler dans ma tête les noms des rues, et le petit circuit que je comptais faire au coup d'œil. Vu l'heure tardive, il n'était pas question de faire de grandes visites, et dans mon petit circuit, j'ai rencontré les deux autres du groupe à la terrasse d'un bar. Mais je devais rentrer parce que j'avais à faire un petit travail un peu délicat sur mon téléphone : réserver et payer mon billet de train de Saint-Jean-Pied-de-Port à Paris, gare Montparnasse. Parce que j'étais à peu près sûr de tenir mon découpage jusqu'au bout, et que je ne devais pas rater mon avion pour le retour à la Réunion le lendemain de mon arrivée à Paris – rater son avion peut entraîner un supplément de 250 € pour retrouver au plus vite une place dans un autre avion de la même compagnie.



Un bon restaurant pèlerin :

            Le soir, nous nous sommes retrouvés sur la même table au restaurant pèlerin, le serveur ne nous a pas demandé de credencial pour avoir droit au menu pèlerin – il est vrai que cela se voyait au premier coup d'oeil. Nous étions quatre : Alain, Cor, Bertrand et moi. Une bonne petite table, un bon petit groupe, un bon moment. Bertrand nous a offert 2 bouteilles de vin (voir photo), et il n'y a pas eu de refus – le vin est le sang du pèlerin ! Pour 11,50 €, j'ai bien mangé. Ah, si à chaque arrivée d'étape, il pouvait y avoir un tel restaurant pour apaiser la faim des marcheurs !

            Au retour, nous étions bien calés, et il n'y avait pas de doute pour moi, tout le monde devait passer une bonne nuit – il est vrai que l'étape du lendemain, Saint-Sever, devait être plus que reposante avec ses 19-20 kilomètres seulement. Quoiqu'il faille se méfier des petites étapes...

lundi 2 mars 2020


Étape 30 : de Captieux à Roquefort-de-Marsan : 29 km.


Photo : L'église Notre Dame-de-l'Assomption à Roquefort-de-Marsan, vue du « Café de la Paix », sur l'autre rive de la Douze.

Résumé de l'étape :

            C'est une longue étape, sous un beau temps bien que le départ à Captieux fût quelque peu maussade.

            Elle se déploie dans les pins, voire des chênes ; le chemin est bien inséré dans un cadre de verdure où le travail d'exploitation de ce capital se voit bien – la région entretient et vit de ce patrimoine qu'est la forêt des Landes.

            Je suis donc passé dans le département des Landes où le balisage d'une association landaise est à peu près correct, irréprochable même sur l'ancienne ligne de chemin de fer, mais avec des imperfections voire des contradictions quant à l'utilisation des flèches accompagnant les balises européennes en fin de parcours. Il se confirme sur le terrain que le balisage européen doit être directionnel, et présenté comme tel.

            L'église Notre-Dame-de-l'Assomption, qui domine le cours d'eau La Douze, se regarde toujours comme une fortification du temps des guerres de religion ; le fait d'être agrémentée aujourd'hui d'un petit jardin bien entretenu adoucit le regard - il y aurait aussi un refuge, mais nous avons choisi celui de l'association landaise des amis de Saint-Jacques dont les clés sont habituellement déposées au « Café de la Paix ».

            Un passage inoubliable : j'y ai revu la responsable de Captieux, la Hollandaise, qui nous a accueillis de fort belle façon – elle m'a épelé son nom, mais je me demande si ce n'est pas son prénom. Nous n'étions pas nombreux, mais quelle ambiance au dîner !

Le déroulement de l'étape :

            Au départ de Captieux, nous avons pris la rue de l'église, et, à l'intersection de la N 524, la direction Maillas ; ce qui m'intriguait, c'est que je ne voyais aucune balise. Il a fallu attendre, après 700 m environ, la reprise de l'ancienne voie ferrée pour que tout rentre dans l'ordre, dans ma tête du moins ! Nous étions bien dans la continuation de l'étape de la veille.

            À partir de là, c'est le balisage de la société landaise des Amis de Saint-Jacques, coquille jaune sur fond bleu, qui s'impose, et c'est bien fait ! C'était reposant, du moins comme hier dans un premier temps.

            Après un carrefour et la reprise de la piste, je sentais que les petites pierres guettaient l'occasion d'entrer dans mes chaussures. Je crois qu'au prochain chemin, je tâcherai de limiter ces petits ennuis en portant des guêtres ou autre chose de plus simple mais remplissant la même fonction, et ce d'autant que je n'aime pas utiliser des chaussures hautes parce que plus lourdes ; jusqu’ici, je les considérais comme des accessoires inutiles, décoratifs, mais les pistes sablonneuses dans les pins m'ont fait changer d'avis.

            Le chemin longe de petites propriétés privées, franchit de petits cours d'eau, et se glisse même sous l'autoroute un peu plus loin. Nous avons retrouvé aussi des départementales, la D 224 nous a menés au village de Bourriot-Bergonce où nous avons fait une pause déjeuner.

            Mais c'était pour reprendre le tracé de l'ancienne ligne de chemin de fer. Nous sommes ensuite arrivés, en pleine forêt, à un carrefour important, bien signalé : à droite pour les pèlerins qui veulent aller à Retjons, qui est aussi un point d'étape ; et à gauche ceux qui veulent visiter la chapelle de Lugaut.

            Je me suis rapproché de cette chapelle ; elle est placée dans un beau cadre de verdure, et je me suis assis sur un banc pour attendre Cor qui, lui, tenait à visiter cette chapelle. Je la voyais vraiment quelconque, mais je peux dire que j'ai raté un site important : sur les murs de son clocher les visiteurs peuvent admirer un ensemble exceptionnel de fresques du XIIIe siècle représentant des scènes religieuses de l'Annonciation, de la Visitation et de la Résurrection. Ce qui explique pourquoi Alain et moi avions dû attendre un bon moment avant que notre ami Cor ne termine sa visite. La leçon à retenir : mieux se documenter dans le livre guide avant de se lancer dans l'étape du jour.

            Nous avons continué tout droit, sur le ballast de l'ancienne voie ferrée, l'arrivée était encore à 10 km.

Dans cette petite ville de Roquefort, après la principale intersection de rues, instinctivement nous avons continué à suivre le balisage en empruntant une montante à côté de l'église. Un homme est venu vers nous et s'est présenté comme un responsable de la municipalité. Il nous a indiqué la direction à prendre pour trouver le refuge de l'association des Amis Landais de Saint-Jacques.

            Comme d'habitude, Alain et Cor décidèrent de rester dans les environs, mais j'ai préféré aller m'installer dans l'hébergement retenu en commun. J'ai pris un peu plus loin une petite rue, ne le trouvant pas tout de suite, je suis entré dans une cour pensant y être arrivé. Mais le propriétaire des lieux, quelque peu surpris par cette intrusion, m'indiqua qu'il fallait poursuivre un peu plus loin dans cette même ruelle. Après avoir présenté mes excuses, j'ai continué à marcher dans la direction indiquée, et je suis arrivé à une porte encastrée dans un mur, et en l'ouvrant je suis tombé sur un escalier abrupt qui démarre auprès d'un petit banc – c'est là qu'il faut enlever ses chaussures de marche et mettre ses savates avant de monter un escalier parfaitement ciré menant au gîte. C'est à peu près la même adaptation que j'ai vue à Saint-Ferme : un local à l'étage d'un bâtiment (ici une école) a été transformé en hébergement pour les pèlerins, et il a bien fallu construire un accès extérieur à ce bâtiment d'origine, d'où cet escalier pentu.


Le gîte de la société landaise des Amis de Saint-Jacques :

            J'ai été accueilli par la même Hollandaise du gîte de la veille, à Captieux – elle assure donc la responsabilité des deux gîtes de l'association. Elle s'appelle Hennieu, je lui ai demandé d'épeler son nom ; me semble-t-il, c'est son prénom qu'elle m'a donné, les pèlerins n'utilisent que leur prénom sur le chemin.

            Je n'étais pas encore tout à fait installé quand est arrivé le pèlerin de Bazas que j'ai revu à Captieux. Il se prénomme Bernard, le 2e Bernard que j'ai rencontré sur cette voie de Vézelay ; et Alain et Cor n'ont pas tardé. Bernard a pris un lit en face du mien, heureusement un peu décalé, car il a ronflé une bonne partie de la nuit.

La découverte de la ville :

            Mes effets bien rangés, sur et autour de mon lit, et n'ayant pas de lessive à faire, je suis allé sans tarder visiter la ville.

            Un passage à l'église s'imposait, les fortifications au temps des guerres de religion se devinent encore ; cet édifice domine les alentours, bien campé sur la rive droite de La Douze. Le petit espace jardin autour de l'église est bien entretenu.

            J'ai traversé ensuite le pont sur La Douze pour me rendre au « Café de la Paix », sur l'autre rive du cours d'eau, là où en principe les clés du refuge sont déposées – mais ce n'était pas le cas pour nous aujourd'hui puisque Hennieu nous avait accueillis directement au local.

            Une petite ville calme, reposante, où il n'y a pas beaucoup de circulation.

Alain est arrivé ensuite, et nous avons goûté un petit vin de la région, vanté par le serveur – pas mal, bien fruité.

            Je suis ensuite passé dans une petite supérette non loin de l'église pour effectuer les achats classiques de l'étape du lendemain.

            Une autre surprise à mon retour au gîte fut de découvrir que Sebastien, le pèlerin un peu en dehors des normes (voir étapes précédentes), si tant est qu'il soit possible de parler de norme, était avec nous pour ce soir. En super forme ! Parfaitement à l'aise – il y a tout lieu de croire qu'il ait bénéficié d'un geste particulier de solidarité de la part d'Hennieu ; et quoi de plus naturel entre pèlerins !

            J'ai eu alors l'occasion de discuter un peu plus largement avec lui. Il a travaillé dans le tourisme, dans l'hôtellerie, mais sans qu'il s'étende sur les raisons qui l'ont poussé à quitter ce secteur. Il m'a dit qu'il traversait une période de quête, de recherche personnelle. Il reste optimiste sur l'avenir. À table, sur tous les sujets, il intervenait avec sérieux, donnant clairement son point de vue. C'était loin d'être le plus réservé ! Je ne l'ai plus revu dans les 7 dernières étapes jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port



Une belle ambiance au dîner d'Hennieu :

            Hennieu nous avait préparé un vrai repas, ce qui nous a évité de passer aux travaux de cuisine ; et les meilleures volontés se sont instinctivement attelées ensuite à la vaisselle.

            Il y a eu d'abord un apéritif, au moment du passage du président de l'Association locale des Amis de Saint-Jacques. Que les présidents des associations locales n'hésitent pas à se déplacer afin de discuter avec les pèlerins de passage, ne fût-ce que pour rehausser le niveau de l'accueil du jour !

Un homme très ouvert, très gentil ; nous avons discuté des insuffisances du balisage, et il a admis qu'il était difficile de coordonner avec la Fédération Française de Randonnées et aussi, il nous l'a bien confirmé, entre les associations jacquaires pour une uniformisation de tout ce travail de balisage. C'est un réaliste ; nous progressons, nous a-t-il souvent répété.

            Le dîner fut des plus agréables ; il y a eu des discussions de qualité, sur bien des sujets.

vendredi 28 février 2020


Étape 29 : de Bazas à Captieux : 20,6 km


Photo : L'église de Captieux



Résumé de l'étape :


            Captieuse est une commune du Sud-Ouest de la France, dans la Gironde, à proximité des Landes et du Lot-et-Garonne. Son nom d'origine latine signifie selon le Lepère « tête de la forêt », en raison de son implantation dans cette région.


            Deux éléments importants dans le déroulé de cette étape : le chemin suit une ancienne ligne de chemin de fer, une belle ligne droite dans une région richement boisée ; une prise de contact avec la grande forêt de pins a été marquée par l'obligation de faire un repérage à la boussole pour retrouver le balisage dans la dernière partie de cette étape, et pouvoir rentrer à Captieux par la D 114.


Le déroulement de l'étape :

            De bon matin, à Bazas, nous avons préparé notre petit déjeuner, en piochant aussi dans les provisions à la disposition des pèlerins dans la cuisine du gîte (thé, café, biscuit, sucre). Alain comme d'habitude a préparé ses pâtes pour la route. – Il a eu la gentillesse de m'associer à ses préparations, pour mon grand plaisir, et ce d'autant qu'il les porte dans son sac. 

En sortant du gîte, la petite pluie de la nuit était encore présente, il a fallu sortir le poncho et une polaire, car il faisait frisquet.

            Deux nouveautés dans cette 29e étape : le chemin emprunte une ancienne ligne de chemin de fer où les rails ont été enlevés, mais où il subsiste encore par-ci par-là des restes presque enfouis de traverses en bois, des petits ponts au-dessus des cours d'eau et surtout des anciennes gares assez bien conservées qui regardent passer non plus les trains mais les marcheurs ; et, dans la 2e moitié, nous nous sommes quelque peu perdus dans les bois.

Une ancienne ligne de chemin de fer : Nous n'avons pas mis beaucoup de temps à sortir de l'agglomération de Bazas, et c'est un chemin herbeux qui nous a conduits à un tracé dans les bois, parfaitement rectiligne et bien balisé selon les normes européennes. Au début, c'est un plaisir que de marcher sur cette piste bien plate et de regarder le point infini par où, par effet de perspective, les deux bords parallèles semblent se rencontrer ; mais cela devient vite lassant, parce que finalement trop monotone. Une large courbe ou une ondulation du terrain aurait été bien accueillie. La fin de cette ligne droite fut même revivifiante.

            Un avantage certain cependant : il n'y a pas de galets, tout est bien plat et net, mais il y a toujours un inconvénient : quand les petits cailloux entrent dans les chaussures, il n'y a pas de grosses pierres pour poser son pied de façon à retirer facilement la chaussure sans avoir à descendre le sac à dos. Il faut donc se baisser jusqu'au sol et dans cette position, vider une chaussure tout en veillant à l'équilibre du sac à dos exerce une forte tension sur les tendons des chevilles. Comme je suis assez sensible de ce côté-là, une douleur est apparue, particulièrement à la cheville gauche, heureusement que le gros orteil du même pied me laissait tranquille ce jour-là. De plus, pour contourner un petit pont de l'ancienne ligne de chemin de fer, il a fallu d'abord passer dans un petit ruisseau et ensuite grimper un véritable mur de boue en vue de reprendre la ligne droite, ce qui a exacerbé cette douleur. J'ai dû me résoudre à prendre 2 arnicas en formule homéopathique, une prise que j'ai renouvelée un peu plus loin. Efficace ! Dans la dernière grande partie du parcours, mes talons ne faisaient plus partie de mes préoccupations, sans doute aussi parce que j'avais une autre priorité : retrouver le chemin, car nous étions perdus dans une forêt de pins.

Une boussole et un plan pour se rattraper : D'abord, il y a eu un raté dans un village à mi-parcours, et un peu plus loin nous avons repris le balisage en nous renseignant auprès des gens rencontrés. Nous avons traversé un petit cours d'eau dans une végétation luxuriante, les fougères remplissent les sous-bois, et ensuite nous sommes rentrés dans une grande et vraie forêt de pins. Tout se passait bien. Puis le balisage a disparu, et un peu plus loin nous avons eu l'impression de tourner en rond, car cette forêt est quadrillée par des petits chemins forestiers. Après avoir orienté au nord mon plan à l'aide de ma boussole, j'ai dit à Alain qu'il fallait privilégier la direction sud-sud-ouest, la direction générale pour rejoindre Captieux. Et nous avons abouti à une petite route départementale toujours en pleine forêt. À ce point, une véritable et pourtant simple question s'est posée : dans cette région plate en pleine forêt où le marcheur ne peut voir que de grands arbres et le ciel, fallait-il prendre à droite ou à gauche pour se rapprocher de l'arrivée ? La carte orientée avec la boussole indique bien que pour retrouver la N 524, et dans le sens qui conduit à Captieux, il faut prendre à droite. Pour moi, c'était imparable, et je n'ai pas cherché à faire une connexion Internet pour le vérifier ; Alain l'a fait sur son téléphone, et il a vérifié ma proposition en marchant tout en suivant le sens déplacement du point donnant notre position sur son écran, ce qui n'est possible qu'à la condition d'orienter aussi au nord le plan affiché sur l'appareil et de ne pas changer d'échelle en pinçant l'écran. Et au bout d'une bonne marche sur cette route forestière, nous nous sommes bien rapprochés de cette nationale, et nous avons pu retrouver le balisage. Sans n’avoir rencontré ni un agent forestier, ni un ouvrier sur un chantier en forêt, ni même un randonneur du dimanche. Ce fut un bon rappel : dimanche est un jour particulier, pour tout, et le pèlerin ne doit jamais l'oublier.



Un petit gîte municipal :

            En ce dimanche, en fin de matinée, la priorité était de faire des courses pour le repas du soir et la journée du lendemain. La petite supérette de l'autre côté de l'église était encore ouverte. Nous avons fait des achats en commun, mais chacun se réservant une part personnelle, y compris Cor qui était déjà sur place avec sa famille – le lendemain, il reprenait le chemin avec nous. C'était fini « les vacances familiales » pour lui !

            La deuxième priorité pour moi, selon mes habitudes, avant d'aller boire un coup au bar juste à côté, c'était d'aller prendre possession de mon lit au gîte.

            C'est une petite maison dans une petite rue derrière l'église, et en y arrivant, j'ai constaté que la porte d'entrée était ouverte, un pèlerin en effet occupait déjà les lieux – il avait même pris sa douche, je n'avais donc pas à attendre mon tour. Ce pèlerin était bien celui que j'avais vu remonter la place du marché à la cathédrale de Bazas ; je l'avais d'ailleurs entrevu à une intersection, il avait pris à droite alors que nous avons continué tout droit en suivant les balises. J'avais pensé qu'il s'était trompé, mais, en fait, il avait coupé au plus court, et ce n'est que dans les jours suivants que je me suis rendu compte de son expérience sur le chemin, de sa cadence de marche. Nous nous sommes juste salués, chacun vaquant à ses occupations. Une autre tâche importante du jour, c'était la lessive puisque dans la petite cour, il y avait des cordes à linge et que les rayons du soleil y entraient encore.

            Avant qu'Alain n'arrivât, des Hollandais avaient débarqué, mais ce n'était pas la petite bande que j'avais vue au gîte de Port-Sainte-Foy. Dans la pièce principale de ce local, la partie dortoir, où chacun range ses affaires et prépare son lit, il y a tout juste de l'espace pour circuler.

            Peu de temps après, alors que j'étais dans la petite cour à retourner mes vêtements sur le fil de façon à les faire sécher rapidement, Sébastien, le jeune que notre groupe a rencontré dans l'étape de Mussidan, et qui fait le chemin à sa façon, est passé en coup de vent. Après qu'il eut jeté un grand coup d'œil circulaire dans le dortoir, et avant qu'il ne m'ait laissé le temps de l'interpeller, il avait déjà quitté le gîte – il n'y avait plus de place à négocier, il devait donc utiliser au mieux son temps à chercher un toit pour la nuit.

            La responsable de l'hébergement est passée en fin d'après-midi pour enregistrer les arrivants et tamponner les credentials (voir photo) – c'est une Hollandaise, qui a fait le chemin de Compostelle, bien entendu, et qui parle parfaitement le français, sans aucun accent. C'est un plaisir de discuter avec elle ! Une femme cultivée, et qui se met naturellement à la disposition des autres.

            Alain et moi avions occupé la petite cuisine à la préparation d'un vrai repas ; le pèlerin de Bazas se contentant de réchauffer un petit quelque chose dans une casserole ; en vue du dîner, nous avons aussi pris position très tôt à la table sur la petite terrasse, et nous l'avons ensuite cédée aux Hollandais, qui eux n'ont pas du tout les compétences d'un Alain en cuisine. À chacun selon ses possibilités, l'essentiel est de réussir son chemin.

            Cor n'a pas mangé avec nous, le camping-car de sa famille était, d'ailleurs, stationné non loin du gîte.

lundi 24 février 2020


Étape 28 : de La Réole à Bazas : 24 km.


Résumé de l'étape :

            En fait, une petite étape, moins de 24 km, vu que nous sommes partis de Pondaurat. Nous nous sommes vite retrouvés à l'entrée de la forêt des Landes de Gascogne, au sud-est de Bordeaux. Contact a donc été pris avec les premières plantations de pins, qui signalent l'approche de cette forêt landaise.

            Une petite étape agréable, les indications du Lepère collaient parfaitement à la réalité du terrain, sauf dans la dernière partie où nous avons dû, par exemple, traverser un champ de boue, et toujours avec même le doute de ne pouvoir assez vite retrouver le bon chemin. Vraisemblablement, c'est un propriétaire qui a dû retirer son agrément au passage dans son champ, et qui l'avait inondé pour pouvoir le travailler plus facilement. Et il a fallu continuer dans la boue, traverser un petit ruisseau, les balises ne sont réapparues que sur l'autre rive. J'étais passablement énervé, car c'était le comble que de patauger dans la boue alors que le temps était au beau, et ce
d'autant que j'avais une sensibilité à mon gros orteil gauche, l'ongle commençait à bleuir, signe de frottements importants et inhabituels et de l'urgence à revoir les lacets des chaussures. Mais la récompense était au bout, avec l'arrivée sur la belle place de la cathédrale Saint Jean-Baptiste, à Bazas, où le marché était encore suffisamment animé malgré l'heure avancée de la matinée.

Le déroulement de l'étape :

            Nicole nous avait préparé un excellent petit déjeuner, et avant de partir elle nous avait conseillés de ne pas rater la visite de l'église de Pondaurat.

            Après avoir descendu la petite colline où se trouve la maison des Jamain, nous avons pris la route principale, et, après 100 m à peine, nous avons descendu la petite entrée qui conduit à l'église Saint-Antoine, qui a été récemment restaurée, et qui d'après Nicole est toujours ouverte. Mais elle était fermée, sans doute, nous étions un peu trop matinaux.

            Et nous avons enchaîné avec le pont médiéval – à la lecture des documents préparatoires à cette étape, je n'avais pas attaché d'importance à ce pont, et je n'ai pas pris de photo, mais j'ai été surpris de découvrir, in situ, le caractère particulier de ce point de passage, qui était au Moyen Âge un péage : les pierres de cette construction sont de couleur dorée, c'est donc un pont doré, d'où, sans doute, l'origine du nom du village Pondaurat. Et cette couleur contraste nettement avec les décors verts des environs du cours d'eau, elle surprend même !

            Nous avons continué sur la D12, direction Savignac, et rencontré le balisage jacquaire européen. Plus loin, nous avons pris une petite route goudronnée, direction Cadillac, tout en suivant les préconisations du Lepère. Après la D12, ce fut la D15 pour entrer à Auros. Et la forêt landaise se fait alors de plus en plus présente.

Nous avons ensuite enfilé de petites routes de campagne, et la D 9 nous a menés à Bazas (voir photo).

Sur la fin de cette étape, nous nous sommes trompés, les préconisations du guide ne collaient plus à la réalité du terrain. C'est ce qui arrive assez souvent, mais le tout est de savoir se rattraper, tout en essayant d'apprécier la balade, et ce d'autant que l'étape n'est pas longue.

La place du Marché à Bazas :

            C'est par une petite rue très pentue bordée de vieilles maisons que je suis arrivé à côté de la cathédrale Saint Jean-Baptiste, et j'ai débouché sur la place du marché (voir photo). Quel contraste ! C'était le jour du marché, et malgré l'heure avancée de la matinée, il y avait encore beaucoup de gens qui circulaient entre les étalages. Sur le côté droit de cette place en légère descente, les terrasses des bars restaurants étaient remplies de clients – il y en avait même qui pour manger devaient attendre le départ de ceux qui finissaient de prendre un verre.

            Alain et moi avions fini par avoir une petite table tout près du parking (voir photo), et nous avons commandé un petit repas simple – sur la petite surface de la table, le serveur a eu des difficultés à caser verres, assiettes et autres ustensiles.

            C'est un magnifique poste d'observation des allées et venues sur cette place, et c'est ainsi que j'ai vu remonter un pèlerin qui, sans doute, avait déjà fait une petite reconnaissance des lieux, et que j'ai revu un peu plus loin dans plusieurs étapes.

            Il y avait une ambiance de quartiers animés de grandes villes. Nous avions pris tout notre temps pour déjeuner, car il nous fallait attendre l'ouverture de l'office de tourisme, à la mairie qui se trouve en face, un passage incontournable pour se faire enregistrer au gîte municipal et obtenir les clés du refuge (voir photo, et photo).

Le gîte municipal, et encore une serrure à code !

            Comme c'est souvent le cas dans ces communes, c'est un grand bâtiment, hier sans doute une maison bourgeoise que la commune a récupérée pour des activités associatives. Et ce fut en quelque sorte ma 3e serrure à code sur cette voie de Vézelay, et, qui comme pour les deux autres ne peut s'empêcher de jouer des tours aux pèlerins.

            À notre premier passage, le digicode ne nous a causé aucun problème. La porte s'ouvre sur un classique couloir, et, au bout, un large escalier donne accès à l'étage. Le petit dortoir est dans une chambre. Et ce fut la première surprise du jour : nous avons dû essayer tous les deux d'ouvrir cette porte avec la clé qui nous a été remise à l'office du tourisme, sans que nous ayons réussi – et si les serrures normales se mettent aussi à tourmenter les pèlerins ? Et nous avons alors découvert sur la porte une affichette qui donne les dispositions à prendre, pour tout un protocole de pressions à exercer sur le battant avant de tourner la clé et d'actionner la poignée de la porte. À deux, la situation était assez comique, mais à se retrouver tout seul devant ces petites difficultés, l'ambiance aurait été d'une tout autre nature.

            Mais le clou de cette journée fut au notre retour du restaurant – c'est vrai que nous avions bien mangé et bien bu, mais, à deux, et chacun à son tour, il est difficile de se tromper en entrant un code à 4 signes. Je riais, à la seule perspective d'aller dénicher un responsable communal un samedi à cette heure, pour peu qu'il en existât un de disponible, pour lui dire qu'il faudrait que la serrure soit fracturée de façon que l’on puisse passer la nuit à l'abri, car il pleuvait par intermittence. Mais je savais bien, étant donné que j'avais déjà une petite expérience dans l'ouverture des vieilles portes en bois portant serrure à digicode que tout est dans un doigté pour que la serrure se déclenche. Ah, s'il faut maintenant prévoir aussi un petit stage d'ouverture de porte de gîtes à digicode dans la préparation des pèlerins !

Un pas de plus dans l'intégration au groupe :

            Alain m'a demandé de préparer ensemble les étapes restantes jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port, Cor étant toujours partie prenante après les deux jours passés en famille : le découpage en 9 étapes, sans dépasser les 30 km, et une réservation commune. Il était important, pour moi, de finir la marche en étant assuré d'être à Paris la veille de mon retour en avion à la Réunion. Nous n'avons pas mis longtemps à nous mettre d'accord, et spécialement à modifier 2 de mes découpages prévus au départ. Mon intégration au groupe devenait plus complète, et le lendemain matin, j'étais partie prenante dans les pâtes préparées par Alain pour la journée.

Un petit dîner en ville :


L'orage menaçait toujours, mais la pluie ne tombait pas fort. Il a fallu se couvrir pour aller dîner.

Nous avons mangé de la bonne viande de bœuf, il est vrai que nous étions sur les terres de la reine des viandes : « La blonde d'Aquitaine ». Cela faisait longtemps que je n'avais pas mangé un bon steak.

Nous étions les premiers arrivés au restaurant, les pèlerins mangent tôt pour gagner du temps la nuit où ils doivent récupérer au mieux de la fatigue de la journée.

Un clochard un peu réconforté...dans mon imaginaire ?

            Je l'avais repéré en allant au restaurant. Il se signalait de loin, et comme il faisait encore jour, les clients du soir étant encore chez eux, cette grande place était pratiquement vide.

En fait, c'était un échange entre deux personnes : d'un côté, un personnel de service à une terrasse qui de la voix, sans doute afin de « protéger » l'espace réservé à sa clientèle, maintenait à distance un clochard, certes pas encore trop déglingué, et ni trop éméché en cette circonstance ; de l'autre côté de la petite rue, ce clochard lui répondait d'une voix encore plus forte – il m'a semblé qu'il revendiquait le droit de venir s'asseoir à ladite terrasse. D'un côté comme de l'autre les mots étaient incompréhensibles, mais mon impression était que chacun défendait un espace : le serveur, sa terrasse ; le clochard, sa liberté de venir s'y installer. Mais bien plus dans un jeu de rôle que dans un affrontement – cette joute entrait peut-être dans leurs habitudes. Mais en passant dans cette petite rue, je n'ai pas regardé les deux jouteurs, ni fait la moindre remarque à Alain.

            En sortant du restaurant, dans cette petite rue qui mène à cette place, à une certaine distance, par les éclats de voix, j'ai constaté que la pièce de théâtre était toujours en cours. Mine de rien, je me suis déporté du côté du clochard, et j'ai préparé une pièce de 2 € que je lui ai remise en passant et sans m'arrêter – il en a, d'ailleurs, été un peu surpris. Je me suis rabattu aussi vite de l'autre côté de la rue, et, sans me retourner, j'ai filé en direction du gîte.

            Rien qu'à l'oreille, il m'a semblé que j'avais donné du tonus à « mon » clochard dans son discours. C'étaient plus des sons que des mots articulés ; j'ai alors essayé d'imaginer ce qu'il pouvait lancer à son interlocuteur, et pour moi c'était du genre : maintenant, tu ne pourras pas m'empêcher de m'asseoir à ta terrasse, je peux me payer un petit verre. Ma liberté ! Quelles que fussent les positions des deux acteurs, la pièce étant publique, les spectateurs avaient aussi la liberté d'interprétation.

Je ne sais pas quelle a été la suite dans la réalité. En tout cas, je n'ai pas touché un seul mot à Alain à propos de ce que mon imagination avait sans doute brodé. Mais je me disais quand même : ah si tout cela pouvait être vrai !

            C'est, après coup, tout en riant en moi-même, que je me suis souvenu d'un événement comparable dans une certaine mesure, et que j'ai vécu, il y a longtemps. À la sortie d'un restaurant, à Marseille, non loin des célèbres escaliers de la gare Saint-Charles, un samedi soir, 6 à 7 étudiants réunionnais venaient de faire un bon repas, et il n'était pas question pour eux de rentrer à la cité universitaire sans aller prendre un dernier verre dans les environs de La Canebière, qui à cette époque avait une tout autre allure qu’aujourd’hui. Sur le trottoir d'en face, il avait une clocharde qui était à son point habituel dans l’espoir d’obtenir quelques pièces des clients sortant de ce restaurant. V, le plus ancien de la bande, une grande intelligence et un habitué de la transgression, que certains pourront reconnaître, et qui malheureusement est parti trop tôt de ce monde, est allé carrément inviter cette dame à venir boire un dernier verre, sans demander l'accord de personne. Il n'y a eu d'ailleurs aucune résistance, et aucune contestation de qui que ce soit. Il a offert un bras à cette personne, et il a mis à l'autre bras le sac à main de cette dame. Et la petite bande – V et « sa dame » en tête – a descendu gaillardement mais dignement le boulevard d'Athènes, où il y a toujours une grande circulation, jusqu'à la terrasse d'un grand bar aujourd'hui disparu. Il n'y a eu aucune remarque déplacée. Bien entendu tout ce monde a pris plus d'un verre, et la dame est ensuite repartie, tout aussi dignement, sans doute pour reprendre un autre poste devant un autre établissement.   

Une bonne nuit, sans aucun bruit :

            La nuit a été tranquille ; je n'ai pas entendu le moindre bruit si ce n'est le crépitement de la pluie sur la vitre de la fenêtre entre deux cycles de sommeil. Le dortoir est petit, en 2X2 lits, mais à deux seulement, il y a suffisamment d'espace pour ne pas gêner en quoi que ce soit le voisin.

Le matin, dans la petite cuisine au rez-de-chaussée nous avons préparé notre petit déjeuner, et Alain ses pâtes pour la route.

dimanche 16 février 2020


Étape 27 : de Saint-Ferme à La Réole : 20 km

Photo : Le pont sur la Garonne, à La Réole.


Résumé de l'étape :

            Les insuffisances dans le balisage ont pesé encore dans cette étape, je m'y attendais, mais je commence à avoir maintenant une petite expérience pour les gérer. Je n'ai toujours pas vu les tournes à droite ou à gauche aux couleurs européennes, nous sommes en mai 95). Cette voie de Vézelay étant de mieux en mieux fréquentée, il y aura certainement un regain d'activité des associations jacquaires, une meilleure coordination des différentes structures concernées et donc de nouveaux moyens déployés sur le chemin.

            Le clou de cette étape est la découverte de La Réole, ce bourg fortifié autour du prieuré, sur la Garonne, au sud-est de Bordeaux, en région Aquitaine. En entrant dans cette ville, par le chemin des pèlerins, il est difficile d'imaginer que le fleuve se trouve juste derrière ces grandes bâtisses, ce qui explique la surprise au dénivelé avant le fleuve.

            Cette étape a aussi été marquée par le passage à l'Accueil des Pèlerins à Domicile (l'APD) de Nicole et Michèle Jamain (voir la photo de Nicole et de son fils), et la redécouverte dans cette famille de l'attachement au terroir de cette Gironde. Gîte municipal, chambres et tables d'hôte, accueil dans une ferme, vraiment un ensemble d'hébergements variés et intéressants à découvrir sur cette voie de Vézelay. 

Le déroulement de l'étape :

            J'ai quitté le gîte de Saint-Ferme un peu en avance par rapport à Alain et Cor, en suivant les préconisations de Jean-Claude, le guide de l'abbaye du village, mais ils n'ont pas tardé à me rejoindre.

            Nous n'avons pas fait le détour par Montségur, la découverte de cette ancienne ville fortifiée célèbre aurait pourtant été intéressante, car, pour cette fois, le balisage était bien le chemin le plus court. Nous avons pris la D 126, pendant 1 h 30, qui nous a menés jusqu'à Couture, puis la D 668 jusqu'à Roquebrune. Ce fut Saint-Hilaire-de-la-
Noailles où nous avons fait une petite pause sous un Abribus (voir photo). Nous sommes restés un bon moment, mais nous n'y avons vu ni bus ni voyageur. Cette campagne belle et silencieuse est un plaisir pour les marcheurs.

            Le chemin plus loin pénètre dans une forêt dense et humide, accrochée au flanc d'une colline, la copie conforme des difficultés rencontrées souvent sur cette voie de Vézelay : Chemin pentu, boueux, où il faut choisir sa propre ligne de marche pour éviter les grosses flaques, et quand ce n’est plus possible, et le talus de chaque côté empêchant de passer dans les bois pour contourner la zone délicate, il ne reste alors plus que la possibilité d'aller carrément dans la boue. Et à l'arrivée au sommet, c'est la satisfaction, pour chacun, d'avoir une fois de plus évalué sa condition physique.

            Ce fut ensuite une longue descente dans des champs, où il a fallu soulever des fils électrifiés posés pour retenir les animaux dans les prés, et un chemin asphalté nous a conduits directement à une maison. Au même instant, le propriétaire est arrivé et s'est excusé : je devais faire des petits travaux pour préparer le chemin, je m'y étais engagé, mais je n'ai pas pu le faire encore, a-t-il dit ; et c'est lui-même qui a soulevé une barrière en bois pour nous permettre de continuer sur ses terres. Mais je ferai bientôt le nécessaire, nous a-t-il dit encore.

            Plus bas, ce fut le début d'agglomération de La Réole, toujours en descente – en s'approchant du centre, nous sommes tombés sur un distributeur auprès d'une annexe de banque fermée à cette heure, nous en avons tous profité pour retirer de l'argent.

La ville de La Réole :

            En plein centre-ville, nous sommes arrivés sur une place où plusieurs bars restaurants étaient en pleine activité ; nous nous sommes installés à une terrasse et nous avons mangé des plats chauds, en prenant notre temps. Cela tombait bien, dans la petite rue tout à côté, où le balisage continue, une supérette reste ouverte toute la journée ; elle nous a permis de faire des achats pour l'étape du lendemain. Toujours rester dans l'anticipation.

            Puis nous avons continué dans la ville, fait un passage à un bureau de l'église pour avoir un tampon, et nous sommes descendus – la descente est très prononcée – sur le boulevard aménagé le long de la Garonne. Alain, qui s'est occupé de la réservation, avait donné rendez-vous sur ce boulevard à la dame d'un accueil de pèlerins à domicile à Pondaurat, une petite commune limitrophe à la ville. La commune de Pondaurat se situe au sud de la Garonne, sans la border, du côté de la rive gauche.

            Nous sommes restés pendant une bonne heure à l'attendre, à prendre des photos, et, pour moi, à me promener dans les aménagements le long du fleuve. Mais cette fois-ci, après la Loire et la Dordogne, je n'ai pas eu à franchir ce fleuve.

            Quand la dame est arrivée, Alain et moi avons embarqué dans sa petite voiture, et nous avons laissé sur place Cor, qui avait rendez-vous en ce lieu avec sa femme, sa belle-sœur et son gendre qui de Hollande sont venus en camping-car passer 2 jours avec lui sur le chemin. Ils sont formidables ces pèlerins hollandais !

L'APD (Accueil des Pèlerins à Domicile) de Nicole et Michel Jamain, à Pondaurat :

            Nicole nous a emmenés dans sa ferme, à Pondaurat, sur une petite hauteur, par rapport au village. Une grande demeure, avec jardin, grande cour, poulailler, chenil, volière, arbres fruitiers, vastes hangars, etc. Et des moutons et des chèvres qui gambadent dans un pré voisin. Et ce n'est pas du décorum !

            Nous avons été logés au premier étage, chacun dans une chambre ; les chambres des enfants sont libres étant donné qu'ils ont déjà quitté la maison familiale.

Michel, son mari, exploitant agricole, et grand chasseur, s'est mis à ma disposition pour présenter ses élevages, sa meute de chiens de chasse et sa collection de fusil, sa demeure, ses arbres fruitiers, ses activités, etc.

            Ce qui a marqué ce passage, c'est une sympathie naturelle déployée afin d'installer l'arrivant dans un cadre naturel et agréable à découvrir, qui suscite la curiosité, y compris de la part de quelqu'un habitué au monde rural. Je me sentais à l'aise partout. Entre autres : l'entrée se fait par la grande salle commune affectée à diverses activités ; en passant ensuite dans la cuisine et la salle à manger, le visiteur peut croiser 3 à 4 pigeons, qui marchent, et qui l'évitent, et à qui Nicole, en les appelant par leur nom, les prie de se mettre sur les côtés. Ce sont des pigeons marcheurs. À table, un chat peut venir s'installer au côté du visiteur et sommeiller un petit moment sans le déranger, sans l'importuner. Les animaux sont pleinement dans le cadre.

            Un seul petit point où j'ai dû prendre des repères, en prévision de la nuit : ma chambre étant à l'étage et les toilettes au rez-de-chaussée, pour faire le trajet, il y a à traverser la maison en empruntant de petits couloirs et en ouvrant au moins 3 portes avec le risque de se tromper et d'entrer dans des parties privées de cette grande maison.


            Après notre installation, Nicole nous a offert une bière sous un kiosque, dans le jardin derrière la maison, d'où j'ai commencé à repérer les cerisiers avant que j'entreprenne une visite complète des lieux. Et c'est sous ce même petit kiosque que nous avons pris l'apéritif et fait un excellent dîner.

            C'était vraiment, après Mussidan et Saint-Ferme, la 3e étape des cerises (voir photo) : il faut voir comment Michel les cueille avec amour, et ses fruits sont à la disposition de tous les voisins ; comment ses petites-filles sont déjà bien imprégnées de l'idée de la conservation de ce patrimoine, y compris dans les pratiques de bon voisinage. Et comment il parle de ses griffons, de ses chasses, de ses palombes ! À la question de savoir s'il mangeait les oiseaux de son élevage, il m'a répondu : pas ceux-là ! Il m'a fait comprendre qu'il voulait surtout montrer que ces oiseaux migrateurs pris au filet se reproduisent aussi en volière.

            Nicole et Michel sont en mouvement toute la journée : Nicole est au four et au moulin à la maison, elle est aussi engagée au niveau associatif dans son village ; Michel n'a pas dîné avec nous, car il avait une réunion avec des concitoyens du village. Ces deux-là quand ils posent la tête sur l'oreiller le soir, c'est à coup sûr pour s'endormir au plus vite, d'autant qu'ils doivent être debout très tôt le lendemain matin.

Étape 27 : de Saint-Ferme à La Réole : 20 km

Photo : Le pont sur la Garonne, à La Réole.

Voir la vidéo.

Résumé de l'étape :

            Les insuffisances dans le balisage ont pesé encore dans cette étape, je m'y attendais, mais je commence à avoir maintenant une petite expérience pour les gérer. Je n'ai toujours pas vu les tournes à droite ou à gauche aux couleurs européennes (voir photo, nous sommes en mai 95). Cette voie de Vézelay étant de mieux en mieux fréquentée, il y aura certainement un regain d'activité des associations jacquaires, une meilleure coordination des différentes structures concernées et donc de nouveaux moyens déployés sur le chemin.

            Le clou de cette étape est la découverte de La Réole, ce bourg fortifié autour du prieuré, sur la Garonne, au sud-est de Bordeaux, en région Aquitaine. En entrant dans cette ville, par le chemin des pèlerins, il est difficile d'imaginer que le fleuve se trouve juste derrière ces grandes bâtisses, ce qui explique la surprise au dénivelé avant le fleuve (voir photo).

            Cette étape a aussi été marquée par le passage à l'Accueil des Pèlerins à Domicile (l'APD) de Nicole et Michèle Jamain (voir photo et photo), et la redécouverte dans cette famille de l'attachement au terroir de cette Gironde. Gîte municipal, chambres et tables d'hôte, accueil dans une ferme, vraiment un ensemble d'hébergements variés et intéressants à découvrir sur cette voie de Vézelay. 

Le déroulement de l'étape :

            J'ai quitté le gîte de Saint-Ferme un peu en avance par rapport à Alain et Cor, en suivant les préconisations de Jean-Claude, le guide de l'abbaye du village, mais ils n'ont pas tardé à me rejoindre.

            Nous n'avons pas fait le détour par Montségur, la découverte de cette ancienne ville fortifiée célèbre aurait pourtant été intéressante, car, pour cette fois, le balisage était bien le chemin le plus court. Nous avons pris la D 126, pendant 1 h 30, qui nous a menés jusqu'à Couture, puis la D 668 jusqu'à Roquebrune. Ce fut Saint-Hilaire-de-la-Noaille où nous avons fait une petite pause sous un Abribus (voir photo). Nous sommes restés un bon moment, mais nous n'y avons vu ni bus ni voyageur. Cette campagne belle et silencieuse est un plaisir pour les marcheurs.

            Le chemin plus loin pénètre dans une forêt dense et humide, accrochée au flanc d'une colline, la copie conforme des difficultés rencontrées souvent sur cette voie de Vézelay : Chemin pentu, boueux, où il faut choisir sa propre ligne de marche pour éviter les grosses flaques, et quand ce n’est plus possible, et le talus de chaque côté empêchant de passer dans les bois pour contourner la zone délicate, il ne reste alors plus que la possibilité d'aller carrément dans la boue. Et à l'arrivée au sommet, c'est la satisfaction, pour chacun, d'avoir une fois de plus évalué sa condition physique.

            Ce fut ensuite une longue descente dans des champs, où il a fallu soulever des fils électrifiés posés pour retenir les animaux dans les prés, et un chemin asphalté nous a conduits directement à une maison. Au même instant, le propriétaire est arrivé et s'est excusé : je devais faire des petits travaux pour préparer le chemin, je m'y étais engagé, mais je n'ai pas pu le faire encore, a-t-il dit ; et c'est lui-même qui a soulevé une barrière en bois pour nous permettre de continuer sur ses terres. Mais je ferai bientôt le nécessaire, nous a-t-il dit encore.

            Plus bas, ce fut le début d'agglomération de La Réole, toujours en descente – en s'approchant du centre, nous sommes tombés sur un distributeur auprès d'une annexe de banque fermée à cette heure, nous en avons tous profité pour retirer de l'argent.

La ville de La Réole :

            En plein centre-ville, nous sommes arrivés sur une place où plusieurs bars restaurants étaient en pleine activité ; nous nous sommes installés à une terrasse et nous avons mangé des plats chauds, en prenant notre temps. Cela tombait bien, dans la petite rue tout à côté, où le balisage continue, une supérette reste ouverte toute la journée ; elle nous a permis de faire des achats pour l'étape du lendemain. Toujours rester dans l'anticipation.

            Puis nous avons continué dans la ville, fait un passage à un bureau de l'église pour avoir un tampon (voir photo), et nous sommes descendus – la descente est très prononcée – sur le boulevard aménagé le long de la Garonne. Alain, qui s'est occupé de la réservation, avait donné rendez-vous sur ce boulevard à la dame d'un accueil de pèlerins à domicile à Pondaurat, une petite commune limitrophe à la ville. La commune de Pondaurat se situe au sud de la Garonne, sans la border, du côté de la rive gauche.

            Nous sommes restés pendant une bonne heure à l'attendre, à prendre des photos, et, pour moi, à me promener dans les aménagements le long du fleuve. Mais cette fois-ci, après la Loire et la Dordogne, je n'ai pas eu à franchir ce fleuve (Voir photo).

            Quand la dame est arrivée, Alain et moi avons embarqué dans sa petite voiture, et nous avons laissé sur place Cor, qui avait rendez-vous en ce lieu avec sa femme, sa belle-sœur et son gendre qui de Hollande sont venus en camping-car passer 2 jours avec lui sur le chemin. Ils sont formidables ces pèlerins hollandais !

L'APD (Accueil des Pèlerins à Domicile) de Nicole et Michel Jamain, à Pondaurat :

            Nicole nous a emmenés dans sa ferme, à Pondaurat, sur une petite hauteur, par rapport au village (voir photo). Une grande demeure, avec jardin, grande cour, poulailler, chenil, volière, arbres fruitiers, vastes hangars, etc. Et des moutons et des chèvres qui gambadent dans un pré voisin. Et ce n'est pas du décorum !

            Nous avons été logés au premier étage, chacun dans une chambre ; les chambres des enfants sont libres étant donné qu'ils ont déjà quitté la maison familiale.

Michel, son mari, exploitant agricole, et grand chasseur, s'est mis à ma disposition pour présenter ses élevages, sa meute de chiens de chasse et sa collection de fusil, sa demeure, ses arbres fruitiers, ses activités, etc.

            Ce qui a marqué ce passage, c'est une sympathie naturelle déployée afin d'installer l'arrivant dans un cadre naturel et agréable à découvrir, qui suscite la curiosité, y compris de la part de quelqu'un habitué au monde rural. Je me sentais à l'aise partout. Entre autres : l'entrée se fait par la grande salle commune affectée à diverses activités ; en passant ensuite dans la cuisine et la salle à manger, le visiteur peut croiser 3 à 4 pigeons, qui marchent, et qui l'évitent, et à qui Nicole, en les appelant par leur nom, les prie de se mettre sur les côtés. Ce sont des pigeons marcheurs. À table, un chat peut venir s'installer au côté du visiteur et sommeiller un petit moment sans le déranger, sans l'importuner. Les animaux sont pleinement dans le cadre.

            Un seul petit point où j'ai dû prendre des repères, en prévision de la nuit : ma chambre étant à l'étage et les toilettes au rez-de-chaussée, pour faire le trajet, il y a à traverser la maison en empruntant de petits couloirs et en ouvrant au moins 3 portes avec le risque de se tromper et d'entrer dans des parties privées de cette grande maison.

            Après notre installation, Nicole nous a offert une bière sous un kiosque, dans le jardin derrière la maison (voir photo), d'où j'ai commencé à repérer les cerisiers avant que j'entreprenne une visite complète des lieux. Et c'est sous ce même petit kiosque que nous avons pris l'apéritif et fait un excellent dîner.

            C'était vraiment, après Mussidan et Saint-Ferme, la 3e étape des cerises (voir photo) : il faut voir comment Michel les cueille avec amour (voir photo, et photo), et ses fruits sont à la disposition de tous les voisins ; comment ses petites-filles sont déjà bien imprégnées de l'idée de la conservation de ce patrimoine, y compris dans les pratiques de bon voisinage (voir photo). Et comment il parle de ses griffons (voir photo), de ses chasses, de ses palombes (voir photo) ! À la question de savoir s'il mangeait les oiseaux de son élevage, il m'a répondu : pas ceux-là ! Il m'a fait comprendre qu'il voulait surtout montrer que ces oiseaux migrateurs pris au filet se reproduisent aussi en volière.

            Nicole et Michel sont en mouvement toute la journée : Nicole est au four et au moulin à la maison, elle est aussi engagée au niveau associatif dans son village ; Michel n'a pas dîné avec nous, car il avait une réunion avec des concitoyens du village. Ces deux-là quand ils posent la tête sur l'oreiller le soir, c'est à coup sûr pour s'endormir aussitôt, d'autant qu'ils doivent être debout très tôt le lendemain matin.

vendredi 31 janvier 2020

Étape 25 : Port-Sainte-Foy : 30 km.
Photo : Je suis sur la rive droite de la Dordogne, à Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt.
Résumé de l'étape :

Port-Sainte-Foy est sur la rive droite du fleuve la Dordogne, dans le département de la Dordogne. Cette commune a fusionné dans les années 60 avec celle de Ponchapt sous le nom de Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt. Hier, l'activité principale était la batellerie sur le fleuve ; aujourd’hui l’accent est mis sur le tourisme et les loisirs.
Port, parce que c'était un port du temps de la batellerie, pour le bois, le vin et autres produits de la campagne ; et Sainte-Foy, parce que la Sainte est originaire du pays ; ce n'est que bien plus tard que l'abbaye de Conques, sur la voie du Puy, pour se relancer, a « récupéré » les reliques de la sainte qui avaient été placées à Agen.
Le parcours pèlerin se fait autour de la D 20, la voie qu'empruntent les cyclistes, qui la coupe en deux endroits, permettant de faire ainsi une bonne découverte de la campagne où la vigne est la culture dominante.
Le dernier petit tiers du chemin est carrément un grand détour dans cette campagne avant d'atteindre le fleuve. Dans cette voie de Vézelay, après le passage de la Loire, l'arrivée sur la Dordogne est un grand moment.
Le déroulement de l'étape :
L'étape se simplifie en quelque sorte, par la traversée des vignes – la réputation des vins de la région n'est plus à faire, où un sol fait de sable et de graviers, voire d'argile plus en profondeur, y est pour beaucoup. Les dénivelés sont peu prononcés. Les marcheurs se laissent donc glisser dans le paysage.
Ce qui nous a manqué, c'était le soleil ; depuis le départ à Mussidan, une petite pluie nous a accompagnés presque toute la matinée, mais le rythme de la marche était moins élevé qu'hier. Je suis resté en contact avec les deux autres, je savais aussi que dans l'après-midi le tempo allait être d'un ton en dessous.
Et dans le dernier petit tiers, alors que cela se voit que le balisage prend un malin plaisir à lancer le marcheur dans un grand détour, bien que fatigué comme les autres, une petite satisfaction m'avait envahi : Sainte-Foy nous tendait les bras. Il faut savoir s'appuyer sur un petit plaisir dans les moments difficiles.
La fin du test d'hier :
Dans la dernière partie justement, le balisage nous invite à tourner gauche dans une légère montée vers un petit village, et lorsque se présenta un chemin en terre qui mène au pied d'un superbe contrefort, mine de rien je me suis mis devant les deux autres, prêt à enregistrer une réaction éventuelle de leur part. Mais il n'y en eut pas. Ce large chemin en terre permet de gravir cette difficulté en ligne droite, sur un sol rendu assez boueux par la pluie qui a arrosé les environs toute la journée. La ligne droite fait que la pente est progressive jusqu'au sommet et ne laisse donc que peu de place à la récupération pendant l'ascension.
Je montais à ma main, utilisant au mieux mes bâtons, soucieux de ne pas me mettre dans le rouge – il n'y avait aucune de démonstration à faire. Cela devait être naturel. Un coup d'oeil à l'arrière à mi-pente montrait que j'avais pris une petite avance sur Cor et une plus importante sur Alain. Cette avance a été nette au sommet, en raison sans doute de l'implacable loi de la pesanteur : un petit gabarit portant un sac moins lourd que celui des autres est avantagé. Et je les ai attendus, sans qu'il y ait eu de remarque ni de regard interrogateur de ma part. D'ailleurs, le paysage valait le coup d'œil, et je m'employais à évaluer ce qu'il nous restait pour finir l'étape. Et j'ai continué à marcher devant, naturellement ! Descente, passage boueux dans des vignes. Dans l'ensemble, nous contournions vraiment la ville d'arrivée.
Un passage délicat en fin d'étape :
Nous étions encore dans les vignes quand ayant reçu un appel téléphonique Cor s'est laissé un peu décrocher ; et au bout d'un certain temps, comme il tardait à revenir sur nous, nous l'avons attendu. Il est réapparu à la fin d'une descente à la limite des champs et d'une zone boisée. Le passage dans ces bois est un vieux sentier qui n'a pas bougé depuis la nuit des temps, plein de galets rendus très glissants par la pluie, et des parties boueuses. Si je n'avais pas mes bâtons, en plus d'une fois je serais allé au sol. C'est dans les premiers mètres de ce sentier que Cor a fait une spectaculaire glissade, le petit sac qu'il avait à la main s'est retrouvé dans les branches des arbustes. Mais il n'y a eu aucun dommage, l'homme est solide. Et nous avons dû prendre mille et une précautions pour terminer cette descente ; nous avons respiré vraiment quand nous avons repris la départementale, et surtout la route qui longe la Dordogne, qui passe sous le pont qui permet la traversée du fleuve et qui conduit le pèlerin à Sainte-Foy. C'était la fin de cette éprouvante étape ; je crois que je n'étais pas le seul à ressentir une bonne fatigue ; un sac à dos sur 30 km demande un gros investissement en énergie. Il ne nous restait plus qu'à rejoindre notre hébergement à Port-Sainte-Foy-et-Ponchap, près de l'église.
Un bon gîte, un bon séjour :
Comme d'habitude, je suis entré le premier dans cet hébergement, Alain et Cor ont préféré faire un tour en ville pour les provisions à utiliser au dîner.
C'est une grande bâtisse, l'accès à l'étage où se trouve le gîte proprement dit, se fait par un grand escalier qui donne déjà une idée de ce que devait être ce bâtiment dans le passé. Tout a été refait : les sanitaires sont irréprochables ; le dortoir se trouve dans une grande salle, sans doute réservée hier à de grandes réceptions, où les lits sont disposés avec suffisamment d'espace de séparation – seuls deux dispositifs à deux lits superposés se trouvent dans un coin ; la pièce réservée à la cuisine et la salle à manger est en revanche un peu petite.
En entrant dans ce dortoir, j'ai découvert que d'autres pèlerins y étaient déjà installés : trois Néerlandais s'interpellaient bruyamment – j'ai pensé à Cor qui allait pouvoir échanger à l'aise avec ses compatriotes. Nous ne les avons même pas entrevus jusqu'ici, mais un découpage en étapes du chemin en vaut un autre – je les reverrai 10 étapes plus loin, à Sauveterre-de-Béarn, deux jours avant l'arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Une fois installé, je suis allé faire un petit tour en ville. Juste dans les environs du pont sur la Dordogne qui permet de passer dans le département de la Gironde ! Je n'avais que des petites courses à faire vu que je mangeais avec les deux autres - je participe aux frais d'achat des victuailles pour le dîner. Mais le point le plus important, c'est le coup d'œil sur la Dordogne.
Nous avons occupé la cuisine avant les autres, car il n'y avait pas suffisamment de place pour tous les pèlerins présents – les trois Hollandais, dont un parle à peu près le français, ont mangé après nous.  Le dîner fut très apprécié, grâce à Alain et Cor, ma contribution se fait toujours dans la partie vaisselle ; j'ai répété à Alain qu'il devrait songer à lancer sa propre table d'hôte, et il m'a même dit qu'il y pensait ; quant à Cor, c'est plus loin sur le chemin qu'il m'a fait comprendre qu'il était dans son pays un professionnel de la restauration. Tout s'explique !
La nuit a été des plus calmes.