mercredi 7 août 2019


Publication: le 8 août 2 019
Étape 3 : La Charité-sur-Loire, 35 km : mardi 19 mai 2 015



Photo : L'église de la Charité-sur-Loire (département de la Nièvre, en région de Bourgogne – voir la carte).







Résumé :

            Dans cette troisième étape, je n'ai pas vu, ni de près ni de loin, un seul pèlerin, un seul randonneur. Il est vrai qu'à mon départ de Vézelay, une grande majorité du groupe avait pris la variante de Nevers – cette dernière, fût-elle la plus belle, est plus exigeante physiquement. Pour ceux qui, à une heure différente de la mienne, sont partis par celle de Bourges, leurs découpages étaient vraisemblablement différents du mien – d'ailleurs, dès la première étape, beaucoup vont plus loin que Tannay.

            Dans cette 3e étape, à quelque chose près, j'ai suivi l'itinéraire que propose le guide Lepère ; le balisage du GR colle assez souvent aux départementales, et il y a de petits tronçons où réapparaît une signalisation Compostelle. Mais il n'y a pas, le plus souvent, la possibilité de court-circuiter les forêts sur le parcours. À ce propos, les passages dans ces zones ont été plus sécurisants, j'ai pu faire en plusieurs fois des vérifications avec ma boussole, et aussi par Internet, pour vérifier que j'étais dans la bonne direction. J’avais bien retenu les enseignements de l’étape de la veille.

            Pour mieux suivre le plan et les préconisations du Lepère, j'ai déchiré les pages correspondant à cette étape pour les avoir à portée de la main, le livre restant dans mon sac, et je les ai mises dans ma poche ; ces indications sont convenables sur cette étape, avec toutefois des imprécisions en certains endroits.

            Je n'ai pas vu la Charité-sur-Loire sous un beau soleil. Qu'est-ce que j'aurais voulu me retrouver par beau temps sur ce pont au-dessus de la Loire (voir photo) ! Je comprends que c'était une des haltes les plus importantes sur la Via Lemovicensis à une certaine époque.

            À mon arrivée, tout à fait en haut de cette ville, et après mon installation dans un petit hôtel, il m'a fallu faire un tour en ville pour trouver une pharmacie et prendre quelques photos de l'église (voir photo). Cette ville mérite que les pèlerins consacrent un peu plus de leur temps à la visiter.

Le lendemain matin, même après 8H, le ciel était toujours d'un gris foncé, je n'ai donc pas eu de belles photos de ce lieu. Si dans l'avenir, j'ai l'occasion de passer en Bourgogne, je reviendrai à la Charité-sur-Loire.



Un bon départ de Champlemy :

            Il n'était pas loin de 8H quand j'ai quitté la chambre d'hôtes de Champlemy ; j'étais bien, un bon pansement à mon pouce. La première chose avant de prendre le chemin était de passer dans le magasin d'alimentation d'en face : j'ai pris du pain, du jambon et un fruit. J'ai pris ensuite le balisage sur la D127 qui traverse la place du village, j'ai tourné à droite puis à gauche, mais, un peu plus loin, alors j'étais encore dans le bourg, il n'y avait plus de balise. J'ai même fait un retour sur mes pas, car une erreur dès le départ peut se payer cher. Mais j'avais compris que le détour menait finalement à un rond-point sur cette départementale. En revanche, je suis resté sur cette même route quand le balisage me poussait à passer dans les champs, parce que, sur le guide, ce même balisage ramène plus loin sur cette voie, pour peu que les pèlerins engagés ne s'égarent pas.



Une première forêt :

            Ce fut donc ensuite 4 km dans une zone forestière, pour tourner à gauche au carrefour de Bourras en direction de l'ancienne Abbaye – le paysage dans cette partie est magnifique – puis passer sur la D117 et entrer dans une forêt après avoir franchi une barrière. Ensuite, c'est pratiquement tout droit par des allées forestières qui descendent et un balisage à peu près correct : le blanc et le rouge du GR, mais aussi des petites balises de Compostelle par-ci, par-là.

Quand j'étais en forêt, je ne pouvais pas m'empêcher de regarder au loin de façon à anticiper la fin de cette piste, le souvenir de l'étape d'hier était encore bien présent dans ma tête. C'est que la voie que j'empruntais rencontre régulièrement d'autres chemins forestiers. Mais je me rassurais en vérifiant avec ma boussole que j'étais dans la bonne direction, car le plan indique pratiquement un sud-ouest constant sur bien plus d’un kilomètre.

            Puis ce fut une zone de bois et de pâtures, de petits champs, avant un vrai changement de décor à l'approche de Chamery. J'ai repris des petites routes qui sont bien balisées et je suis arrivé à Hôpitot et un peu plus bas au village d'Arbourse.



Une dame sympathique sur mon chemin :

            Dans Arbourse, à une intersection, je ne voyais plus aucune balise ; et mon livre guide propose à cet endroit « de passer à la droite de l'église d'Arbourse », ce qui n'était pas clair à mes yeux compte tenu du fait que cet édifice est à 100 m dans une rue partant de cette intersection – et en y allant, je n'ai retrouvé aucune signalisation. Dans les livres, ce sont le plus souvent des phrases ramassées, parce que les éditeurs doivent y mettre beaucoup de choses, sur le chemin lui-même, sur l'histoire qui entoure les villes et villages traversés, sur les hébergements, et agrémenter le tout de photos. Il était difficile de coller à la phrase « passer à la droite de l'église », tout en effet dépend de la position du marcheur.

            J'ai vu un homme qui s'affairait autour de sa voiture dans son jardin, je l'ai interpellé pour lui demander des précisions sur le chemin. Il avait commencé à me répondre, quand sa femme, sur le pas-de-porte de sa maison, s'est interposée et m'a lancé : Je viens vous voir ! Et elle est venue dans la rue pour me parler. Pour ce qui est du chemin, me dit-elle, il vous suffit de descendre par où vous êtes arrivé – la balise que vous n’avez pas trouvée est plus bas, cachée par une boîte aux lettres, m’a-t-elle dit. Mais elle a fait bien plus : vous allez passer dans la montée qui est un peu plus loin dans une forêt ; à la sortie de cette forêt, tout à fait en haut, faites attention : à l'intersection ne prenez pas le chemin forestier qui part tout de suite sur votre gauche, beaucoup de pèlerins se sont perdus à cet endroit. Nous avons échangé un peu plus largement, et je suis parti, car des kilomètres m'attendaient pour rejoindre la Charité-sur-Loire.



Une deuxième forêt... et un vigneron m'a aussi conseillé :

            Après Arbourse, par la C201, un peu plus loin, j'ai quitté la route pour m'engager à travers les champs – le chemin herbeux venait d'être fauché et pendant un bon moment, j'ai marché sur des herbes fraîchement coupées ; puis la route monte, longe une forêt et y pénètre un peu plus haut. J'étais dans la forêt communale d'Arbourse : c'est dense, et le balisage est là. Il y a eu ensuite toute une partie où j’ai eu quelque peine à enjamber de grands arbres fraîchement abattus, et qui ont été laissés sur place tels quels, mais je me suis rendu compte que ces quelques obstacles ne pouvaient en aucune façon m’éloigner du sentier. Mais j'ai fini par arriver à la lisière de cette forêt, que j'ai longée un moment le long d'une vallée. Et ce fut une découverte quand je suis arrivé à l'intersection que la dame d'Arbourse avait pointée : il y avait un tourne à droite, jaune et bleu (des balises de Compostelle de la voie de Vézelay) – je regrette vraiment de ne pas avoir eu le réflexe de prendre une photo, parce que je n'en ai vu qu'un de ce type sur tout le chemin jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port. J'ai pris à droite, mais le problème, c'est qu'à moins de 50 m, étant revenu sur le goudron, j'avais devant moi une fourche sans aucune balise. Alors, à droite ou à gauche ? Une branche descend presque parallèlement à la fin de la forêt et l'autre plonge dans la vallée. J'ai opté pour cette dernière. C'est ainsi qu'après avoir descendu un bon 150 m d'une petite route très pentue à travers une vigne, j'ai vu une camionnette garée dans cette vigne, et un homme qui y travaillait. Je lui ai demandé si le chemin que j'avais emprunté est bien un chemin de Compostelle. Très décontracté, il m'a répondu : tout le temps je les vois passer en haut, sur la ligne de crête, mais si vous voulez continuer par là, vous vous retrouverez au même point plus loin, après avoir fait de la route en plus. J'ai remonté la petite côte et je suis passé par en haut. Et plus loin je me suis retrouvé à l'entrée de la forêt de Mauvrain où les balises sont bien visibles. Et c'est à une aire de repos et de restauration au commencement de ces bois que j'ai mangé le pain, le jambon et le fruit que je trimbalais depuis Champlemy.

J'étais donc à nouveau dans une forêt, le balisage blanc et rouge bien présent. Il fallait faire un tout droit sur plus d'un kilomètre pour arriver aux environs de Mauvrain. Après Murlin, tout juste à côté, la direction de La Charité-sur-Loire est bien indiquée. Les préconisations de mon livre collaient bien au terrain, mais j'ai dû après ces agglomérations revenir un peu sur mes pas de façon à bien prendre le chemin qui mène en quelque sorte à ma 3e forêt de la journée.



De longues lignes droites dans la 3e forêt :

            J'ai passé encore beaucoup de temps dans la forêt domaniale de Raveau, avec deux voire trois parties en ligne droite qui sont toujours fatigantes parce que l'impression qui domine est qu'elles n'en finissent plus. Dans la dernière partie, c'est un large chemin forestier, dans une belle descente toute droite, entrecoupé de barrages de gros rochers qui portent parfois des balises. Durant cette descente, je me disais : je finirai bien par trouver un village au bas de cette descente, tout en essayant de deviner des toits au loin à travers les arbres. En faisant un point satellite, je me suis rassuré : je me rapprochais bien de Raveau, le village avant la Charité-sur-Loire. Dans la dernière partie, j'ai aussi compris que des agglomérations urbaines étaient à portée quand j'ai vu, en plusieurs endroits, dans des voitures, des amoureux qui venaient apprécier dans le calme et le silence les charmes de la nature.

            Tout à fait au bas de cette descente, alors que la zone des bois est toujours bien présente, j'ai eu quelques petites hésitations à prendre la bonne départementale qui conduit à Raveau, mais le balisage type Compostelle avait refait son apparition (voir photo à l'entrée de Raveau). Et c'est sur un banc que j'ai pris un peu de temps pour m'alimenter de façon à finir dans de bonnes conditions cette longue étape – mon pouce blessé la veille ne me gênait pas, mais j'avais une petite sensibilité à un gros orteil.

            Au sortir de Raveau, la vision sur la Charité-sur-Loire est nette, la ville est en bas, il ne me restait plus qu'à emprunter une longue départementale menant directement à l'arrivée – j'ai écarté alors le petit chemin balisé d'à côté, parce que vraisemblablement il m'aurait demandé encore plus de temps. Et je pense que j'ai été gagnant, j'ai passé facilement les nœuds routiers à l'entrée de la ville. Mais ce choix avait un inconvénient important : les véhicules circulent à grande vitesse sur cette route toute droite, heureusement que l'espace sur les bas-côtés est suffisant, à condition de marcher à gauche de la route pour voir ceux qui arrivent en face et de se mettre carrément sur le côté quand deux véhicules s'apprêtent à se croiser au niveau du marcheur.



Une chouette secrétaire ! Encore une personne sur mon chemin pour m'aider !

            Pour utiliser correctement le plan d'une ville, le mieux est de l'étudier un peu avant que le besoin ne survienne. J'avais repéré la rue du petit hôtel où j'avais réservé à la Charité-sur-Loire. Mais le repérage est encore plus facile quand une information sur le terrain permet de mieux se positionner au départ de la recherche sur le plan, surtout quand l'utilisation du GPS revient cher (le roaming), que la batterie de son téléphone est presque vide et qu'il importe donc de se garder une petite réserve d'énergie en cas de grande urgence.

            Le chemin rentre dans la ville par le bon bout, si je puis dire. Tout en continuant ma route, j'étais à la recherche d'un « pays » pouvant me donner des informations solides. La route descendante surplombait quelque peu le grand bâtiment d'une entreprise (garage, exposition et vente de voitures). Je me suis dirigé vers le garage, espérant trouver un client ou un employé. En y arrivant, j'ai vu dans un bureau vitré une dame, une secrétaire sans doute, qui regardait dans ma direction. Tout en m'approchant, je lui ai fait un signe de la main pour lui faire comprendre que je voulais entrer pour lui parler. Elle accepta d'un signe de la tête, et une fois à l'intérieur je lui ai dit tout de go : je ne viens pas pour une raison tenant à vos activités professionnelles, ce qui lui a fait rire étant donné que j'étais devant elle sans avoir descendu mon sac-à-dos, mais j'ai besoin que vous m'aidiez à situer une rue de la ville. Très gentille, elle m'a donné toutes les informations pratiques concernant la rue recherchée. Et en 5 minutes, j'étais sur place, à mon hôtel. Je pense avoir gagné un peu de temps, étant donné que la journée tirait sur la fin, que j'avais pas mal de petites choses à faire, et surtout à passer à la pharmacie prendre de la Betadine afin de soigner mon pouce – je n'avais emmené dans mon sac qu'une dosette –, et aller à l'église, qui est en bas de la ville, pour prendre des photos.



Un bon petit passage dans cet hôtel :

            Se soigner, se reposer, bien manger et dormir. Après deux dures journées, il fallait bien récupérer, même si Couy, la prochaine étape, n'est qu'à 20 km de la Charité-sur-Loire.

Une fois mes courses faites, je n'avais plus à sortir, l'hôtel dispose d'un petit restaurant très bien fréquenté. J'y ai bien mangé, à un prix raisonnable. Il en a été de même le lendemain pour le petit-déjeuner – j'ai pu me faire préparer un gros sandwich avant de reprendre la route.

jeudi 1 août 2019


Vendredi 2 août 2 019

Suite de l’étape de Champlemy, lundi 18 mai 2 015



Photo : Un hébergement sur la place du village de Champlemy (département de la Nièvre, en région de Bourgogne).

            À partir de l'église de Cuncy-lès-Varzy, la D6 prenait de la pente et au bout de 500 m, et j’ai attaqué cette difficulté à une assez bonne allure. Il était plus de 13 H, et j’avais encore 16 km pour terminer cette 2e étape de mon Vézelay. J’ai continué à suivre le balisage du GR, il n'y en avait pas d'autre choix. Me retournant à ce moment-là, j'ai vu que Jacques avait lui aussi quitté les deux compagnons de la première partie de cette étape, et qu'il était à un peu plus de 100 m derrière moi. Sans doute, Denise et Alexis avaient décidé d'écourter leur étape ou carrément de s'arrêter dans ce bourg – ils étaient bien dans leur façon de marcher : improviser en cours de route.

            J'ai tourné à gauche et ensuite à droite pour emprunter un chemin de terre qui monte sec sur une assez longue distance. Je n'ai plus revu Jacques ; il faut dire que dans une telle pente, hors de tout esprit de compétition, l'avantage est au petit gabarit, et que sans doute Jacques avait pour la suite un découpage différent du mien. J'étais dans un autre cadre : j'avais réservé à Champlemy, je me devais d'y être avant la nuit. La suite me montra que j'avais eu raison de partir.



L'erreur : ne pas avoir bien évalué la distance et le temps de parcours :

            Au sommet de cette côte, j'ai tourné à gauche ; et à un peu moins d'un kilomètre, j'ai quitté cette départementale pour un chemin de terre sur la droite, en collant au balisage du GR – j'avais jeté un œil sur les préconisations de mon guide qui disait que ce chemin visait à contourner un mont, qui pour moi ne se détachait pas tellement du paysage. Le balisage dans cette campagne devenait assez rare, et j'ai su que j'étais dans le bon chemin quand j'ai vu au bas d'une descente, avant d'arriver sur une nouvelle route, un calvaire métallique d'un autre temps, signe que j'étais bien sûr un chemin de Compostelle. Ce fut ensuite un long cheminement sur une ligne vallonnée plus ou moins à flanc de colline. Et un peu plus loin, toujours en suivant le balisage du GR, dans les environs de Varzy, je suis entré dans une vraie et grande forêt, pour passer devant une chapelle (voir photo). Je ne savais pas à ce moment là que je n’allais en sortir qu'à 18H. 



Une blessure au pouce gauche :

            Une blessure à un pouce est toujours handicapante, car c'est un doigt qui pour beaucoup rend la main préhensile. Après avoir navigué dans une forêt, il m'a semblé à un moment que je la quittais par un sentier pour un petit bois périphérique. Mais en réalité j'ai atterri sur un bon chemin forestier dans ce qui ressemblait à une forêt en exploitation. Je décidais alors de manger l'orange qui pesait dans mon sac, j'ai l'habitude d'en manger une en fin de parcours pour me booster en quelque sorte. En l'épluchant, le mouvement étant dans le sens où le couteau vient vers moi, la lame toute neuve a bien coupé la peau du fruit mais aussi mon doigt. Généralement, avec un couteau ordinaire, la peau de la main est suffisamment dure pour résister à l'impact, ce qui n'est pas le cas d'un Opinel tout neuf dont la lame est tranchante comme un rasoir. Le sang a immédiatement giclé. J'ai arrêté l'hémorragie en pinçant la blessure avec un mouchoir papier, l'index remplaçant le pouce. J'ai toujours dans le bonnet de mon sac un minimum pour panser une blessure (des pansements tout préparés et de différentes tailles, du coton, etc.) et dans une poche externe une petite fiole d’alcool pour l'hygiène cutanée. Il ne me restait plus qu'à manger mon orange avant de repartir. Le temps comptait dans cette étape qui n'en finissait pas.



Une forêt interminable :

            Personne devant, personne derrière ! Je passais d'une allée forestière à une autre, les balises du GR étant toujours bien présentes. Le temps défilait et je ne sortais toujours pas de cette forêt. À 17H15, j'ai appelé Marie-Noëlle, la responsable de la chambre d'hôtes pour lui dire que j'étais bien sûr le chemin, que j'étais en retard et peut-être un peu perdu dans une forêt. Selon elle, j'avais pris une variante plus longue – il n'était pas possible de faire une connexion Internet, un problème de réseau. Je n'avais pas d'autre choix : continuer à suivre le balisage sur les chemins forestiers. Le point d'inquiétude : où je serai par rapport à Champlemy à la sortie de ces bois ? La responsable n'avait pas non plus d'idée précise, mais se disait prête à m'aider.

            J'ai fini par arriver à la lisière de cette forêt, et, après une descente à l'air libre, par me retrouver à un rond-point à proximité d’un bourg. J'ai réussi à avoir une connexion Internet pour constater avec bonheur que j'étais bien à Champlemy. Il était 18 heures passées. J'ai appelé à nouveau Marie-Noëlle, je lui ai donné le nom de la rue attenante au rond-point, et elle est venue me chercher. Il nous a fallu que quelques minutes pour arriver à la chambre d'hôtes (voir photo).



Un bon repas après les difficultés :

            40 minutes après mon arrivée, j'étais à nouveau sur la place du village pour les petites tâches habituelles de fin d'étape, sans compte un bon pansement à mon pouce pour la nuit : photos et films, divers repérages pour le départ du lendemain (voir photo, photo et photo). Mais c'est le souvenir d'un excellent repas qui l'emporte dans ma mémoire : les plaisirs de la table après les difficultés de la journée !

            Le temps passé au dîner fut en effet très agréable : d'une part, le menu était de qualité et varié. Que ce soit pour l'entrée, les viandes ou le dessert, je faisais systématiquement un 2e passage. Le tout arrosé d'un bon vin de la région. D'autre part, je mangeais en compagnie d'un couple de Belges qui a animé les conversations. La femme est francophone ; l'homme parle peu le français, il est Flamand, ce dernier a fait de gros efforts pour échanger quand nous avons discuté de la politique en Belgique, de la place de la royauté dans le système et des difficultés du vivre ensemble pour les différentes communautés – plus loin sur le chemin, au camping d'Astier, j'ai eu l’occasion de discuter avec un Belge néerlandophone qui m'a étonné : dans le groupe des pèlerins de différentes nationalités, le soir au dîner préparé et pris en commun, il utilisait trois, voire quatre langues. C’est dans ces moments-là qu’un terrible regret m’envahit parfois : avoir négligé l’anglais à l’école.

            Pour revenir à ce repas à Champlemy : lorsque les plats sont bons et le vin aussi, le Flamand ne buvait que du blanc, j'avais donc pour moi presque toute la bouteille de rouge vu que la femme ne faisait que tremper ses lèvres dans son verre – dans cette ambiance la barrière des langues paraît moins haute.

            Avant de dormir, j'ai consulté particulièrement les cartes de mon guide pour l'étape du lendemain, mon intention pour la suite était de prendre des départementales pour éviter de trop grands détours dans la campagne et si possible de trop longs cheminements dans des forêts.




Jeudi 1 août 2 019

Première partie de l’étape 2 : Champlemy, 26 km : lundi 18 mai 2 015

Photo : à l'église de Cuncy-lès-Varzy


Résumé :

            Ô mes aïeux, quelle étape ! Je me souviendrai longtemps de Champlemy. J'ai cru avoir fait beaucoup plus de 26 kilomètres. J'étais particulièrement à l'écoute d'une réaction musculaire après un effort prolongé, mais tout s'est bien passé de ce côté-là. J'ai été plongé en fin de journée dans une forêt qui me paraissait sans limites, au point de ne plus savoir ce que j'allais découvrir en sortant de ces bois. Pourtant même blessé au pouce gauche avec mon Opinel en épluchant une orange – c'est vrai que dans la marche, ce sont les pieds qui trinquent, mais le sac est monté et descendu une bonne vingtaine de fois dans la journée, et, à chaque fois, pour être bien installé sur les épaules, le travail des doigts de la main est important –, j'ai toujours été d'attaque. Je ne suis jamais rentré aussi tard à un gîte, et, pourtant j'ai effectué tous les préparatifs habituels de l'étape du lendemain. Je n'ai jamais aussi bien mangé et bu le soir d'une arrivée, et, pourtant, les 35 km pour aller à La Charité-sur-Loire le lendemain ne m'ont pas tellement préoccupé avant de dormir. Oui, j'ai souffert, mais je me disais qu'après Champlemy toutes les étapes ne pouvaient être que plus faciles. Je ne mesurais pas encore complètement que d'autres forêts aussi importantes m'attendaient...

Avec Denise et Alexis, dans une première partie de cette étape :

            J'ai retrouvé Denise et Alexis dans une salle au rez-de-chaussée du « Relais Fleuri » pour le petit déjeuner. Il y avait de tout pour bien se caler. Il était convenu de faire le chemin ensemble sans que nous ayons échangé en quoi que ce soit sur le parcours – il me semblait bien que des échanges sur ce point eussent été quelque peu déplacés. Après un passage dans nos chambres respectives, nous nous sommes retrouvés dans la cour.

            Nous avons remonté la rue qui part du monument aux morts de Tannay (voir photo), et ce n'est que plus loin que nous avons vu une autre balise du GR, près d'un supermarché où nous avons fait quelques petits ravitaillements. J’avais commencé à remarquer que mes deux compagnons du jour faisaient pas mal de ravitaillements – à aucun moment je ne leur ai demandé le but de l’étape du jour pour eux.

            100m après le supermarché, nous sommes arrivés à un carrefour où le balisage est bien présent : le GR bien entendu, mais aussi une inscription Compostelle qui indique une partie de la suite : Cervenon (6 km), Thurigny (8 km), Varzy (20 km), par la D6. Mais un peu plus haut, une autre balise du GR nous invitait à prendre à droite pour aller dans les champs. Pourquoi pas ? Nous avions ainsi fait tout un circuit qui nous a conduits à une église fermée, partie certaine du patrimoine de la région, où seul le clocher a commencé à être restauré (voir photo, et photo). Nous avons dû demander à des gens pour retrouver le GR qui nous a baladés ensuite dans les champs. Certes, mais pour moi, c’était encore une agréable marche matinale... pour retrouver la D6 presque à l'entrée de la forêt de Tannay, à un point que nous aurions pu atteindre en un quart d'heure si nous n'avions pas auparavant quitté la départementale. Il est vrai que le chemin ne se fait pas non plus en fonçant sans rien sentir et découvrir du patrimoine des petites régions traversées ! Néanmoins, si j'étais seul, j'aurais fait l'impasse sur cette petite église.

            Nous étions alors sur une route extrêmement pentue qui montait presque tout droit dans cette forêt, et j'ai vite remarqué qu'Alexis avait des difficultés à marcher, tandis que sa femme tenait un bon pas. Nous avions été rejoints par un autre pèlerin, Jacques, jeune retraité d'une région proche qui dès les premiers contacts avait tenu à nous faire part de son irritation quant aux mauvais descriptifs de son guide, qu'il avait failli d'ailleurs jeter après s'être perdu dans l'étape d'hier. Nous avons dû faire une pause, Alexis avait besoin de souffler, mais sans que l'accent ait été mis sur quelque grosse difficulté que ce soit (voir photo). Néanmoins, je pense que l’homme avait quelques petits problèmes intestinaux, mais, de toutes façons, sur le chemin, la nature nous ouvre généreusement ses bras pour nous apaiser de ce côté-là.                                                        

Après avoir passé le sommet, nous avons effectué une belle et longue descente qui donne un aperçu des beaux paysages qui attendent les marcheurs. Alexis avait récupéré et avançait même à un bon rythme sur le plat. D'ailleurs dans un champ, plus loin, il a soutenu une belle cadence, le peloton étant toujours emmené par sa femme, mais dès que la route s'élevait un peu, il ralentissait nettement. C'est ainsi que nous sommes passés à Cervenon et à Thurigny, par des prairies et des bois sur une route vallonnée. Nous avons fait une autre pause avant Saint-Germain-des-Bois – c'est le couple qui a pris l'initiative de s'arrêter à la vue de bancs et de tables (voir photo). Et à chaque arrêt, chacun des deux prenait soin de s'alimenter un peu.

            Je trouvais alors que la tendance était à ne pas trop se préoccuper du temps qui passe ; cela m'inquiétait un peu vu que mon but était Champlemy, et qu'il fallait du temps pour y aller, les autres n'annonçant pas leur destination. Je crois même qu'à un moment, j'ai un peu poussé le groupe à ne pas trop tarder à repartir.

À chacun son chemin :

            Jusqu'ici, nous étions sous le « régime » des balises du GR, avec une petite confusion à l'entrée de Cuncy-lès-Varzy. À l'église de ce bourg, nous avons décidé de manger et il était d'ailleurs un peu plus de 12H (voir photo). L'heure de prendre quelque chose de plus consistant était venue, d'autant qu'il y avait un petit muret avec une partie à l'ombre, nous avons décidé de manger à cet endroit, quoique la zone fût un peu trop vantée à mon goût. En 10 minutes pour moi c'était fait ; les autres prenaient vraiment leur temps. J'ai utilisé encore une dizaine de minutes pour des photos – au monument aux morts près de cette église, sur un présentoir, une inscription a attiré mon attention : « Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des hommes ». Une belle phrase !

            Et les autres continuaient de manger paisiblement... alors je suis allé leur dire : Je vais partir, car mon point d'arrivée, Champlemy, est à 16 km d'ici, et il est plus de 13 H. Étrangement, il n'y a pas eu de réaction de leur part ; ils sont restés impassibles.  Une question est apparue à mon esprit ; est-ce que je les gênais ? C’est qui est sûr, c’est que pour eux le temps ne comptait pas. Je suis alors parti sur la pointe des pieds comme pour ne pas les déranger… À chacun son chemin ! Et j'ai marché seul jusqu'à l'arrivée. Je ne les ai plus revus.

Mais j’ai commencé à comprendre que nous ne faisions pas ce chemin sur la même base : eux, ils avaient tout leur temps tandis que moi je devais tenir mon plan : réaliser les étapes prévues pour aller jusqu’au bout.

Suite de cette étape de Champlemy à la prochaine publication.

lundi 29 juillet 2019

Publication 4 : mardi 30 juillet 2 019
Étape 1 : Tannay, 22 km : dimanche 17 mai 2 015
Photo: l'église de Tannay

Un premier contact rassurant avec le chemin :
            Il était plus de 9 h quand je suis sorti de la cathédrale. Je n'étais plus pressé, j'étais serein, et il faisait beau. Je n'ai plus senti la présence des autres pèlerins quand j'ai descendu la rue Saint-Pierre. Les contractures aux cuisses ne m'alarmaient pas. À l'échauffement, il y avait toutes les chances pour qu'elles disparaissent.
            Après avoir passé la porte de Vézelay, et tourné à gauche sur la départementale, j'ai rapidement retrouvé la bifurcation pour la voie de Bourges que j’avais reconnue la veille, et un peu plus loin la gendarmerie et la stèle tout à côté. Les balises de Vézelay m'ont paru un peu trop petites à mon goût, même si la pointe du triangle jaune indiquant la direction se détache bien du fond bleu portant la balise européenne. Et ce d'autant que j'allais me rendre rapidement compte qu'elles étaient rares sur bien des tronçons, et que le balisage Vézelay ignore le « tourne à gauche », le « tourne à droite » (j'en ai vu qu'un seul sur tout le chemin), et aussi la croix qui interdit de prendre telle ou telle branche à une intersection. Sans compter le manque criant de balises de confirmation qui rassurent lorsqu'il n'y a pas d'intersection sur une très longue distance. Une question d'économie pour l'association qui s'en occupe ?
            Ainsi, avant d'arriver au petit transformateur électrique, point de repère du guide « Lepère », pour ce qui est du calvaire qui se trouve sur une hauteur, il aurait été mieux de placer une croix pour écarter le chemin qui y monte.
            Dans la traversée du bois de Molay, en attendant un château d'eau signalé dans le guide, quelques petites balises auraient permis de rassurer le pèlerin pour lui signifier qu'il est toujours sur le chemin. Qui dit château d'eau dit structure en hauteur, et surtout la proximité d'une agglomération ! Et ce quelle que soit son importance, mais celui-là tardait à se faire voir. Et ce d'autant que ce repère est complètement dissimulé dans la végétation sur la droite du chemin, et qu'en aucune façon il peut être visible de loin.

Des ornières profondes remplies de boue :
            Et pourtant, dans la 2e forêt, dans la continuité du chemin, j'ai rencontré de larges ornières remplies d'eau boueuse, creusées sans doute à la suite de fréquents passages de gros engins travaillant dans cette forêt ; et sans doute aussi en raison de l'imperméabilité du terrain à cet endroit. Il n'y avait pas seulement quelques points délicats à négocier : à un moment, j'ai dû quitter la piste pour tracer sur une longue distance mon propre chemin, et la présence de plantes épineuses dans les environs immédiats m'obligea même à m'éloigner un peu plus encore. La vigilance était de rigueur si je voulais rester dans la direction générale du chemin.
            Puis j'ai dû quitter cette piste qui continue dans une partie de cette forêt annoncée comme privée, pour tourner à droite le long d'une clôture, et qui débouche sur un autre chemin que mon guide conseille de prendre à gauche – ce qui n'était pas évident sur le terrain : j'ai un temps hésité, mais en y regardant de près dans un des angles d'un poteau, j'ai déniché une petite balise qui indique bien cette direction. Guy, un pèlerin que j'ai rencontré bien plus loin sur ce Vézelay, qui avait pris à droite, me raconta le temps qu'il lui a fallu pour rétablir la situation dans cette partie.

Une sortie surprenante de la zone des forêts :
            J'ai continué sur des portions où je n'étais pas sûr du tout du bon chemin, pour débarquer sur une route bitumée, et je suis entré ensuite dans la forêt de Maulay. Je suis arrivé à un carrefour où il n'y avait pas de balise et, après vérification des différentes branches, j'ai fini par en trouver une cachée dans les arbres et bien loin de l'intersection. Un « tourne à droite » préventif et des croix au départ des branches à ne pas prendre m'auraient fait gagner du temps et plus d'assurance pour la suite.
            Je suis parvenu enfin à la lisière de cette forêt, mais au bord d'une presque dépression géologique : il fallait descendre dans un chemin à travers les bois pour atteindre tout à fait en bas une vaste plaine cultivée et la D165. Ce fut alors ma première halte, où j'ai pris le temps de manger un petit quelque chose avant de me diriger vers le village de Maison-Dieu.

Une première vraie difficulté sur le chemin :
            Après l'église de ce village, au carrefour, je ne me suis pas engagé sur cette D165 qui invitait à aller vers Metz-le-Comte et Tannay, j'ai suivi un balisage qui emmenait les pèlerins dans des champs.
            Le passage dans ces champs fut assez long, et je suis arrivé ensuite sur une autre départementale, la D280. La route serpente dans le paysage et la pente devient même assez forte au bout d'un moment.
            Il n'y avait plus de balise, de quelque nature que ce soit, à l'approche de Metz-le-Comte, je suis revenu sur mes pas, car je me souvenais qu'au bas de la partie la plus pentue, une vieille pancarte métallique portant à la fois les couleurs du GR et l'inscription Compostelle de Vézelay invitait à tourner à droite dans les champs.
            Au début, ce chemin de randonnée est large, acceptable, mais il se rétrécit vite pour devenir juste praticable, car envahi par de hautes herbes ; ayant déjà écarté l'autre possibilité, j'ai continué en devinant parfois le passage, me retrouvant à un moment entre deux petits canaux d'irrigation au point de mouiller complètement mes chaussures, car l'eau suintait de partout ; et, comme le dit mon guide, j'ai fini par atterrir sur la départementale D985, qui est à flanc de colline, le long de la  vallée de l'Yonne. Je devais retrouver en face du point d'arrivée sur cette départementale une petite route qui mène au fond de cette vallée pour justement franchir l'Yonne. Eh bien, de petite route en face, il n'y en avait pas !
            Vraisemblablement, je n'étais pas au bon point de chute sur cette départementale, et je décidais de prospecter sur une distance de 100 m de chaque côté de mon point d'atterrissage. Toujours rien ! Il fallait donc élargir la reconnaissance ; je décidais d'arrêter une voiture – il n'y en avait pas beaucoup qui circulaient sur cette petite route en ce dimanche. Ce n'est qu'au bout du 3e essai qu'une voiture s'arrêta. À bord, des gens bien habillés, sympathiques, qui vraisemblablement devaient aller à une cérémonie ou à une fête, m'ont dit que la fameuse petite route que je cherchais était un peu plus loin... sur ma droite.

La petite vallée de l'Yonne :
            J'ai avalé rapidement cette petite route pour passer deux ponts et me retrouver sur le canal du Nivernais, et là j'ai rencontré encore des problèmes de balisage. Il y avait une belle aire de pique-nique et de bons équipements, je me suis dit que le mieux était de manger un bon morceau tout en étudiant la situation, selon que je choisissais de passer par Asnois ou de suivre le canal. Il se trouve qu'un groupe important de gens y faisait la fête, et, en prenant toutes mes précautions, j'ai abordé quelques-uns de ces pique-niqueurs pour me renseigner. Les explications que j'ai reçues étaient simples : pour Tannay, il suffit de remonter le canal et à l'écluse après le pont de l'Âne, prendre la route à droite et monter sur la colline. Réflexion faite, et après avoir consulté mon guide, si j'avais fait les départementales en passant par Metz-le Comte, j'aurais gagné beaucoup de temps, mais je me suis tenu au chemin classique. Ce n'est que les jours suivants que j'ai compris que lorsque « Compostelle » disparaît par manque de balises, c'est le GR qui prend de facto la relève, mais sans qu'il y ait eu auparavant la moindre collaboration entre les associations de Compostelle et la FFRP. Qui prend la relève ? Mais parfois pour balader le pèlerin dans la campagne !

Le reposant canal du Nivernais :
            Je suis reparti ensuite en longeant le canal du Nivernais. Presque plat et donc reposant, surtout avec l'eau à proximité. Le côté désagréable : la couleur jaune verte de l'eau, sans doute en raison des pluies les jours précédents. Mais, un peu plus loin, au pont de l'âne, j'ai voulu vérifier la bonne direction, aussi j’ai interrogé un homme qui manœuvrait son bateau sur le canal, mais c'était un étranger qui ne connaissait pas grand-chose à la région. Un autre, un peu plus loin sur le canal, me le confirma. À la 2e écluse, je suis arrivé à une intersection avec la départementale qui monte à Tannay. Après le passage d'une voie ferrée, le GR voulait me faire passer par un chemin en terre dans des bois, sans doute pour m'éviter des longueurs. Je ne l'ai pas pris, car j'en avais assez de la boue pour aujourd'hui. J'ai donc suivi la départementale, et j'ai atteint mon but !

         Arrivé à l'église de Tannay, pour ne pas perdre du temps, j'ai demandé à une dame qui était sur la place l'adresse du « Relais Fleuri » où j'avais réservé. Il était à deux coins de rue de l'église.

Enfin, une bonne nuit !
Après la douche, je suis descendu au bar de l'établissement, au rez-de-chaussée, pour prendre une « pression », que j'ai appréciée après ces efforts et ces appréhensions, et pour obtenir pour le code wi-fi de la maison, de façon à faire des économies de connexion Internet sur mon portable, le coût du roaming étant conséquent.
            Puis je suis allé faire un tour dans Tannay, afin de prendre les habituelles photos à l'arrivée d'une étape et de faire une petite reconnaissance du chemin. Il importe de quitter la ville facilement le lendemain. C'est au cours de cette petite balade que j'ai vu arriver deux pèlerins qui me semblaient hésitants quant à la suite de leur journée, et que j'ai abordés – c’est d’ailleurs le lendemain que j’ai commencé à cerner la réalité de ces hésitations. Ils cherchaient un point de chute. Je leur ai dit tout simplement que j'étais à tel endroit, tout près, et que, vraisemblablement, il y avait encore de la place. Je les ai retrouvés le soir au restaurant de l'établissement.
            Le dîner était prévu pour 20H, mais, par habitude, je me suis pointé vers 19H45. Bien des convives étaient déjà installés dans la salle du restaurant, y compris les deux pèlerins rencontrés l'après-midi. La responsable me montra une table, mais passant devant celle des deux pèlerins, je leur ai demandé simplement si je pouvais dîner avec eux, ce qu'ils ont accepté d'emblée – je me devais d’aller vers eux, pour moi-même. La question des commandes fut rapidement résolue, il n'y avait guère de choix : c'était un repas assez léger en somme : soupe, poissons, dessert. Après des présentations détaillées, nous avons échangé sur les motivations qui nous avaient amenés là. Avec des expérimentés du chemin, le courant passe vite, l’essentiel est vite ciblé. J’avais cependant remarqué que si la dame avait la parole relativement facile, l’homme était bien réservé. Tous les deux semblaient prendre à plaisir à rester à table. 
            Ce fut un grand moment de détente. J'étais bien ; les heures à venir ne pouvaient être qu'apaisantes. J'avais du sommeil à rattraper après une nuit dans l'avion et la suivante dans un dortoir où un gros ronfleur avait assuré la sonorisation.


Publication 3 : 30 juillet 2 019

Dimanche 17 mai 2 015 : avant les premiers pas sur le chemin de Vézelay

Une nuit sans vrai repos :


            Le soir, dans le dortoir, après une journée harassante et surtout pleine de surprises, je m’attendais à trouver un bon sommeil réparateur. Le grand dortoir était pratiquement plein, mais nous n’étions pas les uns sur les autres – il y avait même une séparation bien large entre les deux rangées de lits. Mais pour ce qui est du repos avant la marche proprement dite, ce fut loin d’être le cas.

            La première partie de la nuit s'est bien passée, mais dans la deuxième j'ai été tenu éveillé par un bon ronfleur. Un vrai, qui régulièrement courait derrière sa respiration, et à qui j'aurais pu aussi décerner une médaille d'or dans cette « spécialité ». Ce n'était pas mon voisin immédiat, mais celui de la rangée d'en face – j'entendais aussi d'autres pèlerins qui bougeaient souvent et anormalement au lit, signe qu'ils étaient, eux aussi quelque peu dérangés. Mais comme il se doit entre pèlerins, il n'y a eu aucune protestation ouverte dans le dortoir. Naturellement, pour faire face à cette situation, j'ai essayé de filtrer au mieux cette nuisance en enchaînant dans une certaine mesure les recettes « a minima » classiques : se racler la gorge, tousser un peu fort, etc. Aucun effet, l'homme relançait même sa machine. Comme c'est le plus souvent le cas, il dormait sur le dos, la meilleure position pour exercer son « art ». Peut-être que j'ai dû avoir quelques petites séquences d’un sommeil très léger. À un moment, je l'ai vu se lever et se diriger vers les toilettes, les premières petites lueurs du jour commençaient à apparaître entre des rideaux mal tirés à une fenêtre non loin de mon lit. Quand je l'ai vu repartir à sa place, je me suis dit que la situation allait s'arranger et que je pourrais alors compter sur une dernière petite relance du sommeil, et ce d'autant qu'il s'était mis sur le côté, mais, contrairement à la plupart des « malades », même dans cette position, il a repris aussitôt son concert. Il ne me restait plus qu'à aller faire ma toilette. D’ailleurs, un autre pèlerin de la chambrée ne tarda pas à avoir la même idée. J'ai eu la chance par la suite de ne plus le revoir dans des gîtes ni sur le chemin ; contrairement à moi, il avait sans doute au départ pris la variante de Nevers.

             Partir du moment où j'ai commencé à bouger, et ce malgré des précautions pour éviter de faire du bruit, les autres n'ont pas tardé à se remuer sauf le ronfleur qui, lui, est resté sous sa couverture, sans doute pour se reposer un peu avant de se lever – toute plaisanterie mise à part, il n'est pas sûr qu'il ait lui-même passé une bonne nuit, les apnées du sommeil sont aussi très fatigantes. Arrivé dans la cour, quand j'ai vu que la porte qui donne sur la rue était fermée, j'ai eu envie un moment de retourner dans le dortoir, mais j'ai préféré déposer mon sac 
et je me suis assis sur le perron. J'avais du temps à tuer. Finalement, m'approchant de cette porte, j'ai compris qu'elle était simplement poussée. J'ai repris mes affaires et je suis sorti. Tout le quartier était plongé dans un grand silence. En ce dimanche 17 mai 2 015, à 7 h, Vézelay semblait dormir encore, et il faisait jour. J'ai descendu la rue dans l'espoir de trouver un bar ouvert et de prendre un petit déjeuner. Tout était fermé ; aussi je suis remonté à la cathédrale, car avant de partir, je devais assister à la cérémonie de prières, tellement recommandée par le religieux qui m’avait accueilli.

Un bon petit déjeuner :

            Sur cette place, j'ai remarqué un bar-restaurant non repéré la veille. Dans une salle donnant sur la rue des couverts pour le petit déjeuner étaient déjà mis. La porte d'entrée étant ouverte, je me suis dirigé vers une dame qui s'affairait dans un couloir. À petits pas, sourire aux lèvres, dans le sens où je voulais lui dire comprendre que j’étais bien conscient que je la bousculais un peu pour le service. C'est encore fermé, me dit-elle ; et, après un court moment de silence, elle m'a dit gentiment : et vous voulez ? J’avais réussi mon opération. Elle me dirigea vers une petite salle. Étant le seul client à cette heure, j'ai été rapidement et bien servi : thé, tranches de pain grillé, beurre, confiture, croissant, jus d'orange. J'ai pris tout mon temps, la cérémonie religieuse à côté ne commençait qu'à 8 h. Il faut savoir aussi dans certaines circonstances pousser un peu ce qui est établi. Avec des précautions quand même !

Une belle cérémonie à la cathédrale :

            J'ai eu vite l'impression en entrant dans la cathédrale d'être le retardataire à cette cérémonie. Pourtant, il n'y avait pas beaucoup de monde, mais tout le public participait pleinement aux chants liturgiques. J'étais à peine à ma place que l'hospitalier du gîte avec qui j'avais bien discuté la veille est venu me remettre un livre de prières. Et la religieuse qui menait la cérémonie annonçait régulièrement la page et le numéro du psaume retenu. Tout ce petit monde dans les bancs essayait de chanter au mieux, mais ce sont les religieuses et les religieux qui assuraient l'essentiel. Au bout d'un quart d'heure,
j'étais un peu irrité par ce qui me paraissait être des séries de répétitions, pressé que j'étais de sortir pour tester mon état physique. C'était alors une véritable épreuve de patience. Pourtant, en filmant un peu cette cérémonie, petit à petit je suis entré dans cette atmosphère, et j'ai ensuite ressenti la beauté, la qualité de la prestation des religieuses ; j'étais même, à la fin, comblé quand l'une d'entre elles s'est mise à la flûte. C'était vraiment beau, le temps ne comptait plus.


            À la fin des prières, après une partie dirigée par la mère supérieure, le curé a réuni les pèlerins dans un coin de la cathédrale pour les bénir et leur remettre un opuscule reprenant une partie des évangiles. Après Jean au Puy-en-Velay, c'est avec Luc que je partais sur le chemin de Vézelay – ce petit texte est une réécriture de l’apôtre présentée comme plus adaptée à notre époque ; bien plus tard, après une comparaison avec une bible éditée en 1 955, j'avoue préférer l'ancienne rédaction, bien que je ne sois en aucune façon un vrai pratiquant de l'évangile et encore moins un expert.

vendredi 19 juillet 2019



Publication du samedi 20 juillet 2 019


Samedi 16 mai 2 015

Un Vézelay qui se refusait à moi ?

            Photo : une rue de la petite ville


            Un peu plus d’un mois avant le départ sur cette voie, en avril 2 015, j’avais surmonté une douleur musculaire sur le haut de la cuisse droite, et j’ai pris l’avion pour la France. J’avais rendez-vous à Paris avec Daniel Dumont, un des créateurs de l’ARCC (association des Amis Réunionnais des Chemins de Compostelle) avec qui je devais faire une première partie de cette voie. Le fait de voyager toute une nuit dans l’avion du Réunion-Paris a réactivé cette douleur si bien, alors que je n’avais pas encore vu Daniel à Paris, dans l’après-midi de l’arrivée, j’ai cru bon d’essayer avec mon sac-à-dos de faire le tour du quartier où j’avais retenu une chambre d’hôtel pour me tester. Résultat : il me fallait annuler le départ pour le lendemain – et j’ai bien fait puisque le soir même j’avais des difficultés à entrer dans la baignoire pour me doucher. J’ai dû annoncer à Daniel que j’étais vraiment désolé de ne pas l’accompagner le lendemain, et que j’avais décidé de renter à la Réunion au plus vite. Le Vézelay se refusait à moi !

            À la Réunion, pendant un peu plus d’un mois je me suis soigné et j’ai repris mes marches habituelles dans les hauts de mon village de Bois-de-Nèfles Saint-Paul. Et ensuite je suis reparti à Paris… je ne pouvais accepter cette sorte de fatalité.

            Mais j’ai dû faire face encore à des difficultés vraiment imprévisibles, incompréhensibles…Ce Vézelay continuait de se refuser à moi ! En effet, tout a commencé à l’aéroport d’Orly où j’ai dû faire une queue interminable pour le passage à la police, les passagers de plusieurs vols dont un venait d’Afrique ont été rassemblés pour les formalités de contrôle. Mais j’étais décontracté, je savais que Laurent, mon neveu, qui vit à Paris, était à ma disposition pour me conduire en voiture au départ de ma marche, ce qui simplifiait grandement la journée, car autrement il aurait fallu passer de bus en bus pour rejoindre en fin de journée mon départ. J’étais heureux !

            Arrivé sur place en fin de matinée, nous avions laissé la voiture au parking en bas du village – les voitures des visiteurs ne montent pas dans cette petite ville – et j’ai demandé à mon neveu de m’accompagner pour aller régler si possible la question du gîte au « Centre Sainte Marie-Madeleine »
L'entrée du Centre Sainte Marie Madeleine
, une occasion aussi pour lui de faire connaissance avec ce lieu tant visité. Nous y avons été bien accueillis étant bien entendu que les formalités seront accomplies dans l’après-midi. Nous sommes redescendus au parking, mon intention était de libérer mon chauffeur, son travail étant terminé.

            Il ne me restait plus, arrivé à la voiture, qu’à prendre ma valise, à composer mon sac-à-dos pour la marche, et à renvoyer les autres affaires disons « civiles » chez ma nièce qui habite aussi dans la région parisienne. Mais surprise en ouvrant ladite valise : son contenu n’avait absolument rien à voir avec mes propres affaires. Je me suis tout simplement trompé de valise en voulant faire vite au tapis roulant de l’aéroport – à tous les coups, c’était celle d’un voyageur qui venait d’Afrique.

            Nous sommes restés tous les deux pendant de longues minutes sans dire un mot. J’étais vraiment abasourdi, et Laurent aussi ! Mais je me suis dit qu’il fallait quand même faire le match jusqu’au bout… même si c’est pour être définitivement écarté de mon projet in fine ! Et mon chauffeur m’a dit : on retourne à l’aéroport… beaucoup de kilomètres nous attendent !

            À Orly, nous sommes allés directement au bureau où se trouvent les objets non récupérés… En entrant dans la salle, avant que je ne m’explique avec l’employé qui réglait une question avec une voyageuse, j’avais déjà repéré ma vraie valise… en me disant quand même : voilà une qui ressemble bien à la mienne ! Et c’était le cas ! le vent avait tourné… je me suis expliqué avec le responsable de ce service, en le priant de présenter mes excuses au vrai propriétaire du bagage que je rapportais. Le Bon Dieu avait sans doute fini de me tester. Le retour à Vézelay fut des plus joyeux.

            Arrivés au parking, sans me préoccuper des touristes qui y circulaient, je me suis déshabillé, pour enfler ma tenue de marche ; j’ai composé mon sac-à-dos, et j’ai libéré Laurent…en me disant : j’espère que j’ai encore une place au gîte des religieux !

            Inutile de dire que sac au dos, j’ai dû faire un petit record dans l’ascension de cette butte sur laquelle se trouve cette petite ville ; en pénétrant dans le bureau d’accueil, le responsable qui m’avait accueilli le matin leva les bras au ciel : mais nous nous demandions où vous étiez passé… J’ai à peine commencé à lui raconter mon histoire qu’il m’arrêta : réglons les formalités et je vous conduis ensuite au dortoir pour que vous puissiez prendre possession de votre lit.

            Et en moi-même je me suis dit : j’ai gagné le match… pour aussitôt atténuer ce jugement : Merci Seigneur de m’avoir aidé !

            En fin de journée, j’ai fait un tour sur la place de la cathédrale
La place de la cathédrale de Vézelay




















et ensuite une petite reconnaissance du chemin au départ de ce Vézelay, au bas de la ville – il ne fallait surtout pas rater de prendre le lendemain l’option voie de Bourges. 
Le départ par la voie de Bourges



mercredi 17 juillet 2019



Le 17 juillet 2 019



Pourquoi revenir sur le Vézelay ?

Photo : à deux pas du gîte tenu par les religieux, un bon point de restauration.  

Quand un marcheur emprunte un chemin de Compostelle, quel que soit son positionnement philosophique et/ou religieux, se déclenche un enchainement qui le pousse à aller sur d’autres voies de pèlerinage. Mieux encore : il lui arrive même de refaire un même parcours, comme s’il n’avait pas complètement fini d’embrasser telle ou telle partie historique. Comme s’il y avait à confirmer ce qu’il avait (re)découvert en lui, et comme s’il était indispensable de poursuivre ses recherches dans les relations avec les autres. C’est ainsi qu’après avoir fait la voie du Puy en 2 011 (du Puy-en-Velay à Santiago de Compostelle), et donc la partie espagnole de cette voie appelée le Camino Francés, j’ai refait en 2 014 et en 2 018 cette même partie espagnole qui est la plus fréquentée par les pèlerins du monde entier. Entre-temps, j’ai aussi apprécié la voie d’Arles, qui se termine en Espagne à Puente la Reina, avec ce beau passage des Pyrénées par le col du Somport.

Mais je viens ici vous parler d’une autre voie de Compostelle bien campée dans l’Histoire, celle qui va de Vézelay à Saint-Jean-Pied-de-Port dans les Pyrénées, que j’ai faite en mai-juin 2 015. Avec toujours la redécouverte de la magie du chemin.