vendredi 31 janvier 2020

Étape 25 : Port-Sainte-Foy : 30 km.
Photo : Je suis sur la rive droite de la Dordogne, à Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt.
Résumé de l'étape :

Port-Sainte-Foy est sur la rive droite du fleuve la Dordogne, dans le département de la Dordogne. Cette commune a fusionné dans les années 60 avec celle de Ponchapt sous le nom de Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt. Hier, l'activité principale était la batellerie sur le fleuve ; aujourd’hui l’accent est mis sur le tourisme et les loisirs.
Port, parce que c'était un port du temps de la batellerie, pour le bois, le vin et autres produits de la campagne ; et Sainte-Foy, parce que la Sainte est originaire du pays ; ce n'est que bien plus tard que l'abbaye de Conques, sur la voie du Puy, pour se relancer, a « récupéré » les reliques de la sainte qui avaient été placées à Agen.
Le parcours pèlerin se fait autour de la D 20, la voie qu'empruntent les cyclistes, qui la coupe en deux endroits, permettant de faire ainsi une bonne découverte de la campagne où la vigne est la culture dominante.
Le dernier petit tiers du chemin est carrément un grand détour dans cette campagne avant d'atteindre le fleuve. Dans cette voie de Vézelay, après le passage de la Loire, l'arrivée sur la Dordogne est un grand moment.
Le déroulement de l'étape :
L'étape se simplifie en quelque sorte, par la traversée des vignes – la réputation des vins de la région n'est plus à faire, où un sol fait de sable et de graviers, voire d'argile plus en profondeur, y est pour beaucoup. Les dénivelés sont peu prononcés. Les marcheurs se laissent donc glisser dans le paysage.
Ce qui nous a manqué, c'était le soleil ; depuis le départ à Mussidan, une petite pluie nous a accompagnés presque toute la matinée, mais le rythme de la marche était moins élevé qu'hier. Je suis resté en contact avec les deux autres, je savais aussi que dans l'après-midi le tempo allait être d'un ton en dessous.
Et dans le dernier petit tiers, alors que cela se voit que le balisage prend un malin plaisir à lancer le marcheur dans un grand détour, bien que fatigué comme les autres, une petite satisfaction m'avait envahi : Sainte-Foy nous tendait les bras. Il faut savoir s'appuyer sur un petit plaisir dans les moments difficiles.
La fin du test d'hier :
Dans la dernière partie justement, le balisage nous invite à tourner gauche dans une légère montée vers un petit village, et lorsque se présenta un chemin en terre qui mène au pied d'un superbe contrefort, mine de rien je me suis mis devant les deux autres, prêt à enregistrer une réaction éventuelle de leur part. Mais il n'y en eut pas. Ce large chemin en terre permet de gravir cette difficulté en ligne droite, sur un sol rendu assez boueux par la pluie qui a arrosé les environs toute la journée. La ligne droite fait que la pente est progressive jusqu'au sommet et ne laisse donc que peu de place à la récupération pendant l'ascension.
Je montais à ma main, utilisant au mieux mes bâtons, soucieux de ne pas me mettre dans le rouge – il n'y avait aucune de démonstration à faire. Cela devait être naturel. Un coup d'oeil à l'arrière à mi-pente montrait que j'avais pris une petite avance sur Cor et une plus importante sur Alain. Cette avance a été nette au sommet, en raison sans doute de l'implacable loi de la pesanteur : un petit gabarit portant un sac moins lourd que celui des autres est avantagé. Et je les ai attendus, sans qu'il y ait eu de remarque ni de regard interrogateur de ma part. D'ailleurs, le paysage valait le coup d'œil, et je m'employais à évaluer ce qu'il nous restait pour finir l'étape. Et j'ai continué à marcher devant, naturellement ! Descente, passage boueux dans des vignes. Dans l'ensemble, nous contournions vraiment la ville d'arrivée.
Un passage délicat en fin d'étape :
Nous étions encore dans les vignes quand ayant reçu un appel téléphonique Cor s'est laissé un peu décrocher ; et au bout d'un certain temps, comme il tardait à revenir sur nous, nous l'avons attendu. Il est réapparu à la fin d'une descente à la limite des champs et d'une zone boisée. Le passage dans ces bois est un vieux sentier qui n'a pas bougé depuis la nuit des temps, plein de galets rendus très glissants par la pluie, et des parties boueuses. Si je n'avais pas mes bâtons, en plus d'une fois je serais allé au sol. C'est dans les premiers mètres de ce sentier que Cor a fait une spectaculaire glissade, le petit sac qu'il avait à la main s'est retrouvé dans les branches des arbustes. Mais il n'y a eu aucun dommage, l'homme est solide. Et nous avons dû prendre mille et une précautions pour terminer cette descente ; nous avons respiré vraiment quand nous avons repris la départementale, et surtout la route qui longe la Dordogne, qui passe sous le pont qui permet la traversée du fleuve et qui conduit le pèlerin à Sainte-Foy. C'était la fin de cette éprouvante étape ; je crois que je n'étais pas le seul à ressentir une bonne fatigue ; un sac à dos sur 30 km demande un gros investissement en énergie. Il ne nous restait plus qu'à rejoindre notre hébergement à Port-Sainte-Foy-et-Ponchap, près de l'église.
Un bon gîte, un bon séjour :
Comme d'habitude, je suis entré le premier dans cet hébergement, Alain et Cor ont préféré faire un tour en ville pour les provisions à utiliser au dîner.
C'est une grande bâtisse, l'accès à l'étage où se trouve le gîte proprement dit, se fait par un grand escalier qui donne déjà une idée de ce que devait être ce bâtiment dans le passé. Tout a été refait : les sanitaires sont irréprochables ; le dortoir se trouve dans une grande salle, sans doute réservée hier à de grandes réceptions, où les lits sont disposés avec suffisamment d'espace de séparation – seuls deux dispositifs à deux lits superposés se trouvent dans un coin ; la pièce réservée à la cuisine et la salle à manger est en revanche un peu petite.
En entrant dans ce dortoir, j'ai découvert que d'autres pèlerins y étaient déjà installés : trois Néerlandais s'interpellaient bruyamment – j'ai pensé à Cor qui allait pouvoir échanger à l'aise avec ses compatriotes. Nous ne les avons même pas entrevus jusqu'ici, mais un découpage en étapes du chemin en vaut un autre – je les reverrai 10 étapes plus loin, à Sauveterre-de-Béarn, deux jours avant l'arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Une fois installé, je suis allé faire un petit tour en ville. Juste dans les environs du pont sur la Dordogne qui permet de passer dans le département de la Gironde ! Je n'avais que des petites courses à faire vu que je mangeais avec les deux autres - je participe aux frais d'achat des victuailles pour le dîner. Mais le point le plus important, c'est le coup d'œil sur la Dordogne.
Nous avons occupé la cuisine avant les autres, car il n'y avait pas suffisamment de place pour tous les pèlerins présents – les trois Hollandais, dont un parle à peu près le français, ont mangé après nous.  Le dîner fut très apprécié, grâce à Alain et Cor, ma contribution se fait toujours dans la partie vaisselle ; j'ai répété à Alain qu'il devrait songer à lancer sa propre table d'hôte, et il m'a même dit qu'il y pensait ; quant à Cor, c'est plus loin sur le chemin qu'il m'a fait comprendre qu'il était dans son pays un professionnel de la restauration. Tout s'explique !
La nuit a été des plus calmes.

Étape 25 : Port-Sainte-Foy : 30 km.

Photo : Je suis sur la rive droite de la Dordogne, à Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt.

Voir la vidéo.

Résumé de l'étape : 
Port-Sainte-Foy est sur la rive droite du fleuve la Dordogne, dans le département de la Dordogne. Cette commune a fusionné dans les années 60 avec celle de Ponchapt sous le nom de Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt. Hier, l'activité principale était la batellerie sur le fleuve ; aujourd’hui l’accent est mis sur le tourisme et les loisirs.
Port, parce que c'était un port du temps de la batellerie, pour le bois, le vin et autres produits de la campagne ; et Sainte-Foy, parce que la Sainte est originaire du pays ; ce n'est que bien plus tard que l'abbaye de Conques, sur la voie du Puy, pour se relancer, a « récupéré » les reliques de la sainte qui avaient été placées à Agen.





Port, parce que c'était un port du temps de la batellerie, pour le bois, le vin et autres produits de la campagne ; et Sainte-Foy, parce que la Sainte est originaire du pays ; ce n'est que bien plus tard que l'abbaye de Conques, sur la voie du Puy, pour se relancer, a « récupéré » les reliques de la sainte qui avaient été placées à Agen.

Le parcours pèlerin se fait autour de la D 20, la voie qu'empruntent les cyclistes, qui la coupe en deux endroits, permettant de faire ainsi une bonne découverte de la campagne où la vigne est la culture dominante.

Le dernier petit tiers du chemin est carrément un grand détour dans cette campagne avant d'atteindre le fleuve. Dans cette voie de Vézelay, après le passage de la Loire, l'arrivée sur la Dordogne est un grand moment.

Le déroulement de l'étape :

L'étape se simplifie en quelque sorte, par la traversée des vignes – la réputation des vins de la région n'est plus à faire, où un sol fait de sable et de graviers, voire d'argile plus en profondeur, y est pour beaucoup. Les dénivelés sont peu prononcés. Les marcheurs se laissent donc glisser dans le paysage.

Ce qui nous a manqué, c'était le soleil ; depuis le départ à Mussidan, une petite pluie nous a accompagnés presque toute la matinée, mais le rythme de la marche était moins élevé qu'hier. Je suis resté en contact avec les deux autres, je savais aussi que dans l'après-midi le tempo allait être d'un ton en dessous.

Et dans le dernier petit tiers, alors que cela se voit que le balisage prend un malin plaisir à lancer le marcheur dans un grand détour, bien que fatigué comme les autres, une petite satisfaction m'avait envahi : Sainte-Foy nous tendait les bras. Il faut savoir s'appuyer sur un petit plaisir dans les moments difficiles.

La fin du test d'hier :

Dans la dernière partie justement, le balisage nous invite à tourner gauche dans une légère montée vers un petit village, et lorsque se présenta un chemin en terre qui mène au pied d'un superbe contrefort, mine de rien je me suis mis devant les deux autres, prêt à enregistrer une réaction éventuelle de leur part. Mais il n'y en eut pas. Ce large chemin en terre permet de gravir cette difficulté en ligne droite, sur un sol rendu assez boueux par la pluie qui a arrosé les environs toute la journée. La ligne droite fait que la pente est progressive jusqu'au sommet et ne laisse donc que peu de place à la récupération pendant l'ascension.

Je montais à ma main, utilisant au mieux mes bâtons, soucieux de ne pas me mettre dans le rouge – il n'y avait aucune de démonstration à faire. Cela devait être naturel. Un coup d'oeil à l'arrière à mi-pente montrait que j'avais pris une petite avance sur Cor et une plus importante sur Alain. Cette avance a été nette au sommet, en raison sans doute de l'implacable loi de la pesanteur : un petit gabarit portant un sac moins lourd que celui des autres est avantagé. Et je les ai attendus, sans qu'il y ait eu de remarque ni de regard interrogateur de ma part. D'ailleurs, le paysage valait le coup d'œil, et je m'employais à évaluer ce qu'il nous restait pour finir l'étape. Et j'ai continué à marcher devant, naturellement ! Descente, passage boueux dans des vignes. Dans l'ensemble, nous contournions vraiment la ville d'arrivée.

Un passage délicat en fin d'étape :

Nous étions encore dans les vignes quand ayant reçu un appel téléphonique Cor s'est laissé un peu décrocher ; et au bout d'un certain temps, comme il tardait à revenir sur nous, nous l'avons attendu (voir photo). Il est réapparu à la fin d'une descente à la limite des champs et d'une zone boisée (voir photo, photo et photo). Le passage dans ces bois est un vieux sentier qui n'a pas bougé depuis la nuit des temps, plein de galets rendus très glissants par la pluie, et des parties boueuses. Si je n'avais pas mes bâtons, en plus d'une fois je serais allé au sol. C'est dans les premiers mètres de ce sentier que Cor a fait une spectaculaire glissade, le petit sac qu'il avait à la main s'est retrouvé dans les branches des arbustes. Mais il n'y a eu aucun dommage, l'homme est solide. Et nous avons dû prendre mille et une précautions pour terminer cette descente ; nous avons respiré vraiment quand nous avons repris la départementale, et surtout la route qui longe la Dordogne, qui passe sous le pont qui permet la traversée du fleuve et qui conduit le pèlerin à Sainte-Foy (voir photo et photo). C'était la fin de cette éprouvante étape ; je crois que je n'étais pas le seul à ressentir une bonne fatigue ; un sac à dos sur 30 km demande un gros investissement en énergie. Il ne nous restait plus qu'à rejoindre notre hébergement à Port-Sainte-Foy-et-Ponchap, près de l'église (voir photo, et photo).

Un bon gîte, un bon séjour :

Comme d'habitude, je suis entré le premier dans cet hébergement, Alain et Cor ont préféré faire un tour en ville pour les provisions à utiliser au dîner.

C'est une grande bâtisse, l'accès à l'étage où se trouve le gîte proprement dit, se fait par un grand escalier qui donne déjà une idée de ce que devait être ce bâtiment dans le passé. Tout a été refait : les sanitaires sont irréprochables ; le dortoir se trouve dans une grande salle, sans doute réservée hier à de grandes réceptions, où les lits sont disposés avec suffisamment d'espace de séparation – seuls deux dispositifs à deux lits superposés se trouvent dans un coin ; la pièce réservée à la cuisine et la salle à manger est en revanche un peu petite.

En entrant dans ce dortoir, j'ai découvert que d'autres pèlerins y étaient déjà installés : trois Néerlandais s'interpellaient bruyamment – j'ai pensé à Cor qui allait pouvoir échanger à l'aise avec ses compatriotes. Nous ne les avons même pas entrevus jusqu'ici, mais un découpage en étapes du chemin en vaut un autre – je les reverrai 10 étapes plus loin, à Sauveterre-de-Béarn, deux jours avant l'arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port.

Une fois installé, je suis allé faire un petit tour en ville. Juste dans les environs du pont sur la Dordogne qui permet de passer dans le département de la Gironde (voir photo) ! Je n'avais que des petites courses à faire vu que je mangeais avec les deux autres - je participe aux frais d'achat des victuailles pour le dîner. Mais le point le plus important, c'est le coup d'œil sur la Dordogne. (Voir photo, photo, photo, photo, photo, photo, photo et photo)

Nous avons occupé la cuisine avant les autres, car il n'y avait pas suffisamment de place pour tous les pèlerins présents – les trois Hollandais, dont un parle à peu près le français, ont mangé après nous.  Le dîner fut très apprécié, grâce à Alain et Cor, ma contribution se fait toujours dans la partie vaisselle ; j'ai répété à Alain qu'il devrait songer à lancer sa propre table d'hôte, et il m'a même dit qu'il y pensait ; quant à Cor, c'est plus loin sur le chemin qu'il m'a fait comprendre qu'il était dans son pays un professionnel de la restauration. Tout s'explique !

La nuit a été des plus calmes.

vendredi 3 janvier 2020


Étape 23 : Saint-Astier : 21,5 km..

Photo : une belle maison ancienne dans le Périgord.


Résumé de l'étape :

            Saint-Astier est au cœur de la vallée de l'Isle – un affluent de la Dordogne, qui prend naissance dans le Massif Central. Libourne est le point de confluence. Il fut un temps où ce cours d'eau était navigable, un projet de réhabilitation dans ce sens pour le tourisme est en gestation.

            Deux ratés dans cette étape : le premier, à l'abbaye de Chancelade, alors que j'étais seul, j'ai sauté un point du balisage ; le deuxième, après le village « Les Andrivaux », cette fois j'étais avec Guy, et tous les deux en grande discussion, non seulement nous n'avons pas vu la balise, mais nous avons mis un certain temps avant de retrouver notre chemin.

            Guy avait réservé au camping à l'entrée de Saint-Astier, et le reste du groupe à une chambre et table d'hôtes à un peu moins de 2 km du centre-ville, ce qui fait que j'ai dû faire, un peu comme les autres, un aller-retour en ville pour des visites et des petites courses, et donc encore des kilomètres en fin de journée. J'en ai retiré un avantage cependant, cette balade m'avait creusé un peu plus l'appétit, et notre logeuse nous avait préparé un repas de qualité.

Le déroulement de l'étape :

            Au départ du gîte à Périgueux, je me suis contenté d'un chocolat chaud, bien sucré, avec du pain de mie – il y en avait dans les provisions de réserve de la responsable. Dans ce gîte, j'ai laissé 10 €, en donativo, dans la boîte prévue à cet effet pour le séjour, et après avoir refait le pansement à mon index, je suis parti alors que les autres étaient encore dans le gros de leur préparation. – Ils cuisinent le repas de midi en commun. Mais je ne suis pas intégré au groupe à ce niveau.

            J'ai eu quelques hésitations à l'échangeur à la sortie de la ville ; d'ailleurs, à un moment, j'ai entraperçu Guy qui se trouvait sur un autre embranchement, un peu plus loin, mais il a vite disparu ; puis j'ai retrouvé les balises et tout est rentré dans l'ordre. Au calme, par beau temps, et un passage dans un petit quartier résidentiel (voir photo). 

            À l'abbaye de Chancelade, tout me paraissait désert, les bâtiments fermés, je ne me suis pas arrêté, j'ai continué à descendre. Mais j'ai rapidement compris que je n'étais plus sur le chemin, je suis retourné sur mes pas afin de retrouver la dernière balise. Cette dernière localisée, je suis redescendu mais cette fois en observant attentivement les deux côtés de la route... pour remarquer que juste avant l'abbaye une balise du GR presque cachée dans les herbes, pointe un petit escalier permettant de rattraper un chemin qui traverse un quartier au-dessus de l'abbaye.

            Tout s'est très bien déroulé par la suite. Et j'ai retrouvé Guy un peu plus loin. Par une petite route tranquille à travers les bois, nous sommes descendus dans une petite vallée, vers un petit village sur l'autre versant ; et nous avons fait une pause au fond de cette vallée. Au moment de repartir, Alain, Cor et Ole ont fait leur apparition, et ils ont descendu leurs sacs à dos. Guy et moi avons grimpé dans le village Les Andrivaux, tout en nous demandant comment il a été possible de construire toutes ces maisons sur un terrain autant incliné. Mais la pente s'adoucit vite après avoir dépassé la dernière maison. Un peu plus loin, nous nous sommes retrouvés sur un plateau... mais les balises se sont une fois de plus volatilisées. J'ai vérifié la route goudronnée sur au moins 500 m, et Guy en a fait de même dans un chemin à travers un bois. Toujours rien ! Il ne nous restait plus qu'à redescendre vers le village, et à retrouver la dernière balise. C'est alors que j'ai aperçu à une certaine distance de la route une dame qui s'occupait dans son jardin. Je l'ai interpellée, et elle nous a fait entrer dans sa cour. Nous avions eu droit non seulement à une explication sur le chemin dans la région, mais aussi à une présentation de son quartier, avec un brin de nostalgie. Je suis née ici, dit-elle ; vous voyez cette forêt dense en face, du temps de mon père, c'était partout cultivé. J'ai dû pousser un peu Guy à partir, car il serait resté bien plus longtemps à échanger avec cette dame. Mais elle nous a répété l'essentiel : dans le virage un peu plus bas, sur la gauche en montant, au pied d'un gros chêne se trouve la balise que vous n'avez pas vue. Elle avait raison, mais à notre décharge, ladite balise était à moins d'un mètre du sol et cachée dans les hautes herbes.

            Puis ce fut forêt et forêt... et petits chemins tranquilles.

            Nous avons profité de la forêt de la Faye et de ses sentiers ombragés, car il a fait chaud ce jour-là. Plus loin, une voiture qui arrivait en sens inverse s'est arrêtée à notre hauteur, et le conducteur nous a dit : à 200 m, sur un petit plateau, j'ai disposé des pierres sous les arbres, vous pourriez prendre un peu de repos, et manger à l'ombre ; c'est juste en face de chez moi. Et c'est bien ce que nous avons fait (voir photo).

            Plus loin, après avoir coupé la D 3, le chemin retrouve la rivière, et c'est le balisage de l'association locale de Compostelle qui reprend la main au GR, et nous avons eu des hésitations à certains endroits. J'aurai plus loin l'occasion de vérifier que la coordination entre le travail des associations locales et la FFRP (le GR) n'est pas du tout au top.

            La fin de l'étape se fait sur « la voie verte », à la fois calme et sécurisée, cela m'a un peu rappelé l'arrivée à Limoges sur les berges de la Vienne ; le chemin longe le cours d'eau jusqu'à un canal de dérivation, fait ensuite franchir la rivière par une passerelle, et suit cette « voie verte ». À l'approche de Saint-Astier, alors que nous arrivions auprès de quelques maisons, et avant que nous retrouvions à nouveau la rivière, nous n'avons pas pu résister à nous asseoir sous les arbres, attirés par la fraîcheur de l'ombre, car il y avait un vrai cagnard. J’ai même commencé à m'assoupir, tellement que je me sentais bien au calme, au repos.

            Nous sommes arrivés ensuite à la D 41 qui entre dans Saint-Astier, et qui nous a menés au camping, avant le pont sur l'Isle.

Une chambre et table d'hôtes à l'extérieur de la ville :

            La réservation à la chambre et table d'hôtes de Mme Delugin, au quartier du Roudier, a été faite par Alain pour le groupe des quatre, mais après les Andrivaux, je n'avais aucune idée de la position des trois autres sur le chemin ; logiquement, ils devraient être devant nous, étant donné l'erreur de parcours que Guy et moi avions faite. Pour avoir des renseignements précis concernant l'adresse de mon hébergement, je suis entré avec Guy au camping. À l'accueil, une jeune et charmante dame m'a donné tous les renseignements – mieux : sur son ordinateur, elle m'a sorti un petit plan pour aller au Roudier. Je n'ai pas visité ce camping, mais il m'a semblé bien organisé. J'y ai laissé Guy, en lui disant qu'en fin de journée nous aurons l'occasion de prendre un pot en ville.

            Le quartier cherché est à l'opposé de la ville, et de la continuité du chemin ; je n'ai donc pas passé le pont, j'ai longé l'Isle sur sa rive gauche, puis j'ai tourné à gauche à la première intersection, presque sous la voie ferrée, et le but était d'atteindre le prochain petit village rencontré sur la route. J'ai tourné à droite pour y entrer, et il n'y avait pas âme qui vive. J'ai fini par rencontrer un homme qui m'a montré du doigt, à distance, la maison recherchée, et j'ai dû reprendre la route pour y aller. C'est alors que j'ai vu déboucher Alain, Cor et Olé – vraisemblablement, ils ont dû, eux aussi, mettre un certain temps pour se repérer convenablement, à moins qu'ils n'eussent profité d'un petit bar qui leur tendait les bras.

Un bon accueil chez Mme Claudette Delugin, et de bonnes conditions d'hébergement

            Nous avons été très bien accueillis par Claudette, voir photo – elle a perdu son mari l'année dernière. Et tout de suite elle nous a proposé des « machines » pour le lavage de nos vêtements, une occasion à ne pas rater.

            La répartition dans les chambres s'est faite aussi vite : j'étais avec Alain qui a eu un grand lit et moi un petit – à chacun selon sa taille ; Cor et Ole étaient dans une autre chambre.

            En fin de journée, avant le dîner, sous un kiosque dans la cour, ce fut la traditionnelle petite réunion de concertation sur les étapes à venir : Alain m'a proposé de faire une réservation groupée des gîtes des 4 prochaines étapes : Mussidan, Sainte-Foy-la-Grande, Saint-Ferme, et La Réole où une dame accepte de venir nous chercher, car son hébergement est bien en dehors de la ville. Les deux Nordiques du groupe ont apporté des précisions quant à la suite de leur chemin : Ole veut raccourcir ses étapes, car autrement il arrivera trop tôt à Saint-Jean-Pied-de-Port, ce qui provoquera un décalage par rapport au jour initialement prévu pour son retour en avion ; quant à Cor, il va recevoir la visite de sa femme, de sa belle-sœur et de son gendre qui vont venir en caravane de Hollande passer deux jours avec lui. C’est un peu la loi du chemin : chacun doit tenir compte de ses impératifs personnels (habitudes alimentaires, cadence de marche et repos, etc. avant de trouver des avantages dans la constitution d’un groupe – une question qui n’est d’ailleurs jamais réglée complètement compte tenu aussi de la comptabilité des caractères des membres du groupe.

L'inconvénient d'un hébergement à l'extérieur de la ville étape :

            La ville se trouve à un peu moins de 2 km de notre hébergement, et il y a bien nécessité d'y aller, afin de prendre des photos, de faire des courses à la pharmacie et aux boutiques. L'aller-retour demande presque 4 km, et, en conséquence, un nouveau massage de mes pieds avant la nuit, le dernier étant celui après la douche à l’arrivée. Cette balade après l'étape est donc incontournable, et je tenais à la faire seul, pour garder aussi une part de liberté par rapport aux autres – les membres d'un groupe n'ont naturellement pas à différents moments de la journée tout à fait les mêmes besoins, les mêmes priorités, les mêmes centres d'intérêt. Voir photo, photo, photo, photo, et photo.

Un excellent dîner :

            Ce qui a aussi marqué ce passage à Astier fut le repas du soir (voir photo, photo , photo, photo ,et photo), sous le kiosque dans la cour, en compagnie de Claudette – à 20 H 20, il y avait encore du soleil. Et un repas de qualité : melon, côtes d'agneau, pommes sautées, salade, fromage et dessert, le tout bien arrosé de vin ; sans compter qu'à l'apéritif, la bouteille de pastis de notre logeuse a pris un sacré coup. Un séjour pour un prix raisonnable : nuit 25 €, et 13 € pour le repas, plus qu'acceptable dans ces conditions !

mercredi 18 décembre 2019


Étape 22 : Périgueux, 22,8 km : Dimanche 7 juin 2 015.




Résumé de l'étape :

            Périgueux est la dernière grande ville de plus de 30 000 habitants sur la voie de Vézelay avant Saint-Jean-Pied-de-Port, et je n'ai fait que la traverser pour aller à mon hébergement à la périphérie de cette agglomération du Périgord.

            Dans cette étape, j'ai surtout retenu le long passage dans la forêt domaniale, et, avant de retrouver la dernière départementale, j'ai cheminé dans des zones aménagées pour des activités sportives et de détente. Des balises de l'association de Compostelle locale qui viennent parfois compléter celles du GR ont fait leur apparition, avec des manquements à des passages importants voire des contradictions quant à l'utilisation du logo européen jaune et bleu : le positionnel ou le directionnel ? Un vrai débat sur la pratique et la collaboration des associations jacquaires ! 
Le déroulement de l'étape :

            La nuit à la chambre d'hôtes de Valentini a été parfaite, mon sommeil n'a pas été troublé par le moindre bruit, et c'est en forme que je suis passé de bon matin à la salle d'accueil pour prendre mon petit déjeuner. Le dispositif prévu par le logeur était à la hauteur.

            Quand je suis parti, vers les 7 h, en ce dimanche, Marie la Canadienne était encore attablée ; et je suis sorti du village de Sorges sans avoir rencontré un seul de mes amis qui étaient au refuge municipal.

            Sur l'étape dans son ensemble, mon « Lepère » indiquait que 85 % de cette étape pouvait se faire par des petits sentiers en forêt, mais qu'il était possible d'aller plus vite en prenant la « route Napoléon », ce que montre le plan au premier coup d'œil, mais le balisage étant assez bon, j'ai pris le chemin dans la campagne.

            Donc, dans la première partie, après avoir rejoint la N 21, je suis passé par de petits bourgs tranquilles, après avoir côtoyé des vergers de noyers ou de châtaigniers ; les élevages d'oies rencontrés rappellent bien aux marcheurs qu'ils sont dans le Périgord. C'est ainsi que j'ai traversé ou contourné les bourgs de Bizol, de Rebeyrie, et d'autres petits villages.

            Mais la partie la plus intéressante voire un peu impressionnante quand même puisque je marchais seul a été la traversée de la « forêt domaniale » : cette large piste forestière, interminable en raison du manque de balise de confirmation, surtout quand un balisage local (bleu et jaune), coquille stylisée ou flèche, prend le relais de celui du GR (blanc et rouge), fait toujours penser à un possible manque de vigilance et à la possibilité d'une erreur de parcours. Mais les belles portions toutes droites sont aussi reposantes. Cependant, j'ai été content d'en finir et de rejoindre la D 69.

            Au lieu-dit La Meynie, j'ai retrouvé la D8. Avant la grande route, pendant un bon moment, j'ai traversé des zones aménagées en camping, en circuits de balade ou de jogging, bien fréquentées en ce dimanche – au fur et à mesure que je me rapprochais de la ville, je rencontrais de plus en plus de citadins souvent en groupes qui s'adonnaient à leurs activités sportives ou de détente du week-end. Nous échangions même parfois des petits mots de bonne continuation.

            Ce fut ensuite la grande route  dans une longue et légère descente en zone urbanisée vers Périgueux, au cours de laquelle Jean-François a fait son apparition – je ne suis pas sûr que nous ayons auparavant fait exactement le même trajet ; d'ailleurs, par habitude, il trace son propre chemin.

            Il marchait vite devant moi, et à un moment, je l'ai vu prendre une route à gauche, alors que le balisage indique toujours de continuer la descente. Et l'homme est entré tout de suite dans une boutique d'alimentation ; je l'ai suivi, car c'était l'occasion de faire des provisions pour la suite : j'ai pu ainsi acheter du jambon, du saucisson et du fromage ; et mieux encore : dans une boulangerie juste à côté, j'ai pris un gros pain rond, de quoi tenir le soir, et le lendemain sur la route.

            Plus bas, au rond-point de l'hôpital, nous avons continué à descendre tout droit et nous avons dépassé la Maison diocésaine.

            Arrivés à un grand rond-point, nous savions la cathédrale proche, mais un besoin de bons repérages se faisait sentir dans cette grande ville, la dernière de cette importance sur le reste du parcours jusqu'aux Pyrénées. Justement, à un petit square, près d'un parking, un affichage plan public sur panneau inaltérable a attiré notre attention.

Mon hébergement à Périgueux :

            Nous avions marché ensemble dans la dernière partie de cette étape, mais sans que nous ayons échangé un seul instant sur la question de l'hébergement ; j'avais, par Alain, une réservation à une chambre d'hôtes presque à la périphérie de la ville, mais je ne savais pas où Jean-François comptait crécher ce soir-là. C'était sa liberté !

            En tout cas, naturellement, quand nous avons aperçu non loin du trottoir un plan de la ville, j'en ai bien un dans mon livre, mais il est un peu ramassé sur le centre de l'agglomération, je me suis dit que tout allait s'éclairer sur la suite. J'ai l'habitude de mettre en route ma connexion Internet sur mon Iphone qu'à la dernière extrémité, le but est de réserver prioritairement l'énergie de la pile aux photos et aux communications téléphoniques. Non loin de ce panneau se trouvait aussi le couple d'Allemands que je retrouvais souvent sur le chemin.

            J'étais en train d'essayer de me caler sur ce plan quand j'ai vu une femme revenir sur nous alors qu'elle venait de nous dépasser. D'elle-même, elle a commencé à vouloir comprendre dans quelle situation nous nous retrouvions tous les deux. Jean-François : son but déclaré était la cathédrale – avait-il quelque chose en vue dans ses environs ? Il en était tout près. C'était bien différent pour moi : après avoir donné à cette dame l'adresse précise qui m'intéressait, 12 rue du Docteur-Calmette, en précisant bien dans la continuité du chemin de Compostelle qui traverse la ville, elle m'a demandé de venir avec elle : je rentre chez moi, je vais faire un bout de chemin avec vous, et au rond-point qui est plus loin, je vais vous donner la direction principale, m'a-t-elle dit. Elle avait déjà fait ce chemin de Compostelle.

            Arriver dans cette grande ville de Périgueux, un dimanche après-midi où il n'y a pas grand monde dans les rues et tomber sur une pèlerine du coin qui vient spontanément m'aider à trouver mon hébergement, cela relève un peu de l'extraordinaire. Merci Saint-Jacques !

            Elle me précisa après le rond-point : vous êtes dans la rue Victor Hugo, et vous devez aller jusqu'au bout... et au fond, sur votre droite, vous prendrez la rue Jules Ferry et après quelques rues traversées, vous trouverez celle du Docteur Calmette. Je ne crois pas qu'elle ait un plan détaillé de sa ville en tête, elle doit certainement entretenir des relations avec des pèlerins du coin, ce qui fait qu'elle est capable de situer les principaux lieux d'accueil.

            La subtilité que je n'avais pas saisie tout de suite sur mon plan, c'est que le chemin au fameux rond-point descend pour aller à la cathédrale, et y retourner afin de repartir et quitter la ville par la rue Victor Hugo, laquelle est aussi la D 939, me paraissait quelque peu bizarre.

Elle n'en finissait pas cette rue « Victor Hugo » ; ne voyant pas arriver « Jules Ferry », j'ai fini dans un quartier par entrer dans un bar-restaurant qui était sur le point de fermer en ce dimanche ; le serveur m'a dit, en faisant un geste de la main : votre rue, elle est juste là ; et, au fond, vous trouverez la rue du Docteur Calmette.
 Un peu plus loin dans cette rue légèrement montante, en passant devant le porche d'un immeuble, j'ai entendu quelqu'un m'appeler. J'ai tourné la tête, c'était une vieille dame qui attendait que sa famille vienne la chercher ce dimanche : vous allez à la chambre d'hôtes d'à côté, m'a-t-elle dit. Marie-Joseph Lachal semble être bien connue dans le quartier. Elle est hygiéniste naturopathe, et ses activités couvrent une large palette : consultations naturopathes, exercices physiques, massages, cours de cuisine, etc. Je ne pouvais que constater que mon chemin se trouvait bien « balayé » au fur et à mesure que j'avançais. Pas de doute : Saint Jacques y veillait !

Une 2e blessure à la main : un signe négatif ?

            Le groupe de maisons correspondant à l'adresse indiquée ne donne pas sur la rue elle-même, il en est assez éloigné. Le chemin d'entrée mène à une cour entourée de bâtiments et de jardins ; mais comme Alain m'avait parlé du chien de la propriétaire dont il faut malgré tout se méfier, je ne suis pas entré directement dans la cour, j'ai préféré attendre un peu à l'entrée. Au bout d'un certain temps, j'ai remarqué qu'une autre voie permettait de contourner l'entrée principale, en passant auprès d'un petit garage tout neuf où j'ai découvert une affichette invitant les marcheurs à continuer sur cette petite voie. Elle menait à un autre bâtiment, le refuge attendu. La porte n'était pas verrouillée, je suis entré.

            Au premier niveau du rez-de-chaussée, du matériel de travail pour la naturopathe dont une table de massage dans une salle spécialisée ; à un 2e niveau, une salle à manger, qui donne sur une espace cuisine, d'où part un escalier de bois permettant de grimper jusqu'à un autre espace aménagé sous le toit : un petit dortoir.

            Je n'ai pas voulu m'y installer tout de suite, je préférais attendre l'arrivée des autres. J'ai déposé mon sac au premier niveau – j'ai même voulu sortir pour découvrir tout le terrain à l'arrière de ce bâtiment qui est encore plus ou moins en friche.

            J'ai donc appuyé sur la barre qui sert à déverrouiller la porte par une simple pression, mais elle résistait car elle était coincée ; j'ai essayé avec ma main gauche de mettre un peu de pression au niveau de l'articulation du système qui s'est débloqué tout d'un coup. Et en revenant à sa position initiale, la partie métallique de cette articulation m’a carrément arraché un bon cm² de peau à la face interne de la phalange proximale de mon index gauche – et le sang a jailli aussitôt, maculant le carrelage près de la porte. 

            C'est la deuxième fois que je me blesse à un doigt sur ce chemin – la première fois, c'était lors de ma 2e étape, dans la forêt de Champlemy, et il me suffisait de refaire les mêmes gestes : appliquer fermement sur la blessure un mouchoir de papier pour arrêter l'hémorragie, et le maintenir avec le pouce ; prendre dans le bonnet de mon sac le petit sachet trousse où se trouve tout ce qu'il faut pour un pansement rapide. J'ai enlevé ensuite le sang sur les carreaux du séjour, si tant est qu'il fût possible dans ces conditions de faire un nettoyage correct dans le séjour de cette maison. J'ai bien consolidé le pansement avant de passer sous la douche. Et ce n'est qu'après mon installation que j'ai refait un vrai pansement pour la nuit.

            Fallait-il y voir un petit signe négatif ? Après Champlemy, pendant la marche, je tenais mon bâton à gauche avec le pouce blessé relevé, la question maintenant était de savoir si je pourrais adopter le même positionnement avec mon index pour éviter des pressions sur la blessure. La nature est bien faite, une main reste fonctionnelle avec quatre doigts, tout est une question d'adaptation. 

            J'ai appris sur le chemin que s'il faut anticiper sur les difficultés, il faut aussi savoir fixer son attention sur ce qui se vit sur le moment. Si signe il y a eu, c'était peut-être pour montrer que rien n'est jamais acquis, que tout doit être remis sur le métier, en ne perdant pas de vue « la dimension verticale du chemin ».

            Ce n'est qu'après l'arrivée du groupe d'Alain que j'ai choisi mon lit au dortoir, après avoir fait une constatation : il faisait très chaud sous ce toit, mais pour autant je n'ai pas voulu ouvrir une lucarne d'aération hautement perchée, pour ne pas risquer de me déchirer encore la main.

Un pas de plus dans l'intégration au groupe d'Alain :

            J'avais descendu du dortoir mon ravitaillement pour mon dîner alors que les autres commençaient à se lancer dans leur cuisine habituelle quand Alain me demanda si je voulais manger avec eux. J'ai accepté bien volontiers, et j'ai mis la moitié de mes victuailles à la disposition de tout le monde, l'autre moitié étant pour l'étape du lendemain. Je leur ai dit que, pour aujourd'hui, je ne pouvais pas prendre une part à la vaisselle compte tenu de ma blessure.

           La salle à manger est assez grande, et en attendant que le repas soit prêt, Alain et Cor étant à la manœuvre, Ole a fait une petite démonstration de ses talents d'artiste, dans son domaine professionnel : il nous a présenté différents types de décoration qu'il exécute sur ses pâtisseries – il est pâtissier de son état
. C'est que sur tout un pan du mur, il y a un tableau noir, qui doit aussi servir de classique outil de travail à Marie-Joseph, l'éducatrice de santé, et suffisamment de craies sont à la disposition des pèlerins pour qu'ils puissent présenter leurs créations et laisser des messages sur place (voir photo). D'ailleurs, sur ce même support, la responsable du gîte nous en a laissé un message.

            Nous étions bien dans ce cadre, il y avait un esprit de corps dans ce groupe que je fréquentais depuis quelques jours, mais il manquait Jean-François, Guy, et d'autres encore. C'est la vie sur le chemin, tout bouge, tout se fait et se défait ; chacun se remet en cause, se reconstruit... Une évolution perpétuelle.

            Nous avons fait un bon repas, Alain et Cor ont un bon savoir-faire, et même du talent dans ce domaine.

            La première partie de la nuit a été difficile en raison de la chaleur quoique Cor en faisant preuve d'acrobatie ait réussi à ouvrir une petite fenêtre du toit, mais aussi parce que Ole nous a fait pour la première fois une démonstration de ses talents de ronfleur. Dans la 2e partie de la nuit, la température ayant baissé et Ole ayant terminé sa « prestation musicale », j'ai pu vraiment me reposer.


vendredi 6 décembre 2019


Étape 21 : Sorges, 18,2 km : samedi 6 juin 2 015.

Photo : Tout près de l’église de Sorges.


Résumé de l'étape :

            De façon générale, dans cette petite étape, le chemin est assez bien balisé, il a manqué parfois quelques balises de confirmation entre deux points bien signalés, pour rassurer le marcheur, dans les zones forestières par exemple. Le chemin n'est jamais très loin de la N 21 ; le plus souvent, il fait avancer le pèlerin le long de petites routes de campagne.

            Après le camping hier, je me suis retrouvé aujourd'hui dans une chambre d'hôtes, et j'ai dîné dans un restaurant de qualité. En réalité, dans les deux cas, ce n'était pas une décision préalablement arrêtée : le gîte municipal était complet, la chambre d'hôtes près de l'église, restait le seul point disponible à portée ; et en ce qui concerne le restaurant, j'étais bien loin de penser que j'allais débarquer dans un tel lieu, mais, là aussi, après que je m'en étais rendu compte, il n'y avait plus la possibilité d'enclencher un plan B. Je ne savais pas en y allant que j'allais manger au « Bar Auberge de la Truffe » ni que Sorges en Périgord est considéré comme la capitale mondiale de la truffe noire tuber Melanosporum. Il n'en reste pas moins que le résultat est un excellent souvenir de ce petit bourg avant que mon chemin ne me conduise le lendemain dans la grande ville de Périgueux.

Le déroulement de l'étape :

            Au départ, j'ai pris un petit déjeuner au bar-restaurant du camping de Thiviers – j'ai même un peu poussé le serveur à mettre en route sa machine de façon à avoir du thé, et attendu un petit moment pour qu'il soit livré en pains et autres croissants. Et j'ai fini par avoir tout ce qu'il me fallait en ce samedi matin. Je me suis même fait préparer un sandwich pour la route. J'étais le premier à partir et à refaire la pente jusqu'à la ville qui est toute en hauteur par rapport au camping. L'escalier final qui y amène débouche presque en face de l'église. Et sur cette place, il y avait un marché animé ; les gens allaient et venaient d'un stand à un l'autre. J'ai simplement acheté deux oranges, vu que j'avais de quoi pour le repas de ce midi dans mon sac.

            Et j'ai pris à gauche la grande rue qui passe devant l'église, mais comme je ne trouvais pas de balise un peu plus loin alors que j'étais à une fourche, je suis retourné sur mes pas. Arrivant presque au niveau des premiers stands du marché, j'ai vu Guy assis sur un petit mur, il renouait les lacets de ses chaussures, l'air nullement pressé, il est vrai que l'étape du jour est petite. J'ai pris les pages de l'étape dans mon livre, et j'ai relu attentivement ses préconisations. Je ne m'étais pas trompé pour le départ : il fallait bien continuer l'avenue Jean-Jaurès, et prendre ensuite à l'intersection l'avenue A. Croisat. Je n’ai pas tardé ensuite à retrouver le balisage.

            Puis j'ai emprunté différentes voies communales, longé de petits hameaux, pour rejoindre ensuite la route Napoléon, que j'ai quittée par des passages dans des bois ou des chemins herbeux à travers champs. Il n'y avait aucune difficulté.

            Je n'ai eu qu'un seul contact avec la RN 21, pour la traverser et la quitter aussitôt ; et par de petites routes toujours à travers bois et champs, je suis arrivé à Négrondes, le temps d'une halte pour manger sur la place de l'église du village était venu. J'avais entre-temps retrouvé Guy un peu avant ce village.

            Ce fut le seul moment de visite dans cette étape, à une petite église, mais toujours sans avoir rencontré un seul habitant. Assis sur les marches d'escalier de cette église, j'ai mangé mon sandwich, tout en contemplant le va-et-vient des hirondelles qui construisaient leurs nids sous la gouttière d'un toit d'une grande maison (voir photo). Guy, après avoir englouti avec appétit une boîte de sardines, s'est délecté de plusieurs petites cigarettes qu'il roule lui-même. Je n'avais plus rien à faire, j'avais déjà fait une petite visite de l'église, je suis parti. Lui n'avait pas l'air pressé, moi si : je devais arriver assez tôt pour verrouiller ma place dans une chambre d'hôtes.

            Un peu plus loin, j'ai dépassé un randonneur du coin, je lui ai dit bonjour, il a à peine répondu à mon salut. J'ai encore emprunté des chemins de terre dans des champs puis le long de belles petites forêts bien vertes. Et c'est par la D 8 que je suis rentré à Sorges.

            Quand je suis arrivé à l'église de ce bourg, une chose me préoccupait : il me fallait trouver un peu d'ombre pour poser mon sac et me reposer. Tout le monde faisait sans doute la sieste en ce samedi après-midi très bien ensoleillé. Je me devais d'attendre un peu avant de déranger M. Valentini, sa maison est sur cette même place. La porte d'entrée de mon hébergement était verrouillée, mais j'avais repéré une sonnette. J'ai fait un tour dans les environs et je n'ai rencontré personne. Il n'y avait pas grand-chose à visiter ; j'ai bien vu l'enseigne de la maison de la truffe, mais le bâtiment était fermé, rien d'anormal pour un samedi après-midi, et à cette heure !

            C'est un peu plus tard que j'ai sonné à l'entrée. J'ai été accueilli par le propriétaire des lieux qui m'a emmené à ma chambre, juste à côté de la salle d'accueil. Irréprochable : de l'espace à ma disposition, et des sanitaires tout à côté. Je ne risquais pas d'être dérangé ; aussi, après la douche, j’ai fait une bonne sieste.

Les formalités habituelles à l'étape :

            À mon réveil, je suis allé cogner à la porte de l'habitation principale de M. Valentini, mon habitude est de régler les formalités habituelles le jour de l'installation et de ne pas le faire le lendemain matin dans la précipitation du départ. Il est sorti, et nous sommes restés à l'extérieur où sont disposées des tables et des chaises métalliques ; et au premier coup d'œil j'ai deviné que toute cette grande cour devait être hier encore un espace bien organisé avec de nombreuses espèces végétales. Aujourd'hui, l'âge venant, l'entretien n'est plus du même niveau.

            Nous avons un peu échangé, discuté de nos parcours personnels ; et quand je lui ai dit que je venais de la Réunion, il a réagi aussitôt : j'ai pas mal bourlingué dans ma vie, m'a-t-il dit, mais je ne suis pas allé dans cette île ; cependant, je la connais un peu quand même, ma fille enseigne là-bas... Le monde est petit ! Et il m'a dit alors presque comme une confidence : il y a un restaurant près de la nationale, pas loin d'ici, mais il faut réserver. J'ai pensé à une seule chose sur le moment : j'aurai donc moins d'achats à faire, moi qui ne pensais qu'à un simple repas pour le soir.

            Avant de me quitter, il m'a dit que je trouverai le lendemain dans la salle d'accueil tout ce qu'il faut pour un petit déjeuner, en produits et en matériels, y compris un micro-onde pour les boissons chaudes et un réfrigérateur pour les jus de fruits et les produits laitiers. 

            Quand je l'ai quitté, ma pensée était surtout centrée sur la réservation au restaurant ; pour moi, c'était alors un peu comme sur tous les chemins de Compostelle : réserver vite pour le premier service, car autrement, il faut attendre le suivant, et c'est autant de temps pris sur la nuit de repos.

Un tour dans le village :

            La question de la chambre d'hôtes étant réglée, je suis sorti faire mes achats ; l'étape du lendemain étant plus longue, il me fallait avoir un peu plus de munitions dans mon sac, mais je ne savais pas où trouver un commerce d'alimentation. À côté de l'église, j'ai vu le refuge municipal et un homme, vraisemblablement l'hospitalier, était sur le pas de la porte. Je me suis dirigé vers lui, et il m'a dit d'entrer dans la salle d'accueil. Je suis tombé sur toute l'équipe de pèlerins des étapes précédentes. Mieux : ils étaient dans une petite fête improvisée. Il y avait là Alain et son groupe, Jean-François et Guy, mais aussi Xavier que je n'avais pas revu – Simone devait sans doute se reposer dans le dortoir. Et je me suis vite retrouvé un verre à la main, car ils fêtaient l'anniversaire d'Ole, le Danois – ma mémoire se fait plus précise : c'est bien un Danois ! 


            Sans aucun doute, Alain et Core étaient en plein dans la préparation d'un bon repas pour la circonstance. Avec l'hospitalier, j'ai eu toutes les informations pour aller au restaurant que m’avait recommandé M. Valentini, et au magasin d'alimentation qui se trouve dans les environs immédiats.

            Je suis passé d'abord au restaurant, et j'ai été surpris de voir l'animation qu'il y avait déjà à cette heure, de la qualité du bureau d'accueil, et des personnels de service, bien habillés, qui s'affairaient dans les couloirs. Cette partie de l'accueil, je l'ai trouvée un peu richement aménagée pour un restaurant sur le chemin, mais dans ma tête, c'était la partie hôtel associée qui me donnait cette impression. Ma réservation a été enregistrée en moins de deux, et je suis parti faire mes achats.

J'ai trouvé un magasin où il y avait de tout, et de la qualité, y compris pour les fruits ; j'ai pu aussi prendre une bière fraîche. J'avais alors ce qu'il me fallait pour l'étape du lendemain, je pouvais retourner à ma chambre et attendre un peu avant d'aller dîner.

Une stratégie à table dans un restaurant chic :

           Quand je suis arrivé à l'accueil du restaurant, une hôtesse m'a tout de suite emmené dans la salle à manger. Au premier regard, j'ai compris que j'étais dans un cadre exceptionnel : d'abord, l'hôtesse m'a demandé de choisir une table ; ensuite, outre la beauté de la salle en elle-même, la qualité des nappes toutes blanches et des couverts sortait vraiment de l'ordinaire ; et enfin les habits des quatre clients qui avaient déjà commencé à manger montraient bien que je n'étais pas du tout dans un restaurant de pèlerins. J'ai eu alors une hésitation sur la suite à tenir, mon habillement, savates deux doigts, pantacourt, T-shirts et polaire, était bien loin d'être adapté à l'environnement ; de plus, je n'avais même pas un peigne sur moi pour me coiffer après avoir retiré mon chapeau. Je me demandais s'il ne fallait pas tout simplement renoncer à manger à cet endroit, quitte à prétexter un malaise et même à payer quelque chose. Heureusement que la salle était encore presque vide, et que je n'avais pas braqué sur moi X paires d'yeux au minimum très interrogatifs quant à ma présence en ce lieu – je ne suis jamais dans la provocation, quelles que soient les circonstances.

            Deux éléments m'ont rassuré et ont fait que je me suis décidé à jouer le jeu, à aller jusqu'au bout : Les hôtesses me regardaient comme si j'étais en complet-cravate ; j'étais à peine assis que l'une d'elles est venue me donner la carte, en me conseillant certains plats, et en me précisant bien que j'avais tout mon temps. D'autres membres du personnel qui circulaient dans la salle n'ont pas manqué de me saluer en passant près de ma table. C'étaient vraiment des professionnels, bien formés à leur métier, et j'ai tout de suite pensé au restaurant près de la cathédrale de Limoges où j'ai dû insister en plusieurs fois pour être servi correctement ; c'est ce qui m'a donné aussi une certaine assurance en me disant que la comparaison serait intéressante sur plusieurs points. Psychologiquement, j'avais renversé la situation.

            Outre le cadre et le personnel, la carte donne vite une idée de la qualité de ce restaurant : tout tourne autour de la truffe du Périgord et autres produits de la gastronomie locale, et les prix sont aussi à la hauteur de la qualité des menus. J'ai donc joué pour ne pas grever mon budget tout en restant dans le local, et j'ai commandé globalement mon menu, en évitant de prendre une entrée : un kir cassis en apéritif et des trucs pour grignoter, un confit de canard en plat principal et une glace aux noix, le tout arrosé d'un Bergerac rouge. Extra ! Mais il y a eu un « sacrilège » : dans ce « temple », je n'ai pas choisi de plat à la truffe noire tuber melanosporum du Périgord, pour une question de prix. Cela ne m'a pas trop gêné, je n'ai pas l'habitude d'en manger, et dans ma mémoire des goûts, je ne trouve plus de trace de cette saveur. Je pouvais m'en passer sans problème – j'aurais dû peut-être commander une salade relevée par des fines lamelles de truffe coupée, pas trop chère, rien que pour « respecter » un peu cet établissement de Sorges qui est – et je l'ai découvert plus tard – l'une des institutions de l'hôtellerie-restauration de la région avec ses recettes à la truffe.

            Pendant mon repas, j'ai été réconforté par l'arrivée du couple d'Allemands rencontré plusieurs fois sur le chemin, mais tous les deux étaient assez bien habillés. Nous avons parlé des choses et d'autres malgré la barrière des langues. Finalement, j'ai fait un bon repas – le confit de canard est extra, c'est un plat qui se laisse manger ; chaque fois que j'ai marché dans le Sud-Ouest de la France, je n'ai jamais raté l'occasion de me faire plaisir.

            En sortant du restaurant, j'étais extrêmement bien, mais j'ai renoncé à passer au gîte municipal pour voir mes amis qui étaient dans leur petite fête. Et j'ai bien fait, car j'ai longtemps discuté avec la Canadienne que j'ai découverte à mon retour dans l'accueil de la chambre d'hôtes.

Marie la Canadienne : voir photo.

            Avant le restaurant, j'avais entrevu la Canadienne, le jour tirait sur sa fin et elle n'avait pas encore trouvé un toit pour la nuit. Mais elle ne s'en inquiétait pas, elle continuait à chercher – j'avoue ne pas avoir un tel sang-froid : quand ma réservation est faite, je m'efforce de ne pas rentrer trop tard pour le cas où surgirait un problème de façon à avoir suffisamment de temps pour y faire face. En rentrant après mon excellent repas, je l'ai découverte à l'accueil qui servait aussi de salle à manger. Ce qui veut dire qu'a Sorges même, le gîte municipal étant plein, il ne restait que cette chambre d'hôtes comme solution d'hébergement.

            Quand je dis manger, en fait, Marie picorait ; il y avait 3 ou 4 petits papiers ouverts devant elle, et sans dire du mal, je l'ai vue un peu comme un oiseau qui piquait des graines en passant d'un papier à l'autre. Comme M. Valentini ne fait pas table d'hôte, et si elle avait utilisé son temps à chercher un toit, il ne lui restait plus le soir qu'à taper dans ses réserves de marche. J'étais sur le point de lui dire que je pouvais lui donner un quelque chose de plus consistant, mais je ne l'ai pas fait parce que je ne la voyais pas du tout exténuée, affamée, mais plutôt à l'aise. Au camping de Flavignac, deux jours avant, je n'étais pas à côté d'elle le soir à la petite table, je ne l'ai pas vue manger, peut-être que dans la vie de tous les jours, temps de marche ou pas, elle se contente de peu le soir. Mais le lendemain, de bon matin, au petit déjeuner, j'ai vu qu'elle avait un bel appétit.

            Nous avons pu discuter un peu plus largement, elle est canadienne, de langue anglaise, mais elle parle bien le français. Je n'ai pas pu m'empêcher de l'interroger sur sa façon de préparer ses gîtes. Tout se fait à l'arrivée de l'étape, m'a-t-elle dit. Je démarche les hébergements du coin, les restaurateurs et autres personnes pour trouver un lit – cela ne me gêne pas de dormir par terre, dans un couloir, m'a-t-elle dit encore. Consacrer de l'énergie pour cette recherche quotidienne, après les kilomètres de la journée, cela m'étonnait quelque peu. Comme je tentais d'aller un peu plus au fond à propos de ce fonctionnement, elle me précisa fermement que c'était un choix délibéré qu'elle entendait appliquer jusqu'au bout. Cette façon de faire un pèlerinage est hautement respectable, mais ce qui ne collait pas, c'est qu'elle était toujours toute fraîche, très propre de sa personne, et très à l'aise. C'est sans doute une question de préparation et de volonté pour réussir un projet. J'ai connu d'autres pèlerins qui étaient volontairement dans une improvisation constante dans tous les domaines ; je pense à cet Allemand qui a traversé la France en diagonale et que j'ai rencontré, un peu avant Pampelune sur le Camino Francès en 2 014. Mais lui était marqué par l'inconfort des nuits, passées parfois dans des granges, et le manque de conditions satisfaisantes pour laver ses affaires. Après Sorges, je n'ai plus revu Marie pendant les 18 étapes qui me restaient jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port. Mais je pense qu'elle a dû atteindre son but, parce que j'ai déjà marché avec des pèlerins du Canada et particulièrement du Québec, et ils m'ont toujours dit que, là-bas, dans des associations, ils se préparent sérieusement à affronter les difficultés de la vie quotidienne sur les chemins de Compostelle.

vendredi 22 novembre 2019


Étape 20 : Thiviers, 18,5 km.

Photo : Jean-François, Guy et moi, devant notre bungalow, au camping « Le Repaire », à Thiviers.




Résumé de l'étape :

            Dans cette 20e étape, je suis dans le dernier gros tiers de la voie de Vézelay, dans la région du Périgord vert, une région qui porte bien son nom, le pèlerin le vérifie tout au long du chemin.

            Je revois à peu près les mêmes en fin d'étape, dans les hébergements. Les paysages sont magnifiques, surtout par beau temps, et je me suis retrouvé dans un 2e camping : une belle structure, de qualité supérieure par rapport à celle de Flavignac.

            Le rythme est maintenant bien installé, et je peaufine la préparation de mes étapes, surtout les hébergements et la question de la nourriture. Mais il y a toujours quelque chose à apprendre des autres sur le chemin.

Le déroulement de l'étape :

            Au gîte de La Coquille, je me suis réveillé bien plus tôt que les autres ; comme dans la plupart des hébergements, tout le nécessaire pour le petit déjeuner avait été mis sur la table. Quand je suis parti, à 7H10, les autres commençaient à peine à se remuer dans le dortoir.

            À la sortie de la petite agglomération, après le carrefour, je n'ai pas tardé à me retrouver dans les bois. Assez rapidement, j'ai repéré deux pèlerins qui avançaient devant moi : Simone et Xavier ont été encore plus matinaux. Et nous avions fait ensemble toute cette petite étape (voir photo). C'était la première fois sur ce chemin de Vézelay, à part Françoise pour 2 jours, que je faisais une étape presque complète avec d'autres marcheurs. Le temps était extraordinaire, et il y avait de beaux passages dans les bois et dans les champs, et les petites pauses étaient vraiment appréciées (voir photo).

            Ce fut ensuite La D 67 puis la route de La Bussière, et le plus souvent par des chemins de terre entre les champs. Après plusieurs carrefours, nous avons coupé la D 72, et nous avons rejoint un peu plus loin une route goudronnée, presque rectiligne, en direction de Thiviers.

Par une nouvelle départementale, nous sommes arrivés à un grand rond-point à l'entrée de la ville, je ne m'étais même pas rendu compte que nous étions sur une hauteur – c'est vrai que Thiviers était une ville fortifiée.

            Le nom de Thiviers aurait été attribué par les Gaulois – quoiqu'il faille prendre en compte des tribus de Gaulois, car historiquement il n'y a pas de peuple gaulois en tant que tel ; ce poste défensif a été occupé ensuite par les Romains, et plus tard ce fut la période de la domination des Francs.

            Nous n'avions pas parlé d'hébergement au cours de l'étape, et c'est à ce carrefour où une pancarte indique la direction à prendre pour aller au camping que j'ai découvert que Simone et Xavier avaient réservé un hébergement en pleine ville. Nous nous sommes dit au revoir, et j'ai pris la route à gauche alors que mes amis prenaient à droite la direction de la ville. Ce n'est que le lendemain, à l'arrivée de l'étape suivante, à Sorges, que nous nous sommes revus. Sans qu’il y ait eu une quelconque mise au point entre nous.

De petites découvertes dans la nature :

            Nous descendions sur une petite route départementale bordée dans le fossé de toutes petites fleurs qui arrivent à peine à se frayer un passage dans les herbes quand Simone me fit un petit cours de botanique – et pourtant, il me semble que Xavier m'avait dit qu'elle a enseigné l'histoire et la géographie durant toute sa carrière. Au premier coup d'oeil, je voyais partout un même type de fleur, mais elle me précisa les différences à partir des feuilles et des nuances de couleur des pétales, et en y associant des noms. C'était très intéressant ! Dans ces marches, l'idéal serait d'avoir à sa disposition au moins deux catégories de spécialistes pour mieux saisir la nature traversée : un botaniste, mais aussi un géologue. Après leurs explications, le regard sur le paysage change forcément – je n'arrive toujours pas à reconnaître bon nombre d'arbres dans les forêts traversées. De plus, et pourquoi s'en priver, si je pouvais avoir sous la main un historien, ce serait encore mieux – je me rappelle avoir vécu avec bonheur la présentation de ville d'Auch, sur la voie d'Arles, en 2 013, où un ami d'un compagnon de marche nous a fait part de ses connaissances avec talent. Le chemin fait prendre conscience aux pèlerins de la part d'ignorance qu'il y a en chacun d'eux, et leur administre parfois une petite leçon de modestie.

            Un peu plus loin sur cette même départementale, Xavier a attiré mon attention sur l'alouette dans un champ que nous tangentions ; et, ce jour-là, je n'ai pas réussi à fixer complètement les caractéristiques du vol de cet oiseau, parce que j'ai voulu filmer la parade amoureuse du mâle, et le temps de sortir l'appareil et de faire une mise au point avec zoom, l'oiseau avait exécuté ses différentes manoeuvres. J'ai carrément raté la prise de vues des différentes phases de la démonstration : l'arrêt en vol, la descente en spirale, les différents glissés et la dernière partie où l'oiseau se laisse tomber comme une pierre, le tout pour séduire sa belle au sol – je n'ai eu qu'une maigre image de cet oiseau dans un ciel bleu. Autrement, ç'aurait été un document extraordinaire ! C'est un 2e raté concernant l'alouette sur le chemin de Compostelle : dans l'Aubrac, sur la voie du Puy, en 2 011, c'est le brouillard qui montait vite d'une petite vallée qui m'a empêché de rapporter des photos intéressantes de cet oiseau. Peut-être que je devrais penser à apporter un système de miroirs pour les attirer lors d'un prochain chemin, à la même période...

À la recherche du camping :

            J'ai donc pris cette route qui bifurquait à l’entrée de la ville d’arrivée, et au bout d'un certain temps ne voyant pas d'indications annonçant le camping, je me suis même demandé s'il ne fallait pas rebrousser chemin. Je suis rentré dans un garage dont la porte était grandement ouverte. J'ai vu un homme qui dans un bureau était en train de manger. Il m'a donné l'essentiel : Continuer sur cette route et au bout de 100 m prendre une voie sur la droite qui descend dans une petite vallée ; elle passe auprès de terrains de tennis, le camping est encore plus bas, dans un parc boisé.

            Cette descente m'a quand même paru assez longue, au point qu'à un moment, je me demandais si je ne m'étais pas trompé car au-delà des courts de tennis, il y a plusieurs directions possibles. Et, de plus, il me semblait que j'arrivais dans une espèce de cul-de-sac, si ce n'est qu'un petit sentier qui part sur la gauche tout à fait au fond. Mais j'ai fini par trouver une voie goudronnée qui m'a amené un peu plus loin à un camping que j’ai deviné par la présence d’un car sur une aire de stationnement dans les bois.

            Au fur et à mesure que j'avançais, j'entrais dans une zone parfaitement aménagée et après les premiers bungalows sur la pente, je suis arrivé à un bâtiment où se trouve un grand bar-restaurant, et tout à côté un bureau d'accueil. Mon étape était terminée. Et c’est toujours un petit moment de bonheur !

De bons moments de détente dans ce camping :

            Aujourd'hui encore j'étais le premier sur place – je me suis fait enregistrer, et la responsable m'a remis la clé d'un petit bungalow tout près du bâtiment central, j'ai payé 15 €, et elle a tamponné ma credencial. Je me suis retrouvé dans un dortoir à côté d'une petite pièce salle à manger équipée d'une table et de quatre chaises, d'un petit frigo et d'un micro-ondes (voir photo).

Ce camping est un beau complexe, dans un cadre bien aménagé : des bungalows de différentes grandeurs, des aires de stationnement pour les camping-cars, une piscine, un lac pour passer le temps à la pêche (voir photo), un bar-restaurant avec télévision et un bon wi-fi, des tables et des bancs à l'extérieur pour manger sous les arbres
, des sanitaires irréprochables, et suffisamment de bacs de lavage avec aussi de l'eau chaude, et le tout disséminé dans un cadre naturel bien entretenu.

Les suivants ont été Jean-François, puis Guy, les deux ont été placés dans « mon » bungalow : en 2X2 lits, j'avais pris un lit du bas (voir photo) et les deux autres les deux lits superposés d'en face. Un peu plus tard, le groupe d'Alain a fait son apparition, installé dans un bungalow un peu plus haut, dans la pente de la colline d’à côté. Ole qui avait vu la semelle d'une chaussure se décoller presque complètement était en ville pour dénicher un cordonnier ; il n'est apparu qu'après 18 H, avec la satisfaction d'avoir réussi à la faire réparer – c'était un coup de chance, dans d'autres petites bourgades, il n'aurait rien trouvé et aurait été obligé de faire au moins une étape en sandales.

            J'ai choisi de ne pas aller en ville après mon installation – comme les conditions dans ce camping sont très bonnes, et qu'il a la possibilité de manger sur place un plat chaud, j'ai choisi d'utiliser mon temps à un grand lavage, étant donné qu'il a suffisamment de cordes et de pinces à linge à la disposition des clients. C'est ainsi que j'ai lavé d'un coup sous-vêtement, pantacourt, t-shirt et polaire, le tout étant à retourner les différentes pièces de temps à autre sur la corde pour que le soleil puisse les faire sécher complètement avant la nuit.

Un premier pas d'intégration dans le groupe d'Alain :

            Dans l'après-midi, assis à une table sous les arbres près du restaurant et, tout en prenant un pot, nous étions tous à la préparation de la suite du chemin, plus précisément le groupe d'Alain d'un côté et moi de l'autre. Jusqu'à ce jour, pour ce qui est des réservations, je me contentais de préparer l'étape du lendemain. À Sorges, l'étape suivante, le gîte municipal était complet ; il ne me restait plus qu'à prendre une chambre d'hôtes, et il n'y avait alors que celle de M. Valentini, un peu chère, mais avec l'avantage d'être au centre du bourg, les autres possibilités étant plus ou moins à l'extérieur.

            C'est alors qu'Alain me fit une proposition : et si l'on faisait ensemble une réservation pour le surlendemain, à Périgueux, c'est-à-dire pour nous quatre (Alain, Cor, Ole et moi), me dit-il. Si tu t'en occupes, pour moi c'est OK ! C'est ce que je lui ai répondu... et, bien entendu, en moi-même, pour peu que j'entretienne des degrés de liberté essentiels à mon équilibre et à mon bien-être dans la marche. C'était en toute logique ! Si depuis quelques jours nous nous retrouvons dans le même hébergement, autant faire une réservation groupée pour tous les intéressés. À noter que Jean-François et Guy restaient de leur côté, leur chemin ne collait pas strictement à la voie de Vézelay, et que pour eux tout pouvait varier et s'improviser. Alain réserva alors pour nous quatre à une chambre d'hôtes, à la sortie de Périgueux ; il me précisa que la dame responsable a insisté pour dire qu'elle ne serait pas présente à notre arrivée, mais que nous pourrions nous installer sans aucun problème, et qu'il fallait faire un peu attention au chien bien qu'il ne soit pas vraiment méchant. Mais ce n'était que pour le surlendemain, j'avais le temps d'avoir un peu peur du chien dans le cas où je serais le premier à débarquer dans ce gîte – je fais toujours mon étape tout seul.

            Après ce petit travail, et avant que le soleil ne disparaisse complètement, il fallait récupérer le linge lavé et séché et le ranger dans le sac. Et aussi préparer le lit et disposer les affaires pour la nuit. Devant notre bungalow, nous avons pris le petit apéritif que Jean-François avait pris soin de préparer avant de retourner plus tard manger sous les arbres près du restaurant
– la carte est assez étoffée et les prix convenables. Deux autres randonneurs sont venus à notre grande table sans qu'ils aient cru bon de nous parler de leur but – ils sont peut-être à classer dans la catégorie de Jean-François et Guy.